Les dix meilleurs livres russes des années 2010

Actes Sud; Gallimard; Éditions Noir sur Blanc; Russia Beyond
L’époque stalinienne, les dissidents soviétiques, la guerre et les années 1990 – voici ce qui a préoccupé les principaux écrivains russes au cours de la dernière décennie.

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1. Mikhaïl Chichkine - Deux heures moins dix, 2010

Lae roman prend la forme de la correspondance entre deux amants. Cependant, ici, le temps et l’espace ne coïncident pas : il écrit depuis une guerre lointaine, la campagne chinoise de 1900 ; elle lui répond tout au long du XXe siècle. De plus, il n'est probablement plus en vie. L'auteur laisse entendre au lecteur qu'il n'y a pas d'obstacles à l'amour, même les années et la distances.

Le roman est en réalité un scénario théâtral idéal - il a été mis en scène par plusieurs théâtres. Mikhaïl Chichkine, qui vit en Suisse, est très connu en Occident, notamment en raison de son livre précédent Le Cheveu de Vénus. Par conséquent, Deux heures moins dix a été immédiatement traduit en plusieurs langues.

2. Lioudmila Oulitskaïa – Le Chapiteau vert, 2011

Dans ce livre sur le samizdat (édition clandestine, ndlr) et la vie en URSS dans les années 1960 et 70, on trouve tout un éventail de personnages et de destins. Quelqu'un est forcé de dénoncer des amis, quelqu'un est renvoyé du travail et n’est plus pris nulle part, un autre est contraint de renier ses propres parents parce qu'ils ne correspondent pas aux idéaux du Parti communiste.

Oulitskaïa dépeint une fresque impressionnante de la société de cette époque. Après un bref « dégel », l'URSS tombe à nouveau dans l'abîme du totalitarisme et le destin de chaque personne peut être brisé par la volonté du KGB…

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3. Evgueni Vodolazkine – Les Quatre vies d’Arseni, 2012

Moyen-Âge, Russie. La fiancée d’Arseni meurt en couches. Il se sent coupable, car ils n'étaient pas mariés, et il décide alors de consacrer sa vie à la prière pour le salut de son âme. Arseni prend le nouveau prénom de Lavr, erre, fait un pèlerinage à Jérusalem et finit par devenir moine ermite dans la forêt, accueillant les malades et les guérissant.

Vodolazkine a été le premier de la littérature moderne à aborder le thème de la vie des « fols en Christ », ces héros importants de l'histoire médiévale de la Russie. Vous rappelez-vous la cathédrale Saint-Basile sur la place Rouge ? Elle est nommée en l’honneur de l'un d'entre eux. Ils étaient appelés « hommes de Dieu », et on leur pardonnait même d’être insolents en s'adressant aux tsars.

Après la publication du livre de Vodolazkine, philologue et spécialiste du Moyen-Âge russe, l’auteur a commencé à être qualifié d’« Umberto Eco russe ». Et même malgré l'influence évidente de ce dernier, Les Quatre vies d’Arseni est un livre original, saturé d'une stylisation incroyablement habile de l’ancienne langue russe (un véritable défi pour les traducteurs) et d'une profonde réflexion sur les valeurs morales.

4. Marina Stepnova – Les Femmes de Lazare, 2012

Génie des mathématiques, le Juif Lazar Lindt n’a été touché ni par la révolution, ni par la guerre civile en Russie, ni par la répression, ni même par la Seconde Guerre mondiale. L'auteur raconte l'histoire du héros à travers le prisme de celles qu'il a aimées. Au début, c’est Maroussia, la femme de son patron, qui considérait Lazare comme son enfant et avait 20 ans de plus que lui. Puis son épouse Galina, dans laquelle le héros a clairement vu les traits de Maroussia. Nous voyons ensuite à quel point son génie s’est bizarrement reflété dans les traits de sa petite-fille, Lidotchka.

Cette saga familiale inhabituelle couvre tout le XXe siècle et montre de manière magistrale comment la vie des citoyens ordinaires a été affectée par les principaux bouleversements politiques dans le pays, et comment les personnes se sont adaptées aux nouvelles conditions de vie.

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5. Vladimir Sorokine - Telluria, 2013

Sorokine enfreint la forme linéaire habituelle du roman : Telluria se compose de 50 chapitres qui semblent de fait déconnectés. Il s’agit d’une anti-utopie dans laquelle l’auteur fantasme sur l’avenir de la Russie et de l’Europe au milieu du XXIe siècle. Il s’agit d’un « Nouveau Moyen-Âge » où, après la guerre, les territoires sont divisés en petites principautés où vivent non seulement des gens, mais aussi des créatures mythiques telles que des centaures et des hommes à tête de chien.

Dans le livre, le métal tellure devient une sorte de Saint Graal, une drogue qui prise par une personne la rend capable de comprendre tout ce qu’elle veut et d’emprunter n’importe quel chemin spirituel. Cependant, outre le fait que le tellure offre des opportunités incroyables, il est également mortel...

