Le zoo de Moscou pendant la Seconde Guerre mondiale

Un éléphant au zoo de Moscou, 1944. Crédit : Anatoly Garanin / RIA Novosti

Un éléphant au zoo de Moscou, 1944. Crédit : Anatoly Garanin / RIA Novosti

La Seconde Guerre mondiale a mobilisé l’Union soviétique tout entière, y compris les zoologistes. Ces derniers avaient pour mission de sauver et d’évacuer le zoo de Moscou. De nombreux animaux n’ont survécu en ces années difficiles que grâce au personnel qui les protégeait avec abnégation.

A la veille de la guerre, le zoo de Moscou était en plein essor. Il venait de s’élargir et les visiteurs du « nouveau territoire » pouvaient enfin voir les animaux non dans des cages étroites, mais dans de vastes enclos. Le zoo a acquis des espèces particulièrement populaires auprès des visiteurs, notamment des éléphants, des hippopotames, des singes, des lions et des tigres, arrivés de l’étranger  dans le jardin zoologique de Moscou, devenu bientôt parc zoologique. A la fin des années 1930, le zoo de la capitale russe comptait 425 espèces d’animaux, d’oiseaux, d’amphibiens et de poissons.

Sauver le rhinocéros

Après le début des hostilités, décision fut prise d’évacuer les espèces les plus précieuses – telles que le tigre de Sibérie, la panthère des neiges, le babouin, le lynx, le lion et le puma – à Sverdlovsk (dans l’Oural) et à Stalingrad (sur la Volga). Il ne restait au zoo parmi les grands mammifères qu’une lionne et le premier ourson polaire né au zoo.

« Les animaux évacués à Stalingrad avaient été confiés au zoologiste Mikhaïl Kolesnikov, a raconté Elena Migounova, directrice du département de médiation culturelle du zoo de Moscou. Mais il a été tué et personne ne sait ce que sont advenus les animaux. Les autres, évacués à Sverdlovsk, sont arrivés à destination. Il y avait parmi eux un éléphant d’Afrique, un rhinocéros, un gnou, un bouquetin de Sibérie, un tigron, des léopards d’Arabie et des chimpanzés. L’éléphant, le rhinocéros et plusieurs félins n’ont pas survécu dans les conditions compliquées de l’époque ».

Mirdza Kroumina, directrice du département des gros mammifères, se rappelle que ses collègues et elle-même habitaient directement au zoo et dormaient dans leurs bureaux, à même le plancher. Parfois, les animaux étaient emmenés en voitures à cheval dans des hôpitaux afin que les blessés puissent les admirer.

Les raids et la nourriture

Le territoire du zoo abritait un entrepôt de munitions dont le toit était « garni » d’un système de défense anti-aérienne. Les animaux – loups, hyènes et ours – sont revenus sur l’« ancien territoire ». Une batterie de DCA était installée au milieu de l’actuel zoo pour enfants.

Le personnel comprenait que les raids aériens seraient inévitables. Le zoo a été attaqué dans la nuit du 4 au 5 janvier 1942. Le raid a provoqué un important incendie et a tué plusieurs membres du personnel qui, au prix de leur vie, ont réussi à sauver tous les animaux.

Les bombes ont touché le bâtiment des ongulés situé sur le « nouveau territoire ». Tout le monde a pensé que les animaux avaient été tués, mais, par un heureux hasard, ils sont tous restés en vie. Les zoologistes les ont rapidement guidés vers la sortie. Lors d’attaques aux bombes incendiaires, les spécialistes restaient toujours à côté de leurs animaux. Ils apportaient des couvertures et d’autres effets personnels de chez eux pour boucher les trous dans les vitres.

Les animaux ressentaient la guerre de manière différente. Les cerfs, les chèvres sauvages et les daims, craintifs par nature, devenaient nerveux aux sons des raids aériens et s’agitaient dans leurs enclos, allant jusqu’à se blesser. « Les félins et les rapaces restaient stoïques, tout comme les éléphants, se rappelle Elena Migounova. Les zoologistes ont même raconté qu’un éléphant les avait aidés à éteindre une bombe incendiaire. Il avait rempli sa trompe d’eau contenue dans le fossé de son enclos et avait dirigé le jet sur le projectile. »

La direction du zoo a été également confrontée au problème de la nourriture pour les animaux. Les zoologistes réalisaient eux-mêmes des stocks fourragers. Alors que les combats faisaient rage aux environs de Moscou, ils sortaient le foin sous une averse de tirs. Les carnivores étaient nourris avec la viande de chevaux tués.

En 1944, le zoo a complété sa collection avec des animaux venus d’autres parcs. Certains lui ont été offerts par des militaires et des explorateurs polaires. L’année 1945 a marqué le début d’une campagne d’achat d’animaux dans d’autres villes. Un lion, des loups, des chameaux, des chacals, des singes et un léopard ont « pendu la crémaillère » dans les enclos réparés du zoo de la capitale russe.

Texte original (en russe) publié sur le site de Moskovski Komsomolets

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