Citoyen étranger cherche ferme en Russie

30 juin 2017 Kira Kalinina
Que doivent faire les étrangers pour organiser une ferme et quelles sont les facilités sur lesquelles peuvent-ils compter?

Crédit : Vitaliy Timkiv/TASSCrédit : Vitaliy Timkiv/TASS

Après l’introduction de l’embargo alimentaire sur une série de produits européens suite aux sanctions décrétées contre Moscou par l’Union européenne en 2014, la Russie enregistre un nombre toujours croissant de fermes fabriquant des produits écologiques qui jouissent d’une demande importante dans les grandes villes.

Cette situation est favorisée non seulement par l’absence de concurrence de la part des producteurs européens, mais également par la législation qui prévoit un grand nombre de facilités pour les fermiers, même si ces derniers ne possèdent pas la citoyenneté russe.

Les points forts

La Russie attire les fermiers étrangers grâce à des prix très compétitifs de la terre. L’Américain Justus Walker, qui est arrivé en Russie il y a plus de dix ans, est aujourd’hui propriétaire d’une ferme dans le territoire de l’Altaï (Sibérie occidentale) où lui et sa famille élèvent des chèvres et fabriquent du fromage. « L’infrastructure la plus importante pour un fermier, c’est la terre. Même comparée aux prix en Amérique du Sud, sans parler des normes internationales, la terre en Russie ne coûte presque rien », a-t-il affirmé.

« Les terres en Russie sont très fertiles, on peut y faire pousser absolument tout à condition de le vouloir. Même en hiver puisqu’il y a des serres », a indiqué pour sa part Sim Oyra, fermier russe d’origine coréenne, qui cultive des pastèques et des melons en Bachkirie (sud de l’Oural).

Crédit : Alexei Danichev / RIA NovostiCrédit : Alexei Danichev / RIA Novosti

L’absence de toute concurrence sérieuse est également un facteur important. « Les fermiers de notre génération étant pionniers des nouvelles méthodes agricoles, le marché est pratiquement vide, ce qui nous garantit certains avantages concurrentiels », a souligné Olga Karogodina, cofondatrice de la société de serres SuperfoodFarm basée dans la région de Moscou.

Les facilités

Cette année, les fermiers débutants ont le droit de présenter une demande de subvention et de toucher une aide de l’État, a déclaré à RBTH le chef du service fiscal de BMS Law Firm, David Kapianidze. En outre, le pays a lancé le programme Fermier débutant qui permet d’obtenir une allocation au développement d’une entreprise agricole.

Les fermiers bénéficient d’un grand nombre de facilités accordées aux PME, a poursuivi David Kapianidze. Ainsi, les PME bénéficient d’une comptabilité simplifiée et jouissent de préférences à l’achat de l’immobilier public et municipal qu’ils louent.

Enfin, les entrepreneurs qui