URSS : la guerre n’empêche pas l’amour

Crédit : Galina Kmit/RIA Novosti

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La Grande Guerre patriotique de l’Union Soviétique contre l’Allemagne nazie (22 juin 1941 – 9 mai 1945) a fait 19,5 millions de morts parmi les hommes et 6 autres millions parmi les femmes. Le déséquilibre des sexes et les affres de la guerre ont engendré une brusque réduction des naissances et des mariages. Mais même les horreurs de la guerre n’empêchent pas l’amour.

L’Union soviétique comptait 195,4 millions d’habitants en 1941. Selon le Service des statistiques de Russie, sans la guerre, la population de l’URSS aurait atteint 209,9 millions en 1946. Toutefois, l’histoire ne connaît pas de mode conditionnel et la population du pays s’est réduite de 25,5 millions, pour retomber à 170,5 millions d’habitants en 1946. Les hommes aptes aux travail furent la catégorie la plus touchée : 19,5 millions d’entre eux tombèrent en effet au champ d’honneur.

« La guerre a provoqué un énorme déséquilibre du ratio hommes/femmes, mais dans les premières années de la guerre, personne ne pensait à fonder une famille, a expliqué la psychologue Elena Galitskaya. L’horreur des raids aériens, la mort des proches, les évacuations et la famine ne laissaient place qu’à une seule pensée : survivre. »

Le 23 juin 1941, la mobilisation générale a été annoncée pour les hommes de 23 à 36 ans. Au mois d’août, elle s’est élargie aux hommes de 18 à 51 ans. Par la suite, la limite d’âge inférieure a été abaissée à 17 ans, alors que les milices populaires recrutaient des volontaires de tous âges. Les femmes, les enfants et la vieille génération étaient évacués.

« Je reviendrai et nous nous marierons »

Cette époque a été décrite, il y plusieurs années, par Larissa Zoubova, une Moscovite de 88 ans.

« Le 22 juin 1941, nous avions le bal de promo, raconte-t-elle. Comme le veut la tradition, nous nous sommes amusés toute la nuit. C’est en rentrant chez moi au petit matin, à un arrêt de bus, que j’ai appris la nouvelle : c’était la guerre. Les raids aériens ont commencé un mois plus tard. Maman et moi, nous sommes parties pour Tachkent (Ouzbékistan). Moscou est devenue une ville fermée. »

Larissa Zoubova s’est inscrite à l’université, puis a trouvé un emploi. En 1943, elle et sa mère ont été autorisées à rentrer à Moscou où elles travaillaient à l’usine et étaient de service dans les entrées d’immeubles. Des parents éloignés ont demandé à Larissa de prendre soin d’un adolescent dont les parents avaient été tués. C’est dans l’appartement commun, ou kommounalka [en Union soviétique, plusieurs personnes ou familles pouvaient habiter dans un même appartement de plusieurs pièces, ndlr], habité par son pupille que Larissa a rencontré l’amour. « Une fois, je suis sortie dans la cuisine, écrit-elle. C’est ici que mon futur mari m’a vue. Il occupait deux autres chambres de cet appartement, avec sa mère et sa sœur. Je pars pour Kouïbychev. Je reviendrai et nous nous marierons », m’a-t-il dit sans préambule. »

L’ingénieur en aéronautique Victor Zoubov a tenu parole : ils se sont mariés le 18 avril 1944.

« C’était la guerre et il ne fallait pas déposer de dossier de mariage. Nous sommes venus et nous avons signé l’acte de mariage. Je me souviens que le Bureau de l’état civil se trouvait dans un sous-sol très sale et que l’acte nous a été délivré sur du papier tellement mauvais qu’un an plus tard il s’était effrité et a dû être remplacé. Mais c’était tellement insignifiant. Nous étions heureux, c’était l’essentiel », se souvient-elle.

Même pendant la guerre les gens voulaient aimer

Selon la Direction des bureaux de l’état civil de Moscou, la ville a enregistré presque 44 000 mariages en 1941. Un an plus tard, le chiffre n’était plus que de 12 500. Mais en 1943, il a atteint presque 17 500 pour augmenter jusqu’à 33 000 en 1944. Durant la première année qui suivit la fin du conflit, le nombre de mariages enregistrés a frôlé 85 000. « Cette dynamique s’explique facilement, a poursuivi Elena Galitskaya. Si au début de la guerre, les hommes et les femmes espéraient qu’il n’y en aurait pas pour longtemps et ne pensaient qu’à survivre, un an ou deux plus tard, ils réalisèrent que la guerre ne finirait pas rapidement et qu’il fallait continuer à vivre. L’être humain ne peut pas souffrir toujours, même pendant la guerre il veut aimer. »

Malgré la famine et les problèmes, Larissa et Victor Zoubov ont eu un fils en janvier 1945. Au mois de mai, la guerre était finie.

« Bien sûr que nous voulions un enfant. Aussi terrible que cela puisse sonner, nous nous sommes habitués à la guerre et nous ne voulions pas remettre la vie à plus tard. On était jeunes et on s’aimait. Aujourd’hui, certains ne comprennent pas comment notre génération se décidait à donner naissance à des enfants, mais à l’époque c’était naturel : on voulait simplement être heureux. »

Durant l’année qui a précédé la guerre, Moscou a enregistré près de 110 000 naissances. Pendant la guerre, ce nombre a été divisé par trois. Une montée en flèche de cet indice a été constatée en 1946 : les hommes sont rentrés et plus de 102 000 naissances ont prouvé que la vie reprenait son cours normal.

 

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