Sorokine, l’un des auteurs les plus scandaleux de la Russie moderne, a à plusieurs reprises défrayé la chronique avec ses romans conceptuels. Il critique de manière voilée le gouvernement et provoque souvent le mécontentement des activistes pro-gouvernementaux et de l'Église. Ses livres ont été poursuivis en justice et même brûlés sur la place publique. Cependant, il reste l'un des écrivains les plus lus.

6. Zakhar Prilepine – L’Archipel des Solovki, 2014

Avant ce livre monumental, Prilepine était connu comme l'auteur d'histoires biographiques et de courts romans sur sa vie de membre des forces d’élite pendant la guerre en Tchétchénie, sur les videurs des boîtes de nuit et les problèmes quotidiens des jeunes gars des villes de province.

Dans L’Archipel des Solovki, ses héros simples et compréhensibles issus du peuple vivent dans le camp à vocation spéciale Solovki, à l'aube du système punitif de l'URSS, dans les années vingt. L’écrivain a soigneusement travaillé avec des sources documentaires et créé des personnages saisissants comme le chef de camp ambigu, dépeignant avec véracité les prisonniers et leur vie paradoxale entre détention et rêves de liberté.

Ce n'est pas un énième roman sur les horreurs du goulag, mais l'histoire de la vie difficile d'un jeune homme qui essaie de survivre de toutes les manières possibles, avec une réflexion sur les conséquences que peut avoir le fait de vendre son âme au diable.

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7. Gouzel Iakhina - Zouleïkha ouvre les yeux, 2015

La femme musulmane Zouleïkha, originaire d’un village tatare, vit sous l'oppression d'un mari et d'une belle-mère tyranniques. Le gouvernement soviétique bouleverse sa vie : sa famille est victime des répressions, son mari tué, sa maison confisquée et elle est envoyée en Sibérie. Paradoxalement, dans cette réclusion, elle se trouve elle-même en tant que personne, et cesse de faire mécaniquement ce qu'on lui dit.

Les débuts de l'écrivain de Kazan Gouzel Iakhina ont littéralement constitué l'événement littéraire de cette année et un best-seller. Ce livre s’appuyait sur les souvenirs de sa grand-mère, qui avait passé des années en exil en Sibérie, ainsi que sur les mémoires d’autres Tatars victimes de la « dékoulakisation » dans les années 20.

8. Alexeï Ivanov - Mauvais temps (Nenastié), 2015

Un groupe de bandits, qui se trouvent être des vétérans de la guerre d'Afghanistan, terrorise une petite ville de province. Les habitants viennent s’incliner devant eux, les malfrats les récompensent ou les punissent. Ils décident un jour de saisir illégalement un bâtiment neuf pour eux-mêmes et leurs familles.

Le personnage principal, Guerman, est différent de ses « collègues » du gang. Il rêve de partir sous le soleil de l'Inde, ne veut plus de conflits, et se rappelle l’Afghanistan avec des frissons. De plus, il est obligé de cacher ses sentiments pour la petite-amie du chef...

Ce livre est l'une des meilleures réflexions artistiques sur les « folles années 90 » en Russie. Ivanov a su non seulement dépeindre la vie d'une ville de province, mais aussi parler de nouvelles classes sociales et de leurs valeurs.

9. Alexeï Salnikov – Les Petrov dans la grippe et autour d’elle, 2016

Les membres de la famille Petrov tombent malades l’un après l'autre. Toute l’œuvre est écrite à travers le prisme de leur délire lié à une température corporelle élevée, et l’on ne sait pas ce qui se passe en réalité et ce qui est né de leur conscience « grippale ».

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L’essentiel du succès de Salnikov repose sur un style d’écriture totalement nouveau qui décrit de façon évocatrice les aspects les plus infimes de la vie quotidienne, qu’il s’agisse de la sueur sur le front du malade ou les spasmes d’une jambe sous une couverture.

Le roman Salnikov a constitué une véritable sensation littéraire et une découverte de l'année. L'auteur a reçu plusieurs prix et le célèbre réalisateur Kirill Serebrennikov a commencé à tourner un film basé sur le roman.

10. Grigori Sloujitel – Jours de Saveli (Dni Saveliya), 2018

Ceci est une description à la première personne de la vie d'un chat de Moscou de la naissance à la mort. On dirait que l’auteur a accroché une caméra « go pro » à un chat de gouttière afin de pénétrer dans les moindres replis de sa conscience. En outre, il réalise avec lui un voyage incroyablement curieux dans un Moscou méconnu.

Les débuts de Sloujitel en matière d’écriture ont au départ suscité le scepticisme des lecteurs et des critiques : la technique basée sur le récit d’un chat ne semblait pas nouvelle et tout le monde redoutait des maladresses et des métaphores assez lourdes. Cependant, cela ne s'est pas produit - le livre a reçu un prix de la sympathie du public et a forcé les lecteurs à poser un nouveau regard sur des choses apparemment anodines.

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