Rouges vs. blancs: le jour où les ennemis jurés sont devenus alliés

TASS
À la suite d'une opération conjointe en Chine, «rouges» et «blancs», qui s’étaient entretués au cours de la guerre civile russe, sont devenus des alliés, voire des amis.

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Ennemis irréconciliables

L'Armée rouge à Kazan

Lorsque la Révolution bolchevique a divisé la société russe en 1917, le pays s’est enfoncé dans l'un des conflits les plus sanglants de son histoire. La guerre civile opposant les rouges et les blancs - partisans et opposants du nouveau gouvernement bolchévique - a coûté la vie à plus de 10 millions de personnes.

La haine mutuelle entre les belligérants n'a pas pris fin avec la défaite du mouvement blanc en Russie. Partout dans le monde, ce dernier a créé des organisations anticommunistes et ses membres combattu l'URSS pendant la guerre civile espagnole, la guerre d'hiver ou la campagne d'Hitler vers l'Est.

À leur tour, les services spéciaux soviétiques ne sont pas restés les bras croisés. Ils ont étroitement surveillé l'activité de l'émigration blanche, capturant et éliminant leurs représentants les plus éminents et jugés les plus dangereux.

Néanmoins, au cours d'une page méconnue de l'histoire, des ennemis aussi inconciliables ont non seulement trouvé un langage commun, mais sont devenus alliés et même amis. Et c'est arrivé dans la lointaine Chine.

Facteur russe

L'une des premières forces militaires blanches, l'Armée des volontaires

Lorsque le mouvement blanc a été vaincu dans l'Extrême-Orient russe au début des années 1920, des dizaines de milliers de soldats et d'officiers se sont retirés avec leurs familles en territoire chinois, où ils ont trouvé un nouveau foyer. Ils venaient sans le savoir de passer d'une guerre à l'autre.

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Le fait est que depuis 1916, la Chine connaissait la soi-disant ère des « seigneurs de la guerre » : le pays était divisé en cliques militaro-politiques qui se combattaient constamment.

Les gardes blancs se sont avérés être un véritable cadeau pour les belligérants. Contrairement aux soldats chinois, qui avaient de très faibles qualités de combat, les Russes avaient une excellente formation militaire, un moral élevé et une riche expérience de combat. Ils sont dans l’ensemble devenus une garde d'élite dans les forces armées de divers dirigeants chinois.

Comme le notait le chef du renseignement militaire soviétique, Ian Berzine, « grâce à leur entraînement et à leur discipline, il s'agissait de forces de frappe capables d'infliger une défaite à des forces ennemies plusieurs fois supérieures »

Ennemi commun

Vers la fin des années 1920, le parti nationaliste Kuomintang, dirigé par Tchang Kaï-chek, réussit à unir le pays sous sa direction, ayant obtenu des différentes factions la reconnaissance de son pouvoir suprême. Cependant, les capacités du gouvernement basé à Nanjing étaient trop limitées pour contrôler efficacement le comportement des élites dirigeantes dans les provinces reculées.

Jin Shuren

Par conséquent, lorsque la sinisation violente et irréfléchie et les politiques financières à courte vue du gouverneur du Xinjiang, Jin Shuren, ont conduit en 1931 à un soulèvement massif des Ouïghours musulmans, Nanjing s'est avéré impuissant. Tchang Kaï-chek a même soutenu le soulèvement quand il a appris que Shuren s'était tourné vers l'aide militaire du voisin soviétique. La 36e division de cavalerie de l'Armée révolutionnaire nationale, sous le commandement de Ma Zhongying, à qui l'on avait promis le poste de gouverneur après le renversement de Jin Shuren, s'est rendue dans la province.

Comme dans d'autres parties de la Chine, l'armée russe a joué au Xinjiang le rôle de bouée de sauvetage. À l'appel du gouverneur désespéré, dont les troupes subissaient de lourdes défaites, ils ont formé quatre régiments. N'ayant pas la force de vaincre les rebelles, les Russes ont néanmoins sauvé le régime de Shuren d'un effondrement imminent.

