Cinq as russes de l’aviation durant la Première Guerre mondiale

Domaine public
L’aviation militaire s’est grandement développée pendant la Grande Guerre. Les pilotes de tous les pays engagés dans ce conflit sans précédent se sont sans cesse surpassés face à leurs ennemis et y ont réalisé de nombreux exploits. Dans cet article, nous vous présentons cinq as de l’aviation russe, ces pilotes comptant au moins cinq victoires homologuées. En dépit de leur dévouement à la Patrie, tous n’ont pas pu rester dans le pays, qui n’a pas tardé à s'enliser dans la guerre civile.

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Ivan Smirnov

Il entrera dans l’histoire comme as de l’aviation russe et l'homme ayant établi à l’époque le record de temps de vol entre Amsterdam et Jakarta, et en tant que détenteur de récompenses de quatre États, dont la France. Toutefois, rien ne le prédestinait à de tels exploits.

Ivan Smirnov

Ivan Smirnov est né dans une famille paysanne pauvre près de Vladimir, à environ 200 km de Moscou. À la déclaration de la Première Guerre mondiale, il s’est enfui de chez lui et s’est engagé dans l’armée. Il a intégré le 96e régiment d’infanterie d’Omsk avec lequel il a pris part à la bataille de Łódź, en Pologne. Alors que le régiment n’était composé que d’anciens paysans formés à la hâte, ils ont fait face à l’armée allemande bien entraînée. Smirnov a pourtant excellé sur le champ de bataille et a reçu la Croix de Saint-Georges russe pour ses actions. À la suite de cette récompense, il a demandé à être transféré à l’aviation.

Lors de sa formation, il devient ami avec un autre pilote, Lipsky. Il intègre ensuite le 19e détachement du corps d’aviation. Là, il continue d’accomplir des exploits dans les airs, comme sa première victoire sur un Aviatik C allemand en décembre 1916 ou sa victoire, d’abord seul, puis rejoint par Lipsky, sur deux avions ennemis en octobre 1917. Au total, il obtiendra selon différentes données entre 10 et 12 victoires.

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Lors de l’éclatement de la guerre civile, il s’enfuit avec Lipsky et l’observateur aérien Silakov pour échapper aux bolcheviks. Dévasté à l’idée de partir, il écrira : « On m’a volé ma patrie, on a coupé mes ailes ». Après un long périple qui le mène à Vladivostok, Singapour, au Sri Lanka ou encore en France, où il sera attaché du général Dénikine, commandant de l’Armée des Volontaires, l’une des armées Blanches pendant la guerre civile. Smirnov finit par s’établir en Angleterre, et enfin aux Pays-Bas. Il y travaillera avec l’entreprise KLM pendant plus de 25 ans. Il participe à la Seconde Guerre mondiale avec l’armée des Indes orientales néerlandaises (aujourd’hui l’Indonésie). En 1942, on le charge de transporter un sachet spécial, sans qu’il sache ce dont il s’agit. Il est forcé d’atterrir sur une plage de Carnot Bay, en Australie, suite à l’attaque de son Douglas DC-3-194 par des pilotes japonais. Les survivants du crash ont été trouvés et sauvés quelques jours plus tard, mais le sachet et les diamants qu’il s’est avéré contenir n’ont jamais été retrouvés.

En 1928, il est le premier pilote de KLM à effectuer le vol entre Amsterdam et Jakarta, soit une distance de près de 12 000 km. À Noël 1933, il réalise ce trajet en un temps record, un peu moins de quatre jours. En effectuant le vol du retour, quelques jours plus tard, il établira un nouveau record malgré les conditions météorologiques compliquées, et ce sont près de 20 000 personnes qui viennent accueillir Smirnov et son équipage à son atterrissage.

Ivan Smirnov a quitté ce monde le 28 octobre 1956. Décoré entre autres de toutes les classes de la Croix de Saint-Georges, de l’ordre de Saint-Anne (deux récompenses militaires sous l’Empire russe), de l’ordre de l’Aigle blanc serbe, de l’ordre d’Orange-Nassau néerlandais et de la Croix de Guerre française pour ses services pendant la Seconde Guerre mondiale, il est aujourd’hui connu pour ses exploits dans de nombreux pays, et plusieurs lieux portent son nom.

