Souvenirs d’enfance à la dure de la région la plus froide de Russie

Le permafrost recouvre une grande partie du territoire iakoute, et la glace y règne toute l’année. L’été est chaud en Yakoutie, la température atteint parfois 30 à 35°C, mais il existe tout de même des régions où ce soleil de plomb ne fait jamais fondre la neige.

Le permafrost recouvre une grande partie du territoire iakoute, et la glace y règne toute l’année. L’été est chaud en Yakoutie, la température atteint parfois 30 à 35°C, mais il existe tout de même des régions où ce soleil de plomb ne fait jamais fondre la neige.

Ayar Kuo
La photographe russe Ayar Kuo est née et a grandi dans la région de Yakoutie, au nord de la Russie. Ayar Kuo partage des photos de ses souvenirs d’enfance qui semblent suspendus quelque part entre réalité et conte de fées.
La série est constituée de photographies prises en été par Ayar Kuo dans sa Yakoutie natale, avec une petite fille qui rappelle un peu à l’auteure elle-même, quand elle aussi grandissait dans ce pays.
La Yakoutie est la région peuplée la plus froide du monde. Située au nord-est de la Sibérie, cette république semi-autonome, sujet de la Fédération de Russie, abrite le village d’Oymyakon, un endroit connu comme le « Pôle du Froid », dans lequel les températures descendent jusqu’à -70°C.
La photographe Ayar Kuo décrit son projet photo : « L’histoire est basée sur des souvenirs de ma propre enfance, de ma famille, des endroits, odeurs, sensations qui sont devenus beaucoup plus intenses depuis que j’ai quitté la Yakoutie. C’est une histoire qui nous parle de ce que nous préservons en nous-mêmes. »
« J’étais petite. Je me souviens de la nuit dans notre vieille maison sur les rives de la rivière Viliouï. Des éclairs dansaient sur​ les murs. La nuit, incapables de nous calmer, ma mère et ma tante nous ont emmené à la cave, ma sœur et moi. Le désir d’éviter ce fracas insupportable nous a mené à une excitation étrange, comme dans un conte de fées, mêlée à la peur de la nature et des éléments. »
« J’ai cinq ans. C’est l’été. Je suis debout dans un baquet. Ma grand-mère me frotte le dos très fort avec des brins de raphia. Je me dis que je n’aime pas du tout passer l’été avec ma grand-mère. »
« Après ce « bain », ma sœur et moi, nous sommes sorties dans la seule rue du village et sommes allées chez notre famille sans dire un mot. Nous sommes restées avec eux tout l’été. Je ne comprends toujours pas pourquoi grand-mère n’est pas venue nous chercher. C’est mon seul souvenir d’elle… »
« J’ai sept ans. On dirait que maman et papa ne sont plus ensemble. Maman nous a laissées, moi et ma sœur, passer une nuit avec papa. Nous sommes tous les trois allongés sur le lit de bois, et papa nous raconte un conte incroyable sur un élan immense et deux petites filles vivant sur ses bois. Je me prends presque à croire que c’est ma sœur et moi. »
« En arrivant chez papa quelques jours plus part, nous ne trouvons qu’une carcasse carbonisée au lieu de sa hutte. Je commence à fouiller les débris noircis pour essayer de trouver sa magnifique montre à gousset… »
« Peut-être savais-je déjà que je ne reverrais plus mon père pendant très longtemps… »