À la découverte de la « Suisse russe »

RBTH vous emmène à la découverte de Krasnaïa Poliana, la « Suisse russe », dont les pentes ont accueilli les épreuves des Jeux olympiques d'hiver 2014.
Krasnaïa Poliana
Vue sur le village de Roza Khoutor. Crédit : Alexandre Demiantchouk/TASS

Plein à craquer, le train rouge vif Lastotchka (Hirondelle) quitte le quai de la dernière station de la côte pour prendre d’assaut la montagne. Le train monte facilement la pente, accélère sans bruit sur la voie construite spécialement pour les Jeux olympiques d’hiver de 2014 et met le cap sur Krasnaïa Poliana.

Trois quarts d’heure après le départ de Sotchi, il arrive dans ce paradis montagnard des amateurs d’activités en plein air. Pressés par les guides locaux et les conducteurs de cars gratuits frappés d’emblèmes bariolés, les touristes se dispersent dans les trois stations de vacances : Gorki Gorod, Gazprom et Roza Khoutor.

Youlia Inozemtseva, de Saint-Pétersbourg, arrivée à bord de ce train, est une sportive, membre de la sélection russe d’aviron, grand espoir de la Russie aux Jeux olympiques de 2016. « Notre équipe organise à Sotchi un entraînement. Nous habitons une maison de cure sur la côte où nous disposons de l’essentiel, la mer. Nous sommes venus aujourd’hui pour une heure ou deux visiter la montagne. C’est devenu très facile grâce aux infrastructures développées, même si ces montagnes ne représentent plus un environnement vierge. Mais, dans l’ensemble, les impressions sont très bonnes ! ».

Crédit : Mikhaïl Mordassov

La terrasse d’observation offre une vue imprenable sur le réseau de pistes de ski, le centre de biathlon et le réseau de routes et d’hôtels des trois stations. On dirait une ville européenne, au moins c'est comme ça que s'imaginent la Suisse les Russes qui ne sont jamais allés dans ce pays. De décembre à mars, la foule de touristes est très dense. Les restaurants dressent des listes de clients une semaine à l’avance, tandis que les hôtels affichent « complet » plusieurs mois avant la haute saison.

Toutefois, de mai à novembre, les hôtels de luxe avec leurs spas et centres de bien-être, leurs magnifiques restaurants, leurs pubs en vogue et leurs centres commerciaux avec salles de cinéma et parcs aquatiques restent vides. Les touristes estivaux sont des visiteurs d’un jour qui veulent se reposer à la montagne sans trop débourser. 

Sentiers de montagne

Un homme assez jeune au corps musclé et au regard perçant, Vatchagan Assatrian de Guelendjik (ville située à environ 200 km de Sotchi), rêve de déménager dans les montagnes. Il doit choisir entre Krasnaïa Poliana et la Suisse. Pour le moment, il penche du côté de cette dernière.

Vatchagan est un grand amateur de randonnées périlleuses. « C’est la première fois que je viens à Roza Khoutor. J’essaie de repérer les sentiers pour monter à pied. Je veux demander l’aide d’un guide local parce qu’hier, à la station voisine de Gorki Gorod, je n’ai pas pu trouver le chemin pour redescendre », raconte-t-il.

Alexandre Demiantchouk/TASS

Roza Khoutor et Gorki Gorod, situées sur la même crête, sont réputées pour offrir des vues à vous couper le souffle. Elles attirent surtout les amateurs de promenades tranquilles. Un tour dans une cabine du téléphérique et un « selfie », tel est le programme type des visiteurs de ces stations. 

Les touristes plus audacieux peuvent emprunter des itinéraires menant à des sommets aux appellations un peu gothiques, telles que Pyramide noire ou Poteau de pierre. Il y a cinq ans, ces sentiers étaient accessibles à tous, mais aujourd’hui, il n’est possible de s’y lancer qu’en compagnie d’un guide.

Cependant, Krasnaïa Poliana accueille aussi ceux qui sont prêts à avoir les pieds en sang et à malmener leurs épaules à force de porter leur sac au dos. Ils ne sont pas nombreux et dès qu’ils descendent du train, ils se dirigent vers le téléphérique de Gazprom. Cette station est limitrophe de la réserve du Caucase avec ses énormes étendues de forêts vierges et ses pâturages en haute montagne.