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L'Union soviétique, intéressée par un Xinjiang affaibli, a cherché à empêcher le Kuomintang de gagner du terrain dans la région. Elle a accédé à la demande du gouvernement provincial en fournissant du matériel militaire et a même parrainé l'entretien des unités de la Garde blanche. Cependant, Moscou s’abstenait encore d’intervenir directement.

Épaule contre épaule

À mesure que la 36e division de Ma Zhongying progressait dans le Xinjiang, les musulmans locaux rejoignaient leurs rangs. En plus des Ouïghours, les Kirghizes, les Dungans, les Kazakhs, les Dzungars et d'autres ethnies se battaient contre le gouvernement. Vers le milieu de l'année 1932, environ 70% de la population musulmane de la région avait pris les armes et, en hiver, ils ont tenté, sans succès, de prendre le contrôle de la capitale, Urumqi.

Étant donné que les rebelles avaient coupé la route principale reliant l'URSS au Xinjiang, le long de laquelle les fournitures militaires venaient renforcer l'armée de Shuren, la chute de son régime n'était qu'une question de temps. Le 12 avril 1933, avec l'aide des troupes blanches, l’audacieux général Sheng Shicai a renversé le gouverneur affaibli et, prenant sa place, a tout mis en œuvre pour obtenir une intervention militaire directe de Moscou. Pour cela, il s'est même rendu personnellement plusieurs fois dans la capitale soviétique.

Sheng Shicai

Finalement, Sheng Shicai a reçu l'aide demandée. En novembre 1933, la soi-disant armée volontaire de l'Altaï est entrée dans le Xinjiang. Afin de ne pas démontrer la participation directe de l'Union soviétique dans le conflit, les soldats soviétiques étaient vêtus d'uniformes des gardes blancs, mais par habitude ils s’adressassent à leurs commandants avec le mot « camarade ».

Dès le début, l'Armée rouge a repris le contrôle de la route principale vers l'URSS, capturant la ville frontalière de Tchougoutchak  (Tacheng). Dans le même temps, ils agissaient de concert avec le Deuxième régiment de la garde cosaque, des Russes blancs. Il s'agissait de la première opération conjointe des anciens ennemis inconciliables au cours de cette campagne.

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La tâche suivante des troupes rouge-blanc était d’évincer les troupes de Ma Zhongying de la capitale, ce qui a été réalisé avec succès. En février 1934, le soulèvement a été finalement écrasé. Afin d'éviter que ce cauchemar ne se reproduise, Sheng Shicai a accordé aux Ouïghours des droits égaux à ceux des Chinois.

Voisinage insolite

Fin avril 1934, le gros des troupes soviétiques a quitté le Xinjiang. Des conseillers militaires, un régiment de cavalerie de plus d'un millier d’hommes, de l'artillerie et des voitures blindées sont restés à Urumqi. Les unités de la Garde blanche stationnées sur place ont également été réduites - un seul des quatre régiments est resté.

Il s'est avéré que les anciens adversaires pouvaient non seulement combattre main dans la main harmonieusement, mais aussi coexister pacifiquement. Un rapport soviétique envoyé de la capitale provinciale à Moscou le 26 mars 1935, stipulait : « Les deux groupes de rouges et de blancs vivent non seulement pacifiquement, mais aussi amicalement... les émigrés n'ont plus la même haine des rouges qu’avant ».

L'Union soviétique était en position de force au Xinjiang : elle y a activement fourni des armes, a formé l'armée locale, établi des relations commerciales et étendu son réseau de renseignement. Ce fait n'a pas dérangé les gardes blancs locaux. Au contraire, ils ont eux-mêmes volontairement pris contact avec les services spéciaux soviétiques. Et plusieurs milliers d’entre eux ont même accepté de repartir de zéro et de retourner dans leur pays d'origine.

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Sheng Shicai est resté un ami fidèle de l'Union soviétique jusqu'au début de l'opération Barbarossa, lorsqu'il a décidé de profiter des difficultés de son allié pour se libérer de sa tutelle. Staline ne l'a pas oublié et quand, en 1944, le Kuomintang a repris le contrôle de cette province et renversé le gouverneur infidèle, il ne lui a apporté aucun soutien.

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