À la découverte de la «Tour de la mort», bâtiment inachevé de l'Oural

Tour de télévision d'Ekaterinbourg
À Ekaterinbourg, la capitale de l’Oural, un bâtiment à la sinistre réputation est sur le point d’être rasé. Celle qui était destinée à devenir une imposante tour de télévision est au fil des décennies devenue un symbole morbide de la ville et ne compte plus les suicides et accidents qu’elle a engendrés. Russia Beyond revient sur cette sombre histoire.

La tour de télévision d'Ekaterinbourg, construite au début des années 1980, n'a jamais émis le moindre signal à l'antenne. Elle a cependant elle-même figuré sur les écrans, en tant que « Tour de la mort ». Ce surnom a été donné à ce légendaire bâtiment inachevé au cœur de l'Oural après une vague d'accidents et de suicides dont a été le théâtre la tour de télévision après le gel de sa construction à 220 mètres en 1991.

Cette fleur géante de béton avec une plate-forme d'observation tout en haut a été conçue par analogie avec les tours de Tallinn (Estonie), Vilnius (Lituanie) et Bakou (Azerbaïdjan). Et si dans ces villes les visiteurs peuvent maintenant aller jusqu'au sommet en ascenseur et prendre un café au restaurant en admirant le paysage depuis les fenêtres panoramiques, il ne reste dans celle d'Ekaterinbourg que des murs recouvert de graffitis comme « La Tour prend des vies », une cage d'ascenseur abandonnée et l'armature rouillée sur laquelle les amateurs de sensations extrêmes sans assurance et équipement spécial grimpent massivement vers le sommet.

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Cependant, comme disent les « alpinistes » familiers des lieux, il était particulièrement prestigieux de conquérir la tour depuis l'extérieur, par les escaliers anti-incendie - on y sentait soi-disant immédiatement l'altitude.

Héros brisé

La tour de télévision est située presque dans le centre-ville - la rivière Isset coule à proximité et on trouve non loin un bâtiment de cirque. En se promenant dans les environs beaucoup ont eu l'idée de monter sur la tour - parmi eux figurait Ekaterina Degtiareva (32 ans), qui, pour la première fois en a entrepris l'ascension dans les années 1990.

Ekaterina Degtiareva

« Ensuite nous avons commencé à y grimper régulièrement, j'ai emmené mes amis, mes camarades de classe, ma sœur, se souvient la jeune femme. Il y avait des gens lambda, des gens ordinaires, tout le monde traînait là-bas, les amoureux y étaient enlacés, on lisait des livres, dessinait dans son journal en souvenir et on montait et descendait. C'était une vraie auberge. En été, il y avait environ 300 personnes à la fois ».

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La tour avait aussi ses héros. L'un d'entre eux, Alexander Palianov, étudiant de l'académie de médecine, a escaladé la tour par tous les temps, de jour comme de nuit, yeux bandés, bras et jambes liés. On dit qu'il a même attaché un poids à ses pieds et qu'il aimait faire des tractions sur les escaliers extérieurs, tout en haut de l'édifice.

En octobre 1998, comme à son habitude, il a grimpé sur le pont d'observation et, dans l'obscurité, est accidentellement tombé dans l'un des nombreux trous techniques. « Il est tombé en pleine nuit. Il faisait froid et il y avait de la neige. Dans la matinée, nous sommes allés à cet endroit. Il s'est avéré qu'il était tombé sur les pétales de fer au bas de la tour. Là l'armature est épaisse comme des rails, tout était tordu, il y avait des flaques de sang, ses chaussures traînaient », se rappelle Ekaterina.

Contes effrayants

Palianov est resté dans les mémoires comme la victime la plus célèbre de la tour. En sa mémoire on a laissé sur le lieu de la chute l'inscription « Tour Alexandre Palianov. Il l'a conquise, et elle l'a pris avec elle pour toujours ». La télévision locale a montré comment on a hissé le sac avec sa dépouille, et la chaîne a plus tard, en 1999, remporté le prix principal de la télévision russe TEFI pour un projet spécial consacré à la tour de télévision. Dans les nouvelles de cette époque on montrait des mains déchiquetées, des jambes, des corps de gens suspendus avec le cou brisé, pendus sur l'armature et d'autres détails des tragédies liées à la tour.

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On raconte sur Internet de nombreuses histoires effrayantes sur les victimes de la tour, mais on y ajoute tant de détails qu'on ignore où se termine la vérité et où commence le mensonge. L'un des derniers cas confirmés officiellement eu lieu le 9 mai 2000, lorsque trois jeunes filles ont grimpé sur la tour pour regarder les feux d'artifice le jour de la Victoire. L'une d'entre elles est tombée dans l'escalier, entraînant avec elle les autres dans sa chute. La première fille, Tania, est morte, et ses amies s'en sont sorties avec une fracture vertébrale. Toutefois, à en juger par les pages dans les réseaux sociaux, elles ont pu se rétablir et mener une vie normale. Elles ne répondent pas aux demandes d'interview, tout comme les proches de la défunte - tout le monde ne veut pas revenir sur ces épisodes tragiques.

Légende bientôt démolie

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Après cet incident, les entrées de la tour ont finalement été condamnées, et des postes de garde avec des chiens ont été installés autour du bâtiment. Mais malgré cela, sur les réseaux sociaux, des groupes de jeunes partagent des moyens d'entrer dans la tour et prennent rendez-vous pour y aller ensemble. Comme le disent les gardes, rien que durant l'été 2017, ils ont pris quotidiennement jusqu'à quatre amateurs de sensations extrêmes qui venaient de différentes villes de la Russie.

Cet hiver sera le dernier pour la tour - à la veille de la Coupe du Monde, qui aura lieu notamment à Ekaterinbourg, il a été décidé de démolir la tour inachevée et de construire à sa place une patinoire. Pendant tout ce temps, depuis les années 1990, la tour se dressait sans propriétaire ; dans les années 2000 un investisseur était prêt à l'achever, mais la crise financière a provoqué l'échec de ces plans. En 2013, on a organisé un concours pour des projets de reconstruction - certains ont proposé de construire un phare, une église orthodoxe et même un bureau de l'état civil, mais rien n'a été mené à bien pour des raisons financières.

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La décision de démolir la tour a divisé les habitants d'Ekaterinbourg entre ceux pour qui c'est un symbole de la ville, et ceux qui la considèrent comme dangereuse. Dans une conversation sur son avenir, même Ekaterina Degtiareva, avec son palmarès de plus de 30 ascensions, devient superstitieuse : « Bien sûr, il est regrettable que la tour disparaisse. Pourtant j'y étais en été et je n'ai pas grimpé avec tout le monde. Je pensais que nous ne devrions pas tenter le destin à nouveau. Il y a eu tellement de morts, tant de personnes ont été attirées par la tour ! On a écrit des poèmes et des chansons en son honneur. C'est déjà devenu un totem ».

En ce sens, la démolition mettra fin aux légendes romantiques sur la conquête des hauteurs et sauvera certainement la vie de beaucoup de jeunes...

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