Lady Death et Terreur invisible: ces femmes tireurs d’élite

Lioudmila Pavlitchenko.

Lioudmila Pavlitchenko.

Archives
Des centaines de milliers de femmes soviétiques ont combattu aux côtés des hommes durant la Seconde Guerre mondiale pour obtenir la victoire sur l’Allemagne nazie. Certaines sont devenues tireurs d’élite et ont enregistré des résultats impressionnants qui ont influé sur le cours des hostilités. RBTH se souvient des trois femmes snipers les plus célèbres.

1. Lioudmila Pavlitchenko, Lady Death

Lioudmila Pavlitchenko est considérée comme la femme tireur d’élite la plus dangereuse de la Seconde Guerre mondiale : elle a tué 309 soldats et officiers ennemis. Cette jeune femme que les journalistes étrangers avaient surnommé Lady Death s’est vu consacrer des chansons et des films. Son portrait a été imprimé à deux reprises sur des timbres.

Partie au front comme volontaire à l’âge de 25 ans, elle n’a suivi que des cours très brefs de formation au tir avant de se retrouver dans l’armée.

Lioudmila Pavlitchenko. Crédit : TASS Lioudmila Pavlitchenko. Crédit : TASS

Lioudmila Pavlitchenko a pris part aux combats pour Odessa (aujourd’hui en Ukraine) et Sébastopol (aujourd’hui en Russie). C’est au cours de ces batailles qu’elle rencontra l’homme de sa vie. Mais ce dernier fut grièvement blessé et mourut à l’hôpital avant le mariage. Cette histoire est devenue le pivot du film consacré à cette personnalité extraordinaire, La Bataille de Sébastopol.

La jeune femme a pris part aux combats pour Sébastopol pratiquement jusqu’à la fin du siège de la ville qui a tenu huit longs mois dans des conditions extrêmement difficiles. En juin 1942, elle a été blessée et évacuée.

Plus de trois cents soldats et officiers nazis ont été tués par Lioudmila Pavlitchenko en moins d’un an. La légende veut que les nazis aient envoyé leurs meilleurs snipers pour l’éliminer, mais c’est elle qui en a abattu 36. L’un d’eux, selon la presse, avait même totalisé 400 victoires.

Après son rétablissement, elle a effectué une visite aux États-Unis et au Canada au sein d’une délégation de jeunes Soviétiques. Elle a été reçue par le président américain Franklin Roosevelt dont la femme, Éléonore, lui a organisé un voyage dans le pays.

Lors de ses rencontres aux États-Unis, Lioudmila Pavlitchenko appelait les alliés à ouvrir le plus vite possible le second front en Europe. « Messieurs, j’ai 25 ans. J’ai déjà éliminé 309 envahisseurs nazis. N’avez-vous pas l’impression de vous cacher trop longtemps derrière mon dos ? », a-t-elle déclaré à Chicago. Elle s’est vu offrir un Colt aux États-Unis et une Winchester au Canada. Le chanteur et guitariste folk américain Woody Guthrie lui a consacré sa chanson Miss Pavlitchenko.

En 1943, elle a été récompensée du titre de Héros de l’Union soviétique, mais elle n’est plus jamais revenue au front, s’occupant dorénavant de la formation des tireurs d’élite.

2. Alia Moldagoulova   

Alia Moldagoulova est née au Kazakhstan, mais elle était à Leningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg) quand la guerre a éclaté. En mars 1942, l’orphelinat où la jeune fille de 16 ans avait été élevée a été évacué de la ville assiégée. Dès le mois de décembre, Alia a entamé une formation à l’École centrale d’instructeurs des snipers. Pour son tir précis, elle a reçu en cadeau un fusil et en juillet, elle a été envoyée au front.

« En 1943, notre brigade a accueilli Alia Moldagoulova, tireur d’élite. Une fille fragile et très sympathique originaire du Kazakhstan. Elle n’avait que 18 ans, mais trois mois plus tard, elle avait déjà tué 32 nazis », se souvient un compagnon d’armes d’Alia.

Alia Moldagoulova. Crédit : TASSAlia Moldagoulova. Crédit : TASS

Selon lui, la jeune fille était très intrépide. Non seulement elle était un sniper extraordinaire, mais elle était en outre arrivée à faire prisonniers plusieurs soldats allemands et aidait à évacuer les blessés du champ de bataille, en leur donnant les premiers soins.

Alia a été tuée en libérant la région de Pskov (nord-ouest) en janvier 1944. Selon les témoins, la jeune fille a appelé plusieurs fois les hommes à l’attaque : « Frères, soldats, suivez-moi ! ». Lors de sa dernière bataille, elle a été blessée par un éclat d’obus, mais s’est jetée dans un combat de mêlée. Elle a été blessée encore une fois par un officier allemand, mais elle a réussi à le tuer. Toutefois, elle a succombé un peu plus tard à ses blessures.

Alia Moldagoulova a abattu 78 militaires ennemis. L’ordre de Héros de l’Union soviétique lui a été attribué à titre posthume. Un ballet, Alia, et un film sur sa vie, Les Snipers (1985), lui ont été consacrés en URSS.

3.  Roza Chanina, Terreur invisible

Roza Chanina était maîtresse à l’école maternelle. Elle s’est retrouvée au front à l’âge de 19 ans, à l’issue de deux ans d’altercations avec la direction du centre de recrutement où elle venait régulièrement pour demander à être engagée. En juin 1943, elle a été dépêchée, comme Alia Moldagoulova, à l’École centrale d’instructeurs des snipers, où elle a obtenu son diplôme avec la mention « excellent ».

Roza Chanina, Alexandra Ekimova et Lidia Vdovina (de gauche à droite). Crédit : TASS Roza Chanina, Alexandra Ekimova et Lidia Vdovina (de gauche à droite). Crédit : TASS

Selon ses compagnons d’armes, quand elle a tué son premier nazi en avril 1944, elle s’est exclamée : « J’ai tué un homme, un homme… ». Quelques jours plus tard, elle avait tué 10 nazis et un mois plus tard, elle s’est vu décerner l’ordre de la Gloire de Troisième classe. Elle était surtout connue pour ses célèbres « doublets » : deux cibles touchées par deux coups tirés en succession rapide.

Elle a rapidement été récompensée de l’ordre de la Gloire de Seconde classe. Roza Chanina est devenue la première femme à recevoir l’une des plus hautes décorations soviétiques de la Seconde Guerre mondiale, ce qui l’a rendu célèbre dans l’ensemble du pays et lui a valu la publication d’articles à son sujet et de photos dans les médias. Les journalistes étrangers l’ont baptisée « Terreur invisible de la Prusse orientale », la région où elle combattait depuis l’automne 1944.

Roza Chanina. Photo d'archives colorisée par KlimbimRoza Chanina. Photo d'archives colorisée par Klimbim

Pourtant, dans son journal de combat, Roza a affirmé qu’elle ne méritait pas cette gloire. Elle estimait qu’elle en avait trop peu fait à la guerre.

La jeune fille a combattu pendant neuf mois. Elle a trouvé la mort trois mois avant la Victoire, en janvier 1945, en protégeant le commandant blessé de son unité d’artillerie. Elle a éliminé 59 soldats et officiers nazis.

Lire aussi : 

Normandie-Niemen : une amitié née sous le ciel de la guerre

Les « Sorcières de la nuit » aux trousses de l’aviation allemande

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.