La collection Morozov. Première mondiale à Paris

Maria Tchobanov
La Fondation Louis Vuitton présentera, à partir du 22 septembre 2021, pour cinq mois, LA COLLECTION MOROZOV, l’une des plus importantes collections au monde d’art impressionniste et moderne.

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Cette première mondiale – la collection Morozov n’ayant jamais été montrée, à ce jour, hors de Russie – constitue le second volet du thème ICÔNES DE L’ART MODERNE, un projet ambitieux, organisé par la Fondation Louis Vuitton en partenariat avec le Musée d’État de l’Ermitage (Saint-Pétersbourg), le Musée d’État des Beaux-arts Pouchkine (Moscou) et la Galerie nationale Tretiakov (Moscou). Elle fait suite à l’exposition LA COLLECTION CHTCHOUKINE qui, entre octobre 2016 et mars 2017, a été vue par un million trois cent mille visiteurs à Paris. Ce deuxième volet, dont la mise en œuvre a été retardée à deux reprises à cause de la pandémie, est consacré aux deux autres figures emblématiques de la scène culturelle russe du XXème siècle naissant, mécènes pionniers de l’art moderne – Mikhaïl et Ivan Morozov.

Mikhaïl Morozov
Ivan Morozov

Marina Lochak, directrice du Musée Pouchkine, rappelle : « Les amateurs d’art connaissent bien les chefs-d’œuvre que sont Une meule près de Giverny de Claude Monet, Portrait de Jeanne Samary. Rêverie d’Auguste Renoir, La Ronde des prisonniers de Vincent Van Gogh, Café à Arles de Paul Gauguin ou Acrobate à la boule de Pablo Picasso. Pourtant, rares sont ceux qui imaginent que ces tableaux ont appartenu un jour à un collectionneur moscovite, Ivan Morozov, dont ils ornaient l’hôtel particulier, rue Pretchistenka ».

Pablo Picasso. Acrobate à la boule

L’exposition rassemble 200 chefs-d’œuvre (peintures, sculptures et pastels) de 17 artistes russes et de 30 artistes français et européens, dont Manet, Rodin, Monet, Pissarro, Lautrec, Renoir, Sisley, Cézanne, Gauguin, Van Gogh, Bonnard, Denis, Maillol, Matisse, Marquet, Vlaminck, Derain et Picasso.

Ces Frères russes s’étant investis dans la reconnaissance de peintres français

Les frères Mikhaïl Abramovitch Morozov (1870-1903) et Ivan Abramovitch Morozov (1871-1921) ont dominé la vie culturelle moscovite à l’aube du XXe siècle, au même titre que les Tretiakov, Mamontov, Riabouchinski et Chtchoukine. Mécènes particulièrement influents, à la fois philanthropes, amis des artistes et passionnés par l’art le plus novateur, les Morozov se distinguent particulièrement par leur soutien inconditionnel à l’art contemporain européen et russe qui contribuera largement à la reconnaissance internationale des peintres modernes français. À deux, ils acquièrent un extraordinaire ensemble de chefs-d’œuvre qui rivalise en nombre et en importance avec les plus remarquables collections françaises et américaines de cette époque.

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Suzanne Pagé, directrice artistique de la Fondation Louis Vuitton, a souligné dans son intervention lors de la conférence de presse dédiée à l’ouverture de l’exposition, qu’aucun musée du monde ne peut prétendre faire une exposition sur la modernité sans passer par Moscou. Elle a également noté la particularité de ce deuxième volume du projet ICÔNES DE L’ART MODERNE, la dimension, qui n’existait pas dans la collection Chtchoukine – les œuvres des artistes russes, notamment de brillants portraitistes Serov et Korovine, ou encore de Vroubel, Machkov, Kontchalovski, Malevitch et d’autres.  

Dans la galerie des portraits de la famille Morozov, qui ouvre l'exposition, on retrouve quelques figures féminines. L’une d’elle fait partie de « l’iconostase personnelle » de Suzanne Pagé, selon sa propre expression. Il s’agit de la mère de Mikhaïl et Ivan, Varvara. Grâce à elle, les deux frères ont bénéficié de cours de peinture, assurés par deux grands peintres russes, Korovine et Serov, qui sont devenus plus tard leurs conseillers pour la collection. Tout jeunes, Mikhaïl et Ivan fréquentaient les artistes russes les plus influents, qui gravitaient autour du salon élégant et progressiste de leur mère.

