Dix chefs-d'œuvre littéraires qui ont participé à l’éducation de tous les Russes

L. Pasternak
Grâce à un programme scolaire complet comprenant les chefs-d'œuvre de Pouchkine, Gogol, Tolstoï, Soljenitsyne et d’autres fameux écrivains, les Russes de toutes classes sociales possèdent un lien culturel commun et un point de référence intellectuel, facteurs importants dans la valorisation de l'identité nationale et la construction de la cohésion sociale.

Pour les Russes, la littérature classique représente bien plus qu'un moyen d'apprendre la langue ou de passer le temps. Certaines œuvres enseignées à l'école jouent un rôle important dans la formation de l'identité culturelle de la nation, et les Russes s’y réfèrent souvent pour établir des comparaisons avec des situations similaires, décrire une personne, parler d'amour ou de haine, ou tout simplement pour utiliser certaines expressions ou faire des blagues. Et chaque Russe comprendra ces références car tous ont lu les mêmes livres à l'école. Russia Beyond a compilé une liste des œuvres littéraires russes les plus importantes. Si vous les lisez toutes, vous comprendrez alors mieux la mentalité russe

1. Le mineur  de Denis Fonvizine

Parmi les comédies du XVIIIe siècle, Le mineur, une œuvre satirique remarquable de Denis Fonvizine, est rapidement devenue la source de nombreuses expressions et proverbes de la littérature et de la langue russe. Le héros principal, Mitrophanouchka, est un membre égoïste et sans éducation de la petite noblesse, et la cible principale des sarcasmes de Fonvizine. Dès l’apparition du Mineur dans les théâtres de Moscou en 1783, la comédie a été un grand succès. Mais aussitôt, Catherine II a interdit à Fonvizine de publier d'autres œuvres littéraires, ce qui était le prix à payer pour sa satire mordante de la haute société russe.

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2. Du Malheur d’avoir de l’esprit d’Alexandre Griboïedov

Diplomate et dramaturge, Alexandre Griboïedov est entré dans l'histoire de la littérature russe en n’ayant écrit qu’une seule pièce de théâtre, Du Malheur d’avoir de l’esprit. Les monologues du héros principal de ce chef-d'œuvre, Tchatski, sont souvent appris par cœur à l'école. Cette pièce du XIXe siècle met en scène les conflits auxquels fait face une personne cultivée, incapable de gagner les faveurs d'une société hypocrite. Achevée en 1824, la pièce n’a finalement été publiée qu’en 1833 à cause de la censure de l'État. L'auteur, cependant, n’a jamais vu son œuvre sur les planches d’une scène de théâtre. Ambassadeur en Perse, Griboïedov a en effet été assassiné en 1829 à l'âge de 34 ans, au cours d'une émeute anti-russe à Téhéran.

3. Eugène Onéguine d’Alexandre Pouchkine

De loin l’étoile la plus brillante de la poésie russe, Alexandre Pouchkine était un pionnier dans le genre du roman en vers, le meilleur exemple de son immense travail étant Eugène Onéguine. Il raconte la tragique histoire d’amour entre Onéguine, un bon vivant fatigué de la vie, et une modeste fille de la campagne, Tatiana. Cette dernière tombe aussitôt amoureuse du personnage principal, mais Onéguine ne partage tout d’abord pas ses sentiments. Pouchkine passe beaucoup de temps à décrire la culture russe, son histoire et ses traditions. Le roman est qualifié à juste titre d’encyclopédie de la vie en Russie au XIXe siècle, et à ce jour il reste une référence pour les Russes de tous âges. Les éléments les plus essentiels de l’œuvre sont la fameuse lettre de Tatiana à Onéguine, les descriptions de Moscou, les passages dédiés à la beauté de la nature et du pays, et bien sûr l'humour et l’autodérision de l'auteur.

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4. Un héros de notre temps de Mikhaïl Lermontov

C’est l'histoire de Grigori Petchorine, un officier russe voyageant et servant dans la région du Caucase. Ce bon vivant imaginé par le poète et écrivain russe Mikhaïl Lermontov, rejoint la catégorie des « hommes de trop » de la littérature russe du XIXe siècle, qui a commencé avec Eugène Onéguine de Pouchkine. Membre très cultivé de la société aristocratique russe, Petchorine est cynique, nihiliste et mélancolique. Il n'a pas de but dans la vie, joue avec la mort, et voit les autres personnes comme des objets pour ses expériences cruelles et son plaisir hédoniste. Le héros de Lermontov a ensuite été rejoint par beaucoup d’autres personnages du même genre dans la littérature du XIXe siècle. Avec Pouchkine, Lermontov est considéré comme l'un des plus grands poètes de Russie.