Vassili Iantchenko

Considéré comme l’un des meilleurs as de l’aviation russe de l’époque de la Grande Guerre, cet homme a abattu 16 avions ennemis en l’espace de quatre ans. Après des années de bons et loyaux services, Vassili sera contraint de quitter sa terre natale qu’il a défendue avec acharnement.

Vassili Iantchenko

Né en 1894, il suit une formation d’ingénieur en mécanique, puis est admis dans une école d’aviation. Il n’a pas encore fini sa formation que la Première Guerre mondiale éclate. Fin 1916, il est envoyé en France pour parfaire sa formation de pilote. À son retour en Russie, début 1917, il intègre le 12e détachement du corps d’aviation, qui lutte sur le front de l’Est, où il est décoré de la Croix de Saint-Georges. Ce ne sera toutefois pas son unique récompense, il en décrochera de nombreuses autres. Ainsi au sein du 7e escadron de chasseurs aériens, il obtiendra l’Ordre de Sainte-Anne « pour son courage ».

Avec ses camarades Donat Makijonek et Iouri Guilcher, tous deux as de l’aviation avec cinq victoires chacun, il obtient plusieurs victoires sur les pilotes ennemis au-dessus de l’Ukraine. En juillet 1917, ils repoussent à eux trois une attaque menée par huit avions ennemis. L’avion de Guilcher est abattu ce jour-là et le pilote meurt à seulement 22 ans. Donat Makijonek, Polonais, disparaîtra quant à lui lors de la Seconde Guerre mondiale dans le camp de concentration d’Auschwitz, en 1942.

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Quand la guerre civile éclate, Iantchenko rejoint les rangs de l’Armée blanche où il est promu capitaine. Il y combat pendant deux ans, et ses hommes le qualifient de commandant exemplaire et de pilote courageux. Il quitte le pays avec les troupes du général Piotr Wrangel suite à la défaite des Blancs, et s’installe ensuite aux États-Unis où il travaille quelque temps en tant qu’ingénieur pour la société d’aviation d’Igor Sikorsky.

Décédé en 1959, l’as Vassili Iantchenko compte 16 victoires à bord de divers appareils Nieuport. Il a entre autres été décoré de la Croix de Saint-Georges, de l’ordre de Sainte-Anne et de l’ordre de Saint-Vladimir.

Vladimir Strjijevski

Il entre dans l’armée à 20 ans, au début de la Première Guerre mondiale. Il intègre le 16e détachement du corps d’aviation puis le 9e escadron de chasseurs aériens. Stationné au front roumain, il effectuera plus de 200 sorties de combat à bord d’appareils Nieuport et obtiendra là les victoires faisant de lui un as.

Vladimir Strjijevski

En mars 1917, il attaque ainsi seul un avion ennemi près de la rivière Oituz, action pour laquelle il sera récompensé de l’ordre de Sainte-Anne, quatrième classe, « pour son courage ». En juin de la même année, toujours seul, il tire plus de 300 balles sur un Hansa-Brandenburg C.I ennemi survolant le territoire russe et finit par réussir à l’abattre, ce pour quoi on lui remettra la Croix de Saint-Georgeс, quatrième classe. En juillet, il est blessé lors du combat aérien où il obtient sa cinquième et dernière victoire.

Lors de la guerre civile, il est nommé spécialiste de l’aviation dans l’Armée rouge. Rapidement, en 1918, il réussit à rejoindre l’Armée blanche avec laquelle il combattra pendant deux ans et où il sera promu capitaine. Comme Iantchenko, il fuit le pays avec le général Wrangel en 1920.

Des aviateurs russes

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Émigrant en Yougoslavie, il sert dans son armée de l’air. De santé fragile, il décède cependant en 1940. Détenteur selon différentes données d'entre cinq et huit victoires homologuées, Vladimir Strijevski a notamment été décoré de toutes les classes de la Croix de Saint-Georges et de l’ordre de Sainte-Anne, quatrième classe.

Ivan Loïko

Il entre dans l’armée en rejoignant le 30e détachement du corps d’aviation, avant de prendre rapidement le commandement du 9e escadron de chasseurs aériens, où servait Strjijevski . Effectuant parfois plusieurs sorties de combat dans une même journée, il est respecté de ses subordonnés comme de ses pairs.

