Implantation d’entreprise: «La Russie est un pays dans lequel il y a de très belles choses à faire»

Reuters
En ce début d'octobre, s’est tenue à Paris une conférence, organisée par la Chambre de commerce et d’industrie France Russie et la Représentation commerciale de la fédération de Russie en France, intitulée «Comment réussir son implantation en Russie ?». L'occasion de démontrer l'existence, malgré les crises passées et les tensions internationales, d'innombrables opportunités économiques dans le pays.

Conjoncture actuelle

Après de terribles années noires, engendrées notamment par les sanctions occidentales et la chute du cours du pétrole, la Russie redresse aujourd’hui la tête, a assuré Igor Delanoë, directeur adjoint de l’Observatoire franco-russe, lors de la récente conférence intitulée «Comment réussir son implantation en Russie?», organisée par la CCI France Russie et la Représentation commerciale de la fédération de Russie en France.

Selon l'expert, son taux de croissance pour l’année 2017, timide mais positif, s’est en effet établi à 1,8%, et pour cette année 2018 il devrait atteindre, d'après les spécialistes, entre 1,5 et 2% du PIB. Le chômage est quant à lui à un taux exceptionnellement bas de 4,7%, tandis que les salaires et revenus réels de la population affichent une hausse.

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À noter que cette reprise économique ne se limite pas aux « trois capitales de Russie », Moscou, Saint-Pétersbourg et Kazan, mais impacte l’ensemble du territoire, où l’on voit naître de nombreux projets en tout genre. Propos à nuancer toutefois par le fait que, encore aujourd’hui, 25% du PIB russe sont réalisés à Moscou et dans sa région, tandis que Saint-Pétersbourg et son agglomération en représentent 12%.

Ce dynamisme profite notamment aux près de 1 200 entreprises françaises établies sur le territoire russe. La France a d’ailleurs longtemps été le premier investisseur étranger du pays, et même si l’Allemagne est repassée en tête, les investissements français s’élèvent encore à 2 milliards d’euros par an. 37 des entreprises du CAC40 sont ainsi présentes sur ce marché.

À ce propos, il est intéressant de préciser qu’en Russie, les PME ne constituent que 20% du PIB, ce taux étant, dans les pays occidentaux, de 50, voire de 60%. Une véritable incitation à la création et l’implantation de petites et moyennes entreprises a cependant été mise en place par le gouvernement russe.

« Dès que vous avez eu le feu vert, n’hésitez pas à aller en Russie, le cadre juridique et fiscal russe est ultra actif pour les PME, assure en effet Charles-Henri Roy, avocat au barreau de Paris et fondateur du cabinet Hérès, aidant les entrepreneurs français à s’implanter en Russie et vice-versa. Tous ici pourront vous raconter des centaines et des centaines de success stories, pour un nombre de cas totalement dérisoire d’entreprises qui en sont reparties. C’est encore un pays dans lequel il y a de très belles choses à faire ».

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Avis que rejoint Nicolas Ducret, directeur général adjoint de la CCI France Russie : « La Russie n’est pas un pays compliqué. Créer une entreprise en Russie est quelque chose de très simple. Ça se fait en un mois ».

Perspectives économiques pour les investisseurs français

Selon les intervenants, de nombreux secteurs sont par ailleurs moteurs de croissance et dignes d’intérêt pour les entrepreneurs français. Il s’agit bien évidement de l’industrie, pétrolière et gazière tout d’abord, la Russie étant le premier producteur de gaz au monde, tandis qu’il existe une multitude d’opportunités pour les sous-traitants de l’industrie pétrolière, qui est aujourd’hui à son apogée (entre 11 et 12 millions de barils par jour, soit plus qu’au plus haut de l’URSS). Les hautes technologies connaissent également de nos jours des projets coopératifs de grande ampleur.

Le secteur agroalimentaire est lui aussi en plein essor, notamment grâce à la politique de substitution engagée par l’État suite à la mise en place de l’embargo, en réponse aux sanctions occidentales. Si la production agricole est ici un secteur historiquement important, on constate en effet aujourd’hui une montée en puissance de la transformation. Le savoir-faire français, dans les domaines de l’élevage ou encore des machines-outils par exemple, est ainsi particulièrement prisé dans ce cadre. L’horticulture, la production laitière, les semences, sont également tant d’activités offrant d’innombrables opportunités en Russie.

Le commerce de détail, porté par la hausse du pouvoir d’achat des ménages, propose également de nombreuses possibilités. À noter toutefois que les enseignes, étrangères ou nationales, présentes en Russie, misent sur la localisation de la production de leurs marchandises. Ainsi, le groupe français Auchan, premier employeur étranger en Russie, comprend dans sa gamme 95% d’articles entièrement ou partiellement d’origine russe. Il est donc primordial, pour les acteurs de ce secteur, d’œuvrer à la localisation de leur production ou à la recherche de partenaires locaux.

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De son côté, le secteur bancaire, qui compte historiquement un nombre considérable d’établissement en Russie (600 aujourd’hui), fait actuellement l’objet d’une concentration. Il peut toutefois s’avérer encore intéressant à explorer.

Domaine connaissant un développement fulgurant, les technologies de l’information et de la communication en Russie doivent leur succès, entre autres, à l’excellence des formations reçues par les ingénieurs du pays. Ont ainsi vu naître des sociétés telles que Kaspersky (entreprise de sécurité informatique dont le siège européen se trouve d’ailleurs à Strasbourg) ou encore Yandex, géant de l’Internet et équivalent russe de Google. Une multitude de projets émergent donc également en la matière.

Enfin, le secteur de la santé est aujourd’hui des plus prometteurs, un plan santé 2020 ayant été annoncé par le gouvernement russe afin de permettre l’allongement de la durée de vie, une meilleure prise en charge des personnes âgées et la rénovation des hôpitaux.

Les obstacles et écueils à garder à l’esprit

Malgré cet océan de promesses, il est important de comprendre les spécificités actuelles du marché russe, pouvant au premier abord rebuter les non-initiés. En premier lieu, il convient de noter que, de par la chute du rouble, l’euro apparaît sur ce marché particulièrement cher. Ne pouvant donc faire concurrence au niveau des prix, il est ainsi primordial de proposer des produits et services innovants, n’existant pas en Russie.

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De plus, compte tenu des sanctions imposées par l’Occident, il est indispensable de se renseigner sur les possibilités réelles d’implanter sa société en Russie, a rappelé Charles-Henri Roy. En effet, il est aujourd’hui vain d’espérer commercialiser dans ce pays des produits pouvant avoir une double utilisation, civile et militaire. Or, comme le souligne l’expert, cette condition n’est pas toujours évidente, l’un de ses clients ayant par exemple souhaité procéder à la vente de ses imprimantes lasers en Russie mais ayant essuyé un refus car la technologie laser pouvait avoir des applications dans l’armée.

En outre, en raison des sanctions américaines, trouver une source de financement peut aujourd’hui s’apparenter à un véritable chemin du combattant. En effet, les entreprises ayant des intérêts aux États-Unis ainsi qu’un quelconque lien avec la Russie pouvant subir des répressions, l’écrasante majorité des établissements bancaires français refusent catégoriquement de soutenir des projets en Russie.

Cet été, Russia Beyond s’était également entretenu avec Emmanuel Quidet, président de la CCI France Russie, sur les opportunités d’investissement en Russie. Une interview à retrouver ici.

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