Encensoir volant et Pop art sur cigarettes: gros plan sur la Triennale de l’art russe

21 mars 2017 Oleg Krasnov
Les commissaires d’exposition du musée Garage ont arpenté la Russie depuis Kaliningrad (la région la plus occidentale du pays) jusqu’à Vladivostok (Extrême-Orient) ; ils ont rencontré deux cents artistes dont soixante ont été sélectionnés pour la première Triennale de l’histoire.
GARAGE triennale of contemporary russian art
Soixante artistes des quatre coins de l’immense pays ont été sélectionnés pour un projet sans précédent. Crédit : Vladimir Vyatkine / RIA Novosti

Du 10 mars au 14 mai 2017, le musée Garage de Moscou présente la première Triennale d’art contemporain russe. Ce projet est parti à la recherche de nouveaux artistes sur les immenses étendues de la Russie, sans se limiter exclusivement aux deux centres culturels du pays, Moscou et Saint-Pétersbourg. RBTH a sélectionné sept d’entre eux.

1. Union créatrice Où courent les chiens. L’encensoir robot

Crédit : Oleg KrasnovCrédit : Oleg Krasnov

Les artistes Olga Inozemtseva, Alexeï Korzoukhine, Vladislav Boulatov et Natalia Grekhova ne sont pas des nouveaux-venus dans le monde des arts : leur groupe s’est formé en 2000 à Ekaterinbourg (Oural) et connaît déjà une célébrité internationale. Devenu en 2012 lauréat du prestigieux festival Ars Electronica basé à Linz (Autriche), le quatuor a présenté ses installations interactives ironiques et son art vidéo aux expositions tant en Russie qu’en Grande-Bretagne, en Italie, en Allemagne et en France.

La Triennale expose leur nouvelle œuvre : une « soucoupe volante » qui se déplace dans les airs au bout d’un fil et qui dégage de temps en temps un nuage de fumée rappelant un encensoir. Avec cette réflexion, le groupe se concentre sur la vitesse avec laquelle l’Église, séparée de l’État en Russie, entre dans la vie de l’homme moderne.

2. Nikolaï Panafidine. Sculptures cinétiques

Crédit : Vyacheslav Prokofyev / TASS Crédit : Vyacheslav Prokofyev / TASS

Il faut dire que Nikolaï Panafidine est ingénieur du bâtiment de formation. Ce qui n’est pas évident lorsqu’on contemple ses sculptures cinétiques, ces étonnants objets en mouvement qui, par leur beauté, peuvent concurrencer les œuvres des classiques de l’art cinétique que sont Jean Tinguely et Julio Le Parc. Nikolaï Panafidine trouve son inspiration dans l’art scénique : il coopère avec des scénographes de théâtre et réalise des décors. Les commissaires d’exposition qualifient cet artiste originaire de Tcheliabinsk (Oural) de grande découverte de cette Triennale.

3. Damir Mouratov. Série de tableaux

Crédit : Oleg KrasnovCrédit : Oleg Krasnov

Ce peintre de 50 ans vit et travaille à Omsk (Sibérie occidentale). C’est également dans les musées et galeries de sa ville qu’il s’expose essentiellement. Damir Mouratov peut être qualifié d’héritier du Pop art et du conceptualisme, qui exprime dans ses œuvres une vive identité nationale. La série de tableaux présentée au Garage nous renvoie à la culture soviétique de masse, avec ses affiches de cinéma, ses boîtes d’allumettes et de cigarettes et ses paysages, populaires en Russie depuis l’époque tsariste.

4. Anatoli Osmolovski. Autoportrait d’or

Crédit : Vladimir Vyatkine / RIA NovostiCrédit : Vladimir Vyatkine / RIA Novosti

Plein d’ironie, Anatoli Osmolovski s’est élevé un monument à soi-même en se représentant comme un grand prêtre, à l’image des futuristes russes. Au début des années 1990, celles de sa jeunesse, il pratiquait la performance avant de se passionner pour des objets et des installations porteuses d’un message politique et social. Ces dernières ont été exposées dans de nombreux pays, notamment à la Biennale de Venise. À la triennale de Moscou, il est représenté dans la section Figure de maître, en compagnie de classiques de l’art contemporain russe comme Dmitri Prigov ou Andreï Monastyrski.

5. Maïana Nassyboullova. L’ambre toujours d’actualité

Crédit :  Oleg KrasnovCrédit : Oleg Krasnov

L’installation de cette artiste de 28 ans originaire de Novossibirsk (Sibérie occidentale) composée de « morceaux d’ambre » avec des incrustations est un appel à la mémoire universelle, nationale et personnelle. Ces imitations d’ambre en polyépoxydes concentrent en elles la nostalgie de la côte de la Baltique où les touristes soviétiques débarquaient par millions et dont chacun rapportait des grains d’ambre rejetés par la mer sur la plage. Les incrustations – des mots, des billets et des dizaines d’autres objets dont même un portable – aident l’artiste à figer ses propres souvenirs.

6. ZIP Group. École 1,5 х 1,5

Crédit : Vyacheslav Prokofyev / TASS Crédit : Vyacheslav Prokofyev / TASS

Cette installation interactive est composée de cubes mesurant 1,5 mètre sur 1,5. Chacun est une « école artistique » où il est possible de s’essayer à une pratique artistique directement au musée. Ainsi, à « l’école du minimalisme et de la propreté » on peut accrocher conceptuellement des serviettes monochromes à des fils. À « l’école des vidéocommunications horizontales », on peut réaliser un selfie ou enregistrer une vidéo sur smartphone pour les laisser au visiteur suivant. Le ZIP Group de Krasnodar (sud) est presque Moscovite : son exposition, loin d’être la première, sera inaugurée le 21 mars au Musée d’art contemporain de Moscou.

7. Mikhaïl Smagliouk. Fragments d’atelier

Crédit : Oleg KrasnovCrédit : Oleg Krasnov

Pour les uns, l’atelier de cet artiste de Krasnodar (sud) n’est rien d’autre qu’une friperie. Pour d’autres, il prend la forme d’une boutique magique sortie tout droit des contes d’Hoffmann et d’Andersen. Dans son « monde personnel », Mikhaïl Smagliouk réunit des milliers de petits objets pour donner libre cours à son imagination et peupler son atelier de personnages et œuvres fantastiques, comme celles qui constituent son installation à la Triennale.

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