Quels luxes pouvait-on s’offrir dans un restaurant soviétique?

Nikolaï Kozlovski/Sputnik
Les citoyens soviétiques se voyaient proposer des cocottes de crabe, de l'esturgeon à la broche et des desserts d’auteur, mais ce n'était pas le plus cher.

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Parmi la pléthore d'options de restauration, telles que les cantines d'usine et les cafés de jeunesse, les restaurants haut de gamme avec des écriteaux « complet » sur leurs portes et de longues files s'étendant sur toute la rue de clients désireux de se sustenter, occupaient une place à part. Comment les gens ordinaires pouvaient-ils entrer dans de tels établissements et que pouvaient-ils s’y offrir ?

Billet d’entrée pour un demi-salaire

Hors d’œuvre russes du restaurant Metropol

Si vous regardez les menus des restaurants soviétiques, il semble qu'ils étaient beaucoup moins chers qu'aujourd'hui. Par exemple, dans les années 1970 et 1980, à l’Astoria, l'un des restaurants les plus prestigieux de Leningrad (nom soviétique de Saint-Pétersbourg), les plats principaux de viande tels que le chachlik (brochette) ou le bœuf Stroganoff coûtaient un rouble ou deux, les desserts et le café 20-30 kopecks.

À titre de comparaison, le salaire moyen d’un spécialiste était à l’époque de l’ordre de 150 roubles mensuels.

Au restaurant moscovite Praga sur l'Arbat ou à l’Aragvi sur la rue Tverskaïa, un très bon dîner pour deux revenait à 10-15 roubles. Mais cela ne signifiait pas que tout le monde avait la possibilité d'y aller, car obtenir une table était parfois plus cher que le repas lui-même. Si, dans la journée, vous pouviez facilement y manger pour 2 roubles sans faire la queue, le soir, à l'entrée, vous deviez verser un pourboire au portier. Dans un simple restaurant, le droit d'entrée officieux était de un à trois roubles, dans un bon établissement, il était de dix, et à une adresse comme le Praga, l’on accordait jusqu'à 50 roubles le week-end.

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Des invités de marque au « Septième Ciel »

Restaurant Sedmoïé Nebo dans la tour d'Ostankino

Il y avait aussi un restaurant à Moscou où l'on ne pouvait entrer qu'avec un ticket, et avec une limite de temps. Le Sedmoïé Nebo (Septième Ciel) de la tour de télévision d’Ostankino était, à l'époque soviétique, le plus haut du pays – 330 mètres au-dessus du sol. En outre, il tournait également sur lui-même en réalisant un tour complet en 40 minutes. Ses salles ne pouvaient accueillir plus de 80 personnes à la fois, c'est pourquoi il fallait acheter un billet. Le moins cher coûtait 7 roubles par individu. Le menu était simple : tartines, salades à la mayonnaise, viande panée, et tout cela était juste réchauffé car la cuisson était, pour des raisons de sécurité, interdite dans la tour de télévision. Tout était très cher : un déjeuner à prix fixe coûtait environ 7 roubles, tandis qu’un en-cas avec de l'alcool pouvait aller jusqu'à 20 roubles.

« Mon père racontait cela. Lui et un ami sont allés dans ce restaurant lorsqu'ils étaient en voyage d'affaires à Moscou. Une modeste collation et 100 ml de brandy leur ont coûté chacun 45 roubles. Aujourd'hui, cela semble ridicule et sans importance, mais à l'époque soviétique, cela représentait beaucoup d'argent », témoigne un Moscovite.

Dons de l'océan à une ère de pénurie

Poisson bouilli dans de la graisse

L'un des stéréotypes étrangers est que les Russes mangent du caviar noir par louchées. Pourtant, la gastronomie du poisson a toujours été l'une des sections les plus chères des menus des restaurants, surtout en province. Par exemple, à Sverdlovsk (nom soviétique d’Ekaterinbourg), un restaurant de poisson très populaire, Okean, a ouvert ses portes au milieu des années 1970. Les magasins de la ville souffraient de pénuries, mais ici, on trouvait de tout : du saumon cuit au four bon marché, du bouillon d’esturgeon étoilé, ou encore des salades diététiques avec du calamar. « Le jour de paie, nous allions à l’Okean – le déjeuner était à environ deux roubles pour deux rasstegаï [chausson de pâte traditionnel] avec du bouillon et une tartelette avec du caviar et du beurre », affirme un habitant du coin.

Les prix de tous les plats atteignaient 3 roubles par portion, sauf pour le caviar. Le raffiné « Caviar d'esturgeon étoilé dans un vase de glace » était proposé à un prix fabuleux de près de 16 roubles !

Première classe pour les touristes étrangers

Salle

Certains lieux disposaient par ailleurs de salles séparées pour les invités particulièrement importants et les touristes étrangers. Au restaurant moscovite Praga, outre le menu habituel, il y avait également un menu « première classe », où le filet de veau aux champignons coûtait 30 roubles, le porc pané à la slovaque – 20 roubles, et le caviar avec du beurre et des toasts – 54 roubles.

« En 1990, ma mère a fêté son anniversaire. À l'époque, il était difficile de réserver une table dans un bon restaurant, se souvient un habitant de Moscou. Ma mère travaillait pour une organisation de commerce extérieur réputée, et c’est par le service protocolaire de cette dernière que l’on a réservé au Praga. L’on a effectué cette demande en tant que délégation étrangère. Bien sûr, tout était de haut niveau. L'alcool était très cher, alors nous n'avons commandé qu'un minimum, purement symbolique. J'avais un énorme sac rempli de boissons de toutes sortes sous mes pieds. Dès que tout était fini sur la table, je sortais de là quelque chose et l’y posais ».

Mets du restaurant de l'hôtel Intourist, à Moscou

Le restaurant de l'hôtel Intourist n'était quant à lui ouvert qu'aux étrangers ou sur invitation spéciale car les devises étrangères étaient acceptées. Mais là, l’on pouvait goûter à l'esturgeon à la broche et à toutes sortes d'amuse-gueules au caviar.

Dans cet autre article, nous vous présentions comment fonctionnait le marché noir de produits étrangers en URSS.

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