C’est un territoire unique en son genre, sans exagération, une des plus grandes réserves de forêt en montagne d’Europe dont la plus grande partie n’a jamais été touchée par l’activité de l’homme. Il est fréquent d’y rencontrer, même sur des itinéraires populaires et dans des stations touristiques fréquentées, des animaux sauvages, des lièvres et des écureuils jusqu’aux chamois et aux ours.

Cette année, les randonnées dans la réserve sont devenues tellement populaires que des refuges ont été ouverts pour les touristes « version light ». Désormais, il est possible de partir en montagne rien qu’avec son porte-monnaie. À l’arrivée au refuge, le touriste se verra servir un déjeuner, sera installé près d’un feu et on l’aidera à s’enrouler dans un sac de couchage dans une tente. Il est également possible de s’y rendre à cheval.

Sans pour autant prendre de risques il est facilede faire monter l'adrénaline dans l’un des parcs à cordes. Vêtus d’uniformes spéciaux et de casques, attachés à des câbles de sécurité, les touristes s’élancent sur le parcours, se balançant d’arbre en arbre et traversant des ponts suspendus. Les enfants ne cherchent pas à cacher leur euphorie. D'ailleurs, même les adultes participent avec enthousiasme à cette course à obstacles.

Eldorado des skieurs

Olga et Anatoli Sidorov sont venus de la région de Mourmansk (nord-ouest). Cette année ils font partie des « touristes fainéants » : ils seront bientôt parents et ne sont pas prêts à accomplir des exploits. Le couple scrute d’un œil incrédule les environs, suspendus au-dessus des pistes sans neige sur leur télésiège. Si tout leur plaît, ils y reviendront en hiver.

Crédit : Mikhaïl Mordassov

« Nous faisons du ski et du surf des neiges depuis plusieurs années tant à Khibiny où nous habitons qu’en Finlande voisine », raconte le couple. Mais après la chute du rouble, les voyages à l’étranger sont devenus trop chers, ce qui a amené ces amateurs de sports d’hiver à Krasnaïa Poliana.

« Nous avons testé les télésièges. Ils sont confortables et montent assez vite, ce qui signifie qu’il ne doit pas y avoir de longues files d’attente, poursuivent les époux. Les pistes semblent intéressantes et très diversifiées ».

Au sommet des montagnes, à une altitude d’environ 2 300 mètres, l’automne règne en maître. Le soleil éblouit, mais ne réchauffe presque plus et les visiteurs remontent leurs écharpes et leurs capuchons pour se protéger du vent violent. Comme c’est souvent le cas à la montagne, le temps se détériore en l’espace de quelques minutes, un front orageux arrivant du nord. Le ciel noir est déchiré par des éclairs et l’écho du tonnerre résonne sur les rochers. Les touristes s’empressent de prendre les derniers selfies sur fond de trombes d’eau et retournent en courant au téléphérique.

Crédit : Mikhaïl Mordassov

Plus le temps dans les montagnes est mauvais, plus les sportifs sont heureux, car l’humidité et le froid sont pour eux les précurseurs des prochaines chutes de neige. Encore quelques jours, et les pentes se couvriront d’une épaisse couche de poudreuse, réveillant Krasnaïa Poliana de son songe d’été et la plongeant dans le tourbillon touristique.

Freeride

Roza Khoutor dispose du plus grand réseau de pistes, de 80 km, mais certaines sont très étroites. Pourtant, c’est le paradis pour les amateurs du freeride. « Le sport n’est pas autorisé formellement, mais tout le monde ferme les yeux, raconte Denis Merkouchev, freerider depuis plusieurs années. À Gorki Gorod, le freeride n’est possible qu’en compagnie de guides parce que le relief est très accidenté. La saison y est plus courte étant donné que les altitudes sont plus basses, mais les pistes sont très bonnes. Pour ce qui est de Gazprom, il y a de larges pistes : difficiles pour les plus expérimentés, vertes pour les novices. Le freeride y est interdit, mais cet inconvénient est largement compensé par un service haut de gamme ».

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