L’impasse syrienne : le monde face à l’escalade du conflit

Les relations entre la Russie et les pays occidentaux sont au plus bas, et aucune issue n’est en vue.

Les relations entre la Russie et les pays occidentaux sont au plus bas, et aucune issue n’est en vue.

AP
La Russie et l’Occident s’accusent réciproquement d’avoir torpillé le processus de paix en Syrie. Selon les experts, la tension croissante mine l’éventuelle instauration de la paix entre Damas et l’opposition et met en péril les relations entre la Russie et les pays occidentaux, qui commençaient à s’améliorer.

La trêve en Syrie négociée le 10 septembre dernier par  le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, a viré à l’échec huit jours après son entrée en vigueur.

Après les tirs contre les troupes du président syrien Bachar el-Assad à Deir ez-Zor (le 17 septembre) et le bombardement d’un convoi humanitaire des Nations unies (le 19 septembre) dont l’Occident accuse le gouvernement syrien, la guerre a repris de plus belle.

Les troupes gouvernementales et les détachements d’opposition luttent de nouveau pour la deuxième ville de Syrie, Alep, qui est au bord d’une catastrophe humanitaire.

Dans ce contexte, la Russie et les Etats-Unis soutenus par les autres pays occidentaux échangent d’acerbes critiques, chacune des parties accusant l’autre d’avoir fait échouer le règlement de paix.

Les passions se déchaînent

« Nous sommes sur le point de suspendre les discussions », a déclaré le 29 septembre John Kerry, en évoquant les négociations avec la Russie sur le dossier syrien. Selon lui, il est inutile de réfléchir aux moyens d’instaurer la paix compte tenu de la reprise des combats à Alep et de la méfiance entre les deux pays. Mais ce n’est pas encore l’attaque la plus virulente de Washington.

Ainsi, le porte-parole du département d'Etat américain, John Kirby, a rejeté précédemment sur la Russie la responsabilité pour la poursuite de la guerre civile en Syrie (suite au soutien militaire de Bachar el-Assad) et a déclaré que les conséquences pour Moscou seraient funestes : les terroristes lanceront des attaques dans les villes russes, tandis que la Russie « continuera de rapatrier ses soldats dans des sacs mortuaires ».

Les ministères russes des Affaires étrangères et de la Défense n’ont pas mâché les mots en répondant à John Kirby. Le chef adjoint de la diplomatie, Sergueï Riabkov, a qualifié ces déclarations de « menaces ouvertes et cyniques ».

Pour Igor Konachenkov, le porte-parole du ministère de la Défense, John Kirby a reconnu que l’opposition soutenue par les Etats-Unis représentait « l’internationale terroriste ». Par la suite, John Kirby a dû préciser que ses déclarations ne contenaient aucune menace.

La route de la paix barrée

Les propos de la Russie et de l’Occident sont de plus en plus agressifs, ce qui pousse le processus de paix dans une impasse, constate l’arabisant Grigori Kossatch, professeur à la chaire de l’Orient moderne de l’Université des sciences humaines de Russie.

« Aussi bien en Russie qu’en Occident, ce sont les « partis de la guerre  » qui prennent le dessus, ceux-là mêmes qui n’envisagent pas de paix entre eux et qui ne veulent rien entendre au sujet de la relance du processus politique en Syrie », a-t-il indiqué à RBTH.

Selon lui, la perspective d’une éventuelle reprise des négociations est plus que floue : son impossibilité a été évoquée par les représentants de l’opposition du Haut Comité des négociations (HCN), ce qui signifie que les rebelles sont déterminés à lutter.

Le président Bachar el-Assad est lui aussi d’humeur combative, fait remarquer Grigori Kossatch. Or, dans les conditions actuelles, c’est lui qui joue le rôle principal dans le tandem Moscou-Damas. « La Russie va dans le sens du courant en ce qui concerne le régime syrien », a-t-il noté, en estimant que c’était une situation désavantageuse.

L’observateur international du journal Kommersant, Maxime Youssine, est du même avis. « Les partisans de la ligne dure à Damas continuent de proclamer avec obstination un objectif irréalisable : gagner la guerre », a-t-il dit dans une interview à la radio Kommersant-FM.

Selon lui, c’est une impasse : Ni Bachar el-Assad, ni l’opposition ne possèdent les ressources pour une victoire militaire. Il n’existe pas d’alternative à un règlement de paix, mais les parties n’y sont pas visiblement pas prêtes.

La Syrie et les sanctions

Evoquant la position de Moscou, improductive d’après Washington, le porte-parole de la Maison Blanche, Josh Earnest, a déclaré le 27 septembre que les Etats-Unis et leurs partenaires pourraient décréter de nouvelles sanctions économiques contre la Russie. Cette éventualité a été également abordée par Boris Johnson, ministre britannique des Affaires étrangères, dans ses réponses aux questions de Sky News.

Le porte parole du président russe, Dmitri Peskov, a indiqué pour sa part que les déclarations sur d’éventuelles sanctions suscitaient « une profonde incompréhension » parmi ceux qui sont au courant de la situation réelle dans le règlement du conflit syrien. D’après lui, l’idée fixe d’une politique de sanctions n’apportera rien de bon.

« Je pense que l’Occident ne décrètera pas de nouvelles sanctions, mais la situation avec celles qui existent déjà empire », a dit à RBTH Sergueï Karaganov, doyen de la faculté de politique internationale de la Haute école d'économie.

Selon lui, la coopération entre la Russie et l’Occident sur le dossier syrien ouvrait la voie à une interaction dans d’autres domaines, y compris à une éventuelle levée des sanctions économiques. Aujourd’hui, après l’échec du règlement de paix et le renforcement de la méfiance réciproque, il est inutile d’envisager un tel dénouement.

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