Ivan Loïko

Il rejoint les rangs de l’Armée des Volontaires en 1918, où il sera promu capitaine puis colonel. Il attaque plusieurs fois les armées Rouges de front. Après la défaite des Blancs, il fuit le pays avec les troupes du général Wrangel, puis devient instructeur dans l’armée de l’air yougoslave, avant de revenir en Union soviétique en passant la frontière à bord d’un Breguet 19 en 1923, suite à la publication par le Comité central d’un décret amnistiant les officiers ayant pris part au mouvement Blanc. Arrêté lors de sa fuite, il est ensuite remis par les autorités roumaines à la GPU, la police d’État de l’URSS. Les poursuites sont abandonnées, et il sert ultérieurement comme instructeur dans l’armée de l’air soviétique.

Cependant, ce retour à la normale ne durera pas. Accusé d’espionnage au profit de la Roumanie, il est condamné à 10 ans de travaux forcés dans les mines de l’île de Vaïgatch, dans l’océan Arctique. Libéré en 1934, il continue de travailler à Vaïgatch comme employé. On ne sait pas ce qu’il est advenu de lui après cette date : certains affirment qu’il se serait suicidé en avril 1936, mais il n’en existe aucune preuve.

Durant ses années de service, l’as de l’aviation Ivan Loïko a obtenu six victoires, principalement à bord d’un Nieuport 17 N1448. Il a entre autres été décoré de l’ordre de Sainte-Anne, de l’ordre de Saint-Stanislas, de la Croix de Saint-Georges et de l’ordre de l’Étoile de Roumanie, la distinction roumaine la plus élevée.

Alexandre Kazakov

Alexandre Kazakov termine sa formation de pilote juste après le début de la Première Guerre mondiale et intègre le 4e détachement du corps d’aviation. Il réalise rapidement que le nombre de combats aériens augmente et que le besoin d’armer les avions, qui l’étaient alors peu en Russie, est urgent. Suite au décès du pilote Piotr Nesterov, premier au monde à avoir réussi un looping aérien, lors du tout premier taran (c’est-à-dire un abordage volontaire) de l’histoire avec un Albatros B-II austro-hongrois, Kazakov invente un dispositif permettant d’attaquer un avion ennemi autrement qu’en l’abordant.

Il fabrique alors un grappin accroché à une corde et équipé de fulmicoton qui pouvait s’accrocher à l’avion ennemi puis exploser, entraînant la destruction de l’appareil. La première fois qu’il tente d’utiliser cet outil lors d’un combat réel, il réussit à abattre l’Albatros adverse, mais détruit en même temps son appareil, ne devant sa survie qu’à ses talents exceptionnels de pilote.

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Alexandre Kazakov

Il continue de mener de nombreuses missions de reconnaissance, avant d’être nommé commandant du 19e détachement du corps d’aviation, où Smirnov sera ensuite muté. Plusieurs détachements fusionnent ensuite pour devenir le Premier Groupe d’aviation de combat, avec Kazakov à sa tête. Il parvient à obtenir de nouveaux avions pour le groupe, passe beaucoup de temps à former ses soldats et modernise les tactiques de guerre. Participant personnellement aux combats du groupe, il reçoit de nombreuses décorations pour ses victoires sur l’aviation allemande.

Lors de la Révolution de 1917, il rejoint les forces étrangères antibolchéviques intervenant dans le nord de la Russie, mais les forces alliées se retirent deux ans plus tard. Kazakov se voit proposer un poste à Londres, mais refuse pour rester avec ses hommes. Il meurt le 1er août 1919 quand son Sopwith Snipe s’écrase peu après le décollage ; nombreux sont ceux qui pensent qu’il s’agit d’un suicide. Avec au moins 16 victoires homologuées, mais beaucoup plus de victoires non comptabilisées, Alexandre Kazakov est l’as de l’aviation russe le plus impressionnant de la Première Guerre mondiale. Il a obtenu de nombreuses décorations pendant ses années de service, avec notamment l’ordre de Saint-Anne, la croix de Saint-Georges et l’ordre de Stanislas, mais également la Légion d’Honneur et la Croix de Guerre, deux décorations françaises.

Alexandre Kazakov et son avion

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