Qu’est-ce que la berce de Sosnovski et pourquoi faut-il s’en méfier lors d’un voyage en Russie?

Dans la région de Moscou en juillet 2020

Dans la région de Moscou en juillet 2020

Sergueï Savostianov/TASS
La berce de Sosnovski peut sembler inoffensive à première vue, mais ne vous laissez pas tromper par son apparence de dentelle. La seule chose que veut vraiment cette plante démoniaque est de vous faire pleurer de douleur et peut-être même de vous tuer.

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Chaque été, les Russes enfilent des combinaisons de protection spéciales, rassemblent leurs piques les plus aiguisées et se dressent contre la berce de Sosnovski (nom latin – Heracleum sosnowskyi). Cette mauvaise herbe, qui ressemble à un énorme plant d'aneth, peut être mortelle et pousse littéralement partout, du bord des routes aux jardins privés. En quoi est-elle si redoutable ?

Comment la berce de Sosnovski est-elle apparue en Russie ?

Sovkhoze dans la région de Pskov en juillet 1974

L'histoire de la berce de Sosnovski a commencé dans les années difficiles qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, lorsque l'Union soviétique a dû relancer sa production agricole. La direction des kolkhozes (fermes collectives) était confrontée à un problème d'alimentation des animaux et cherchait une culture fourragère bon marché. Les agronomes ont alors attiré l'attention sur la berce, qui poussait à l'origine dans les régions montagneuses froides de Turquie et de Géorgie. La plante n'avait jamais poussé au-delà de ces régions jusqu'à ce que, à titre expérimental, dans les années 1950, l’on a tenté de la cultiver en Kabardino-Balkarie (Caucase russe). Les résultats ont été incroyables et il s'est avéré que la plante se reproduisait à une vitesse fulgurante et atteignait une taille vraiment gigantesque, jusqu'à quatre mètres. La botaniste Ida Mandenova a identifié cette nouvelle sous-espèce et l'a nommée en l'honneur de son professeur, Dmitri Sosnovski.

Pendant plusieurs années, des scientifiques ont expérimenté la berce de Sosnovski dans différents instituts scientifiques de Leningrad, Moscou, Carélie et Ukraine. Elle s'est parfaitement enracinée, a été spécialement cultivée pour l'ensilage et a même été exposée dans des jardins botaniques comme plante ornementale.

À la même époque, la Norvège menait des expériences avec une autre espèce de berce, mais elle est arrivée à la conclusion que le lait des vaches qui la consommaient perdait son goût et que des mutations se manifestaient dans leur progéniture. De plus, le jus de sa tige provoquait des dermatites. En conséquence, son utilisation en Europe du Nord a été abandonnée. Pourtant, en URSS et dans d'autres pays socialistes, cette mauvaise herbe a été activement cultivée jusqu'aux années 1980, époque à laquelle elle était présente pratiquement partout.

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Pourquoi est-elle si dangereuse ?

Environ 70 espèces de berce sont connues dans le monde. Elles sont bien sûr similaires les unes aux autres, mais certaines variations sont plus ou moins vénéneuses. Certaines peuvent toutefois être consommées. Il est d’ailleurs intéressant de noter que son nom russe – borchtchevik – est très proche du mot « borchtch », et peut-être même qu'elle a reçu cette appellation parce qu'il était possible de préparer des mets à partir de l’une de ses variétés inoffensives.

Mais à moins d’être détenteur d’un diplôme de botanique, il est probablement préférable de ne jamais s'approcher de ces plantes. La berce de Sosnovski est très dangereuse, et c'est aussi l'espèce la plus répandue en Russie.

L'une des principales substances actives de la berce de Sosnovski est la furocoumarine, qui protège la plante contre les insectes et les animaux sauvages, mais qui est également très toxique pour l'homme. Si vous touchez la tige de la berce de Sosnovski ou, pire encore, si son jus entre à votre contact, vous ne tarderez pas à souffrir de brûlures cutanées, même dans le cas le plus bénin. La peau brûlée sera alors extrêmement sensible à la lumière du Soleil et les blessures mettront très longtemps à cicatriser. Par ailleurs, même après avoir complètement disparu, ces dernières peuvent réapparaître si elles sont exposées au Soleil. Les brûlures qui couvrent 80% du corps peuvent même être mortelles. Si vous touchez accidentellement la tige, essayez donc de laver délicatement le jus avec de l'eau et du savon. Consultez également un médecin immédiatement.

Comment lutter contre cette mauvaise herbe ?

Région de Moscou

Le superpouvoir de la berce de Sosnovski réside dans sa capacité à se reproduire si rapidement. Elle commence à pousser à la fin du printemps, puis des inflorescences apparaissent en été et fleurissent jusqu'en octobre. Le vent déplace facilement ses graines sur de longues distances, et après quelques années, elles germent, colonisant agressivement et de manière incontrôlée de nouveaux territoires. Et là où pousse la berce, rien d'autre ne pousse.

C'est pourquoi les Russes la combattent par diverses méthodes, allant de l'arrachage mécanique de ses racines à l'utilisation de pesticides. Si une plante vient juste de commencer à pousser, elle est généralement déterrée par la racine et brûlée. Les inflorescences doivent quant à elles être recouvertes d'un sac plastique ou d'un objet similaire afin qu'elles ne s'envolent pas, puis doivent être brûlées. Dans les cas les plus extrêmes, lorsqu'il y a beaucoup de plants, l’on utilise des herbicides (et ensuite, bien sûr, l’on brûle les plantes). Les scientifiques ont calculé qu'il faut cinq ans pour éradiquer la berce d’une zone, car ses graines demeurent encore dans le sol.

Depuis 2018, la région de Moscou a en outre introduit des amendes pour avoir de la berce non contrôlée sur sa propriété. Ces amendes vont jusqu'à 5 000 roubles (56,50 euros) pour les particuliers, et jusqu'à un million de roubles (environ 11 310 euros) pour les entreprises.

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