Expédition mortelle et sauvetage risqué pour des alpinistes russes au Pakistan

Anna Piunova/mountain.ru
Après plusieurs tentatives, deux alpinistes d’origine russe se sont récemment à nouveau lancés à l’assaut d’un sommet de 7 145 mètres au Pakistan, et ce, en suivant l’itinéraire le plus difficile. Malheureusement, tout ne s’est pas déroulé comme prévu.

Certaines montagnes sont techniquement considérées comme extrêmement difficiles à gravir, même pour des grimpeurs expérimentés tels que les Russes Alexandre Goukov (originaire de Novorossiisk (1 227 kilomètres au sud de Moscou) et Sergueï Glazounov (de Saint-Pétersbourg). Or, les sommets du Latok, dans le massif pakistanais de Karakoram, sont réputés pour le considérable défi que représente leur ascension.

Le Latok-I, la plus haute de ces cimes, culminant à 7 145 mètres, a été pour la première fois conquis par des alpinistes japonais en 1979. Ces derniers avaient cependant emprunté le versant sud de la montagne, alors que le nord, le plus ardu, a connu plus de 50 assauts de dizaines de professionnels, en vain.

Le Piolet d'Or

Anna Piounova, amie de Goukov et rédactrice du site Mountain.ru, affirme que c’est elle qui lui a suggéré l’idée de cette expédition.

« Sacha [diminutif d’Alexandre] venait juste de remporter le Piolet d'Or de Russie [en 2014], la plus prestigieuse récompense pour les alpinistes du pays, et cherchait de nouveaux objectifs à atteindre, explique-t-elle. C’est moi qui lui ai parlé de ce versant nord de la montagne que personne n’avait pu conquérir en 40 ans. Il a aussitôt été séduit par l’idée ».

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Après de longs préparatifs, en 2017 Goukov a donc effectué sa première tentative de gravir la face nord du Latok-I en compagnie de deux alpinistes de Saint-Pétersbourg. Ensemble, ils ont atteint le seuil des 6 800 mètres. Valeri Chamalov, l’un des compagnons de Goukov lors de cette ascension, affirme que cette montagne est caractérisée par des conditions météorologiques extrêmes rendant difficile l’acclimatation. Souvent, les grimpeurs ont à attendre plusieurs heures pour que le ciel se dégage, ce qui décale leur emploi du temps. Ils doivent alors redescendre, bien que près du sommet, car ils n’ont plus assez de nourriture et de combustible. C’est ce qui est arrivé au trio d’alpinistes en 2017 : à court de gaz, Chamalov a été victime d’une pneumonie et de gelures. Après l’ascension, le grimpeur, qui appréciait de jouer de la guitare, a perdu plusieurs phalanges tant aux mains qu’aux pieds.

« Une chose dont je suis à présent certain : l’ascension du Latok-I par le versant nord est réelle. Compliquée et épuisante, mais réelle… Cette fois nous n’avons pu atteindre le sommet, mais nous avons toutes nos chances de le faire la prochaine fois », a déclaré Goukov après cette tentative de 2017.

Ascension fatale

Cette année, Alexandre Goukov a décidé de retenter sa chance. Pour cela, il avait prévu d’être accompagné de Sergueï Glazounov et du frère aîné de ce dernier, Evgueni, qui a 10 années d’expérience de plus que son cadet. Or, la veille de leur départ, Evgueni a finalement déclaré qu’il ne pouvait pas se joindre à eux pour des raisons familiales. Cela a évidemment compliqué la tâche, puisqu’il est plus facile pour trois hommes de porter l’équipement et les vivres durant l’expédition. Alexandre et Sergueï n’ont cependant pas fait marche arrière.

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Le 10 juillet 2018, ils ont ainsi tous deux entamé l’ascension. Arrivés à 5 000 mètres, ils ont laissé leurs équipements les plus lourds dans un camp de base et ont signalé par message : « On prend des vivres pour 5 jours et on y va ». Le 22 juillet, ils se trouvaient à 6 500 mètres et ambitionnaient d’atteindre le sommet en une journée. Peu après, ils ont cependant soudainement cessé d’envoyer de leurs nouvelles par radio. Le 25, un hélicoptère ayant été envoyé sur place a toutefois repéré les deux alpinistes, vivants. Une heure après cela, Alexandre a néanmoins envoyé un signal de détresse dans lequel il était clair que Glazounov avait fait une chute mortelle.

« Rapidement, trois autres messages sont arrivés de la part de Goukov : +Sergueï est tombé+, +Je suis suspendu à la falaise+, +J’ai besoin d’aide. J’ai besoin d’être évacué+ », rapporte Piounova. Goukov n’avait en effet plus de corde pour redescendre, puisqu’elles étaient toutes dans le sac à dos de Glazounov, tout comme la majorité des réserves en gaz. Alexandre n’avait donc plus que sa tente. Il est alors parvenu à se rendre à un endroit à l’abri des avalanches ou des chutes de pierres et y est resté. Ce jour-là, les conditions météorologiques étaient suffisantes pour que les hélicoptères puissent le secourir, mais ces derniers ont été retardés et n’ont pu l’atteindre.

Le sauvetage

Par la suite, Goukov a continué à envoyer des messages. « Il s’est énervé, a demandé pourquoi les hélicoptères n’étaient pas venus la première fois. Nous pensions que le sauvetage prendrait 6 jours au maximum, mais nous étions sûrs qu’on lui porterait secours avant. Aujourd’hui c’est le jour 6 », a déclaré Piounova.

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Finalement, le 31 juillet, les secours pakistanais sont parvenus à localiser et à sauver Alexandre. Les pilotes ont effectué une méticuleuse et dangereuse opération, puisqu’à cette hauteur et dans ces conditions, la moindre erreur peut conduire à un désastre.

Malgré la joie engendrée par ce sauvetage, les amateurs d’alpinisme n’ont pas manqué d’honorer la mémoire de Sergueï Glazounov. Une vidéo commémorative a par exemple été mise en ligne sur YouTube.

Par ailleurs, sur Facebook, Piounova a publié sur Facebook une photo de Goukov, en vie et en bonne santé, se rétablissant à l’hôpital de Skardu, ville du Pakistan non loin du Latok.

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