L’escadrille Normandie-Niemen de nouveau dans le ciel

Des avions Yak.

Des avions Yak.

Le Cercle des Machines Volantes
L’aérodrome historique qui vit les premiers Yak russes avec des pilotes français à bord s’élever dans le ciel pour affronter les Focke-Wulf allemands en mars 1943 a été recréé à Compiègne-Margny à l’occasion du salon aérien Compiègne Аéro Classic des 11 et 12 juin.

Cette année, le thème principal du festival aérien annuel est la légendaire escadrille Normandie-Niemen. L’association Cercle des Machines Volantes (CMV) prépare cette reconstruction historique grandiose depuis plus d’un an avec l’aide d’historiens et collectionneurs russes.

Pour reproduire l’ambiance de ces temps de guerre, montrer des fragments de la bataille aérienne et présenter des scènes de vie des pilotes et mécaniciens français et soviétique, les organisateurs du meeting aérien ont aménagé une zone de 14 400 m2. Elle a accueilli des blindés, voitures et motos soviétiques, américains et allemands originaux et restaurés, ainsi que du matériel et des armes de l’époque de la Seconde Guerre mondiale. Trois avions Yak-3 aux symboles d’aviateurs français et deux avions Yak-11 entièrement équipés attendent déjà les spectateurs. Les avions historiques seront pilotés par des aviateurs français, membres du club Le Cercle des Machines Volantes, portant l’uniforme de l’escadrille Normandie-Niemen avec des signes distinctifs des pilotes héros de la guerre ayant réellement existé.

Histoire

Le 25 novembre 1942, l’accord franco-russe sur la formation en URSS d’une escadrille aérienne française est signé. Le 4 décembre 1942, l’escadrille de chasseurs Normandie est formée dans la ville d’Ivanovo et incorporée à l’Armée de l’air de l’URSS. Après une brève formation et découverte des chasseurs Yak-7 et Yak-1, en mars 1943, l’escadrille rejoint l’aérodrome de Polotniani Zavod (à 25 km de Kalouga), situé dans la zone du front. C’est ici que commence son histoire de combat.n

L’authenticité de la reproduction de l’ambiance quotidienne et des infrastructures de l’aérodrome militaire relève de la responsabilité des participants russes. Ils sont arrivés à Compiègne en camions, après un voyage de 3 000 km, et ont apporté plusieurs remorques de matériel : uniformes, armes, tentes – copies de celles utilisées par les pilotes et les mécaniciens – une cuisine de camp et des produits qui étaient disponibles pendant la guerre, du kérosène pour les lampes et des disques pour le gramophone, un atelier, ainsi que du matériel pour le poste de correspondance et le bureau du NKVD (police politique, ndlr). 60 personnes prendront part à la reconstitution, dont 22 participants russes.

Crédit : Le Cercle des Machines VolantesCrédit : Le Cercle des Machines Volantes

La veille de la fête, le camp sera régi par la Charte de l’Armée soviétique de 1943. Pour Mikhaïl Afanassiev, historien et professeur d’université responsable de la reconstitution côté russe, les conditions de vie des participants du salon aérien ne doivent pas être différentes de celles des pilotes et du personnel de l’aérodrome pendant la guerre. Ainsi les figurants dormiront dans des tentes sur de la paille et mangeront de la nourriture préparée par la cuisine de camp. « Ce n’étaient pas des machines de guerre, mais des gens en chair et en os, donc il y aura de la danse, un groupe de propagande avec des musiciens qui joueront du jazz français et une bibliothèque avec des livres », précise M. Afanassiev.

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L’ambiance de l’époque de la guerre sera très réaliste – il y aura, par exemple, des affiches soviétique de la période de la guerre et des portraits de de Gaulle apportés par les pilotes français, et de la musique des années 40, diffusée par des postes radio. Les spectateurs verront la tour d’observation et de contrôle, le poste de communication avec des radiotélégraphistes, ainsi qu’un hôpital avec de vrais instruments et outils de premiers soins de l’époque de la guerre, fournis par le collectionneur français Fabrice Oulevey, spécialiste des équipements hospitaliers de l’époque de la Seconde Guerre mondiale et président de l’association Na Zapad.

Le collectionneur Fabrice Oulevey, spécialiste des équipements hospitaliers de l'époque de la Seconde Guerre mondiale. Crédit : Maria TchobanovLe collectionneur Fabrice Oulevey, spécialiste des équipements hospitaliers de l'époque de la Seconde Guerre mondiale. Crédit : Maria Tchobanov

« C’est la plus grande reconstruction des scènes de guerre depuis la Seconde Guerre mondiale  », assure Frédérick Collinot, l’un des fondateurs et président de CMV.

« Quand notre association s’est lancée dans ce projet, nous ne pouvions imaginer l’enthousiasme que cette décision allait susciter chez les Russes. En mai, nous avons été invités en Russie et les membres de notre association, ainsi que les descendants et les membres des familles des pilotes français ont participé à la marche du Régiment immortel en portant des portraits des aviateurs français du régiment Normandie-Niemen. Des inconnus nous approchaient dans la rue pour remercier la France à travers nous pour sa participation dans la guerre. En Russie, tout le monde connaît cette histoire, même les enfants. Nous étions profondément touchés », raconte Frédérick Collinot.

Outre l’imitation de la préparation des engins de guerre au vol et la démonstration de combats aériens et terrestres, différentes scènes de vie pendant la guerre seront présentées au public toutes les 15 minutes : soin des blessés, distribution de bouillie, réparation des armes, refoulement d’une attaque terrestre, discussions entre les pilotes et les mécaniciens – le tout comme durant cette époque légendaire que les organisateurs souhaitent ressusciter. Les visiteurs de Compiègne Аéro Classic seront également invités à goûter de la bouilliele plat incontournable des soldats russes.

Toutes les 40 minutes, les visiteurs du salon pourront accéder au territoire de l’aérodrome suivant un itinéraire spécial où des guides russophones, anglophones et francophones commenteront les scènes et répondront aux questions du public. Les spectateurs pourront également discuter avec les participants, parmi lesquels figure même un Japonais.

Une autre surprise attend également les visiteurs. Les figurants russes sont venus accompagnés d’une équipe de sportifs parachutistes dirigée par Sergueï Trouchine, champion de Russie et maître ès sports de classe internationale. Avec leurs collèges français, ils ouvriront la fête samedi à 14h par un saut groupé de démonstration et déploieront dans le ciel de l’aérodrome de Compiègne-Margny des drapeaux de la France, de la Russie, du régiment Normandie-Niemen et le drapeau rouge de la Victoire, identique à celui déployé à Berlin sur le Reichstag en mai 1945. 

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