5. Les Âmes Mortes de Nicolas Gogol

Les Âmes Mortes de Nicolas Gogol est l'une des œuvres les plus puissantes de la littérature russe du XIXe siècle. L'auteur, cependant, a brûlé la suite du récit et est mort peu après en raison d’une maladie mentale. La légende veut que Gogol ait eu l'idée de son roman grâce à Alexandre Pouchkine. L'histoire présente un noble désargenté, Pavel Tchitchikov, qui parcourt le pays pour acheter des serfs décédés mais dont la mort n’a pas été encore déclarée, dans le but de réaliser une escroquerie financière en hypothéquant les serfs morts comme s’ils étaient toujours en vie. Après quoi il envisage de prendre un prêt bancaire, et de s’enfuir avec l'argent. Les voyages de Tchitchikov explorent la réalité de la vie rurale russe du XIXe siècle et les types de personnes qui y vivent.

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6. Crime et châtiment de Fiodor Dostoïevski

Avec plus de 25 adaptations cinématographiques dans le monde entier, Crime et Châtiment est probablement le livre le plus célèbre de Dostoïevski. L'histoire se concentre sur le dilemme moral d'un ancien élève, Rodion Raskolnikov, qui cherche à savoir s’il fait partie de ces « hommes supérieurs » et si cela lui donne le « droit de tuer ». Il se compare à Napoléon et pense que les bonnes intentions peuvent justifier n’importe quel crime. Il tue une vieille femme usurière, mais finit par se rendre à la police en raison de son angoisse et sa culpabilité. À Saint-Pétersbourg, où l’intrigue se déroule, il y a toujours de nombreuses visites guidées dédiées à la vie de Raskolnikov, qui fait toujours bien partie de la culture locale.

7. Guerre et Paix de Léon Tolstoï

Il y a probablement peu de Russes qui ont réussi à terminer les quatre volumes de Guerre et Paix, dont les premières pages sont écrites en français. Pourtant, tous ou presque s’y replongent à un âge plus avancé. Certains préfèrent les passages sur l'amour, tandis que d'autres apprécient les descriptions de la guerre contre Napoléon entre 1805 et 1812. Guerre et Paix est sans aucun doute l'un des livres les plus importants de la littérature russe et mondiale. À l'époque soviétique, il a été l’ouvrage le plus publié du pays, avec plus de 360 ​​millions d'exemplaires imprimés en 312 éditions.

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8. Nouvelles d’Anton Tchekhov

Les Russes commencent à lire les Nouvelles de Tchekhov dès leurs premières années d'école. L'histoire attachante d'un chien entièrement dévoué à son maître, Kachtanka, a beaucoup touché le cœur des enfants. Drôles, courtes, pleines d'humour, d'ironie et de satire, les nouvelles de Tchekhov ont toujours été aimées par les écoliers et les adultes de Russie. Parmi celles-ci Ionytch, Le Gros et le Maigre et La Petite Trilogie sont parmi les plus appréciées. Les drames de Tchekhov comme La Mouette, Oncle Vania, Trois sœurs, et La Cerisaie sont souvent étudiés plus tard, généralement au lycée.

9. Le Don paisible de Mikhaïl Cholokhov

L’attribution de ce livre, pour lequel Mikhaïl Cholokhov a remporté le prix Nobel de littérature en 1965, est encore débattue par les critiques littéraires. Certains disent qu'il est impossible pour une personne de 22 ans d'écrire un récit aussi exceptionnel à un si jeune âge. Les brouillons manuscrits de Cholokhov ont été perdus depuis longtemps, ce qui est assez étrange compte tenu de l'importance et de la longueur du roman. Certains experts soutiennent donc que le roman a été écrit par Fiodor Krioukov, un officier de l’Armée blanche. Quelle que soit la vérité, ce livre décrivant le destin d'un homme pendant la Révolution russe et la vie des Cosaques de la région du Don, est l'une des œuvres les plus importantes de la littérature russe du XXe siècle.

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10. Une journée d'Ivan Denissovitch par Alexandre Soljenitsyne

Les œuvres de cet autre prix Nobel (1970) qu’est Alexandre Soljenitsyne ont longtemps été interdites dans les écoles russes. Les nouvelles et romans de l’auteur ont ainsi commencé à apparaître dans les écoles au moment de la perestroïka seulement, à la fin des années 1980. Ils sont alors devenus les preuves les plus accablantes des répressions soviétiques. Une journée d'Ivan Denissovitch, publié en 1962, occupe désormais une place centrale dans l'étude de la littérature du XXe siècle au lycée. Le livre raconte le quotidien d'Ivan Denissovitch Choukhov, prisonnier dans un camp de travail soviétique dans les années 1950. La publication du livre a été extraordinaire car c’était la première fois que les répressions de Staline étaient décrites aussi librement.

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