«L’image de la France en Russie doit beaucoup au cinéma»

Elena Vassilieva-Efremova.

Elena Vassilieva-Efremova.

Archives personnelles
Du 13 janvier au 13 février, le festival en ligne de cinéma français My French Film Festival se tient dans le monde entier. RBTH a interviewé Elena Vassilieva-Efremova, qui a rejoint cette année le jury de la presse internationale, et nous a parlé du festival, des films à ne pas manquer, des nouveaux films russes et du rapport des spectateurs russes avec le cinéma français.

Comment vous êtes-vous retrouvée au jury de My French Film Festival ?

J’y ai été invitée par Unifrance, l’organisation chargée de la promotion du cinéma français à l’étranger. Cela fait longtemps que la France et moi avons des relations étroites : j’ai fait mes études dans une université française, obtenu un master franco-russe de journalisme, travaillé dans une entreprise française, et j’écris sur le cinéma français depuis plus de dix ans dans différents journaux.

My French Film Festival, qui est organisé cette année pour la 7ème fois, est un festival inhabituel. Tous les films sont diffusés sur internet. Pendant un mois, tous les amateurs pourront regarder des films français modernes en version originale sous-titrée et voter pour leurs œuvres préférées.

Le festival a deux jurys professionnels, un jury des réalisateurs, qui inclut des cinéastes français, et un jury de la presse internationale, auquel je participe avec quatre journalistes d’autres pays. Nous nous sommes rencontrés le 13 janvier à l’Automobile Club de Paris, et nous nous sommes réunis le lendemain pour choisir le vainqueur.

En quoi le festival est-il cette année différent des précédents ?

Cette année, le programme officiel inclut le film de Valerie Donzelli Marguerite et Julien, nominé pour la Palme d’or en 2015 : c’est très rare pour un festival de ce genre. D’une manière générale, cette année, il y a deux fois plus de films, plus de trente au programme officiel et hors-compétition. Pour la première fois, le festival montrera des films francophones de Belgique, du Canada, de Suisse. Bien sûr, chaque année, la composition du jury est différente. Cette année, le jury était présidé par l’argent Pablo Trapero, l’un de plus grands metteurs en scène d’Amérique Latine.

Est-ce qu’il a été difficile de sélectionner les vainqueurs ?

Oui, car tous les films du programme officiel (dix court-métrages et dix long-métrages) étaient bons dans leur genre. J’avais cinq films préférés, mais déterminer un vainqueur a été très difficile. Quand des représentants de différents pays et de différentes cultures se rassemblent (il y avait avec moi dans le jury des journalistes japonais, britanniques, canadiens et argentins), leurs regards ne sont pas toujours identiques.

Quels films conseillez-vous ?

Il faut donner à chaque film une chance de trouver son public. Je vous conseille de vous intéresser au programme hors-compétition : on y trouve des films de différentes époques. Ne manquez pas le court-métrage de Philippe Labro 4xD, consacré à l’actrice Françoise Dorleac (cette année marque le cinquantième anniversaire de son décès), qui n’a encore jamais été projeté.

Selon vous, en quoi les spectateurs russes et français sont-ils différents ?

En Russie comme en France, on aime les blockbusters américains. Mais si les Français aiment aussi leur propre cinéma et en sont fiers, en Russie, le cinéma national moderne a assez mauvaise réputation. Sauf dans le cas de films accompagnés d’une très grosse campagne publicitaire, un spectateur ira plus probablement voir un film étranger que russe.

Y a-t-il en Russie une relation particulière au cinéma français ?

La France a en Russie l’image d’un pays très élégant, et cette image concerne aussi le cinéma. La Russie est un pays immense, dans lequel, finalement, peu de personnes ont vu la France de leurs propres yeux. Sa représentation se forme donc précisément par le biais du cinéma. Mais malgré le fait que beaucoup de nouveaux films français sortent aujourd’hui en Russie, pour la plupart des Russes, les principales stars du cinéma français restent Belmondo, Depardieu, Catherine Deneuve, Pierre Richard, Jean Reno… peu de gens connaissent Louis Garrel ou Kad Merad. Pour la grande majorité des spectateurs russes, le cinéma français ce sont les blockbusters de Luc Besson ou les drames de Claude Lelouche, plus quelques films plus modernes, comme Intouchables ou Le fabuleux destin d’Amélie Poulain.

Avez-vous été marquée récemment par un film russe ? Pouvez-vous nous en recommander quelques-uns ?

J’ai été très impressionnée par le nouveau film de Fiodor BondartchoukAttraction, en grande partie car son histoire raconte comment un vaisseau extraterrestre tombe sur mon quartier et détruit ma maison. Nous avons pris l’habitude de voir les villes américaines détruites par toutes sortes de monstres, mais cela n’était encore jamais arrivé dans une banlieue dortoir de Moscou. Ce film est un blockbuster de science-fiction bien ficelé, qui ne renie pas ses origines russes. En particulier, le message socio-culturel sous-jacent, qu’un spectateur étranger ne pourra pas, je pense, saisir entièrement, mais qui jouera quand même beaucoup sur son impression.

En ce qui concerne d’autres films, certains opus récents vont certainement intéresser les Français, car ils sont liés à la France, par exemple le drame historique Paradis d’Andreï Kontchalovski, ou le documentaire d’Alexandre Sokourov Francophonie, racontant l’histoire des collections du Louvre pendant l’occupation nazie.

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