Varvara Morozova

 « Issue d’une famille très conformiste, elle était non-conformiste même dans sa vie personnelle et professionnelle. Elle a su allier le pouvoir extraordinaire d’une femme d’affaire remarquable avec des qualités d’intellectuelle, qui lui permettaient de tenir un des salons les plus prisés de Moscou rassemblant toute l’élite littéraire et artistique et d’assumer parallèlement le rôle de mécène et philanthrope dans les domaines de l’éducation et de la santé », a noté Suzanne Pagé.

Paul Gauguin. Madame Ginoux au café, 1888

La collection Morozov, exposée à la Fondation Louis Vuitton, réunit une sélection des œuvres rassemblées par les deux frères. « Ensemble et avec quelques autres figures éminentes de leur temps, tels les frères Sergueï et Pavel Tretiakov, Savva Mamontov ou Mikhaïl Riabouchinski, ils contribuent à la création d’un nouveau monde économique, social et culturel où l’art moderne occidental et russe joua un rôle privilégié. Par leur action, ces collectionneurs pionniers ont contribué à l’avènement et au rayonnement du "siècle d’argent" moscovite (1890-1914) », affirme Anne Baldassari, commissaire générale de l’exposition et directrice du catalogue Lacollection Morozov. Icônes de l’art moderne.

Pierre-Auguste Renoir. Portrait de l'actrice Jeanne Samary

Au-delà de sa mission principale – montrer des chefs-d'œuvre –, l’exposition retrace l’histoire de ces industriels philanthropes et aide à comprendre cet étrange et impérieux « art de collectionner » dont ils partageaient la passion, presque l’addiction.

Penchant pour un art révolutionnaire pour l’époque

Le frère aîné, Mikhaïl, décédé à trente-trois ans, avait eu le temps de réunir un impressionnant ensemble d’œuvres contemporaines russes et françaises. Au moment de sa disparition en 1903, sa collection d’art russe comptait 44 œuvres, sa collection d’œuvres d’art moderne français – 39. À la fin des années 1890, familier des grands marchands parisiens, il avait acheté des tableaux, souvent provocateurs, d’artistes alors méconnus et violemment décriés, qu’il sera le premier à faire connaître en Russie. Il avait été le premier à faire venir à Moscou des toiles de Gauguin, de Van Gogh et de Munch, ce qui a exercé une grande influence sur son frère en matière d’art moderne français. De son côté, Ivan entretenait des relations régulières avec le milieu parisien, visitant systématiquement les salons et les expositions et nouant des liens étroits avec les experts et marchands d'art.

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Les Morozov ont réuni entre 1980 et 1914 plus de 250 peintures et sculptures emblématiques de l’art de Paul Cézanne, Paul Gauguin, Vincent Van Gogh, Pierre-Auguste Renoir, Claude Monet, Henri Matisse, Albert Marquet, André Derain ou Pablo Picasso, ainsi que des ensembles décoratifs monumentaux de Pierre Bonnard ou Maurice Denis, et des bronzes d’Auguste Rodin, Camille Claudel et Aristide Maillol.

Camille Claudel, L’Abandon

« Ils ont su apprécier l’élan avant-gardiste des maîtres français et n’ont pas hésité à faire venir en Russie des œuvres dépassant les limites de l’admissible de l’époque, surtout selon le point de vue d’une société russe relativement conservatrice. Malgré la réticence des critiques d’art, sans parler de celle de l’opinion publique, ils choisissaient des tableaux extrêmement audacieux », note Zelfira Tregoulova, directrice générale de la Galerie nationale Tretiakov.

Les collections des Morozov, nationalisées en 1918, ont permis de créer le premier musée d’art moderne au monde : le Musée national d’Art Moderne Occidental (GMNZI), qui se trouvait dans l’hôtel particulier d’Ivan Morozov à Moscou. Ayant échappé à la barbarie bolchévique et au pillage des nazis, après la Seconde Guerre mondiale, la collection a rejoint les fonds du Musée de l’Ermitage, du Musée des beaux-arts Pouchkine et de la Galerie Tretiakov.

La collection est ouverte au public du 22 septembre 2021 au 22 février 2022 à la Fondation Louis Vuitton au 8, avenue du Mahatma Gandhi, Bois de Boulogne, 75116 Paris.

Dans cet autre article, nous vous dressions le portrait de cinq mécènes russes qui ont marqué la culture mondiale.

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