Ural, la moto soviétique que l’on achète partout sauf en Russie

uralmoto.ru; Motorcyclist Magazine/youtube
Cette usine située à quelque 1.500 km de Moscou produit quotidiennement 5-6 motos sur lesquelles on peut ensuite voir rouler des vedettes comme Brad Pitt et Steven Tyler. Il est pourtant étonnant qu’en Russie la demande pour ces motos apparaît très faible. Voici pourquoi. 

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Une moto de couleur rouge vif roule à vite allure quelque part en Californie et semble être sortie tout droit d’un film rétro. Un homme barbu et costaud est aux commande tandis qu’à côté est assise Gracie, sans casque mais avec des lunettes de ski. La chienne de 8 ans se tient dans le side-car.

« Gracie, un petit vol ? », demande l’homme, et le side-car s’élève pour quelques instants au-dessus de la chaussée, la moto ne roulant que sur deux roues.

La chienne et son maître ont pour « cheval de fer » une Ural, la plus célèbre moto de fabrication russe.

À moto militaire en pleine crise

Les habitants d’Irbit, cette petite ville de la région de Sverdlovsk fondée en 1631, ont toujours eu de quoi s’occuper. Pratiquement depuis sa fondation, l’agglomération a accueilli des foires. Pendant les années 1930, Irbit a commencé à se transformer de ville commerciale en cité industrielle. D’abord, elle a vu émerger une usine de fabrication de briques, puis celle de fabrication de véhicules d’extraction de tourbe.

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Et c’est ici qu’une usine de motos, jadis située à Moscou, a été évacuée pendant la Seconde Guerre mondiale et a été accueillie dans les locaux d’une brasserie. 

Production de motos Ural

« Le premier échelon est arrivé le 21 novembre 1941, et déjà le 25 février de l’année suivante Irbit a envoyé le premier train chargé de motos », raconte le directeur du musée de la moto Alexandre Boulanov dans une interview à TASS. Pendant les années de la guerre, plus de 9 000 motos y ont été produites. Initialement destinées aux militaires, elles étaient alors connues sous le nom de M-72. Ce n’est qu’en 1962 que le nom d’Ural leur a été donné en l’honneur de cette région du pays, les monts Oural. Et c’est justement sous cette appellation que la moto est devenue connue en URSS et au-delà de ses frontières.

Un ouvrier assemblant des motos Ural

Avant le début des années 1990, l’usine produisait 130 motos par an, destinées aux citoyens soviétiques, et employait quelque 10 000 personnes. Après la crise survenue suite à la chute de l’URSS, l’usine a changé à plusieurs reprises de nom, avant de faire faillite vers le début du XXIe siècle.

« Kakha [Nedoukidze, ancien propriétaire de l’usine qui l’avait acquise en 1998, ndlr] a décidé de vendre la production et les seuls prétendants ont été les gérants de l’usine de l’époque : mes collègues Vadim Triapitchkine, Dmitri Lebedinski et moi », raconte à Aficha Daily Ilia Khaït, l’un des copropriétaires de l’usine.

Ural à exporter

Vers 2003, les nouveaux propriétaires ont mis sur les rails la production et cette même année 1 755 motos ont été fabriquées. Toutefois, toutes étaient destinées à l’exportation vers le Japon, les États-Unis, l’Europe, le Canada et l’Australie. 

« Nous avons tout de suite compris que le marché russe n’était pas prometteur pour ce genre d’engins et nous ne voulions pas faire concurrence aux marques mondiales. Mais pour atteindre notre objectif, il a fallu modifier pratiquement entièrement le processus de production. Aujourd’hui, Ural ne comporte aucun détail qui dotait l’ancienne moto. [On se plie] aux exigences du marché étranger »,explique Khaït.

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Le nombre d’employés a également été révisé à la baisse et, à ce jour, seules 150 personnes y travaillent et produisent entre 5 et 6 motos par jour. 

Un Ural City

L’usine propose deux modèles classiques : Ural City (8 915 euros) et Gear Up (10 445), et chaque année des collections limitées sont proposées aux clients : par exemple des motos aux couleurs du lac Baïkal ou du désert, ou d’autres en collaboration avec la marque Yamal.

Un Ural GEAR UP
Un Ural BAIKAL LE
Un Ural YAMAL LE

Gloire mondiale

En Russie, Ural n’a que 4 concessionnaires, contre une cinquantaine aux États-Unis. Pendant les années 2010, les journalistes ont aperçu des stars telles que Brad Pitt ou Steven Tyler chevauchant cette moto. Selon Vladimir Koumatchev, directeur exécutif de l’usine, Ewan McGregor en possède deux, dont une avec side-car.

Brad Pitt & Pax Take A Ride On His Ural Tourist Motorcycle (December 31, 2011)

Опубликовано Ural Motorcycles Thailand Понедельник, 25 августа 2014 г.

« 99% de nos motos partent à l’exportation, [en 2019] seules 45 ont été vendues en Russie. En moyenne, nous en produisons 1 200 par an », précise-t-il.

Il explique cette popularité des motos Ural à l’étranger par son design peu habituel et qu’il ne faudrait changer en aucun cas.

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« Si à l’exposition de moto qui se tient une fois tous les deux ans à Milan on enlève les labels des machines, une personne non experte ne saura pas distinguer une marque de l’autre. Mais l’Ural, elle est reconnaissable », se confiait-il dans une interview à la chaîne Rossiya 24 encore en 2017. 

À l’étranger, cette moto est populaire grâce à son side-car qui peut être démonté si besoin, estime Ilia Khaït.

« L’âge moyen des propriétaires de nos motos est de 50-53 ans. D’habitude, ce sont des motards chevronnés qui ont découvert le plaisir du moyen de transport qu’est la moto side-car qui en achètent. L’Ural se distingue par la relation entre le conducteur et le passager. C’est un voyage que tu partages avec l’autre », explique-t-il.  

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En Russie, la moto n’est pas populaire en raison de son prix élevé et des adeptes des Urals soviétiques antérieures, qui rejettent toute modification, estime Khaït.

En outre, il est facile d’adapter l’Ural à tous les besoins. Selon Khaït, à Paris et à Barcelone on anime des excursions à leur bord, des touristes s’en servent pour transporter leur matériel de camping ou leur planche de surf, tandis qu’à Saint-Pétersbourg un café en a commandé pour l’aménager en une station Expresso mobile.

À en juger par le compte d’Ural sur Instagram, la moto est capable de franchir des canyons et des déserts, sans parler des routes délabrées et enneigées. Sa capacité de franchissement est l’une des raisons pour lesquelles en Amérique on est prêt à débourser plus de 10 000 dollars pour ce véhicule, estime Gene Lanford, 80 ans, l’un des premiers concessionnaires de la marque aux États-Unis.

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« Les Urals peuvent être conduites en hiver comme en été, y compris hors route. Le side-car peut être utilisé comme un coffre ou on peut y placer des enfants ou des animaux domestiques. L’Ural s’avère donc le moyen de transport idéal pour l’aventure », conclut-il, cité par USA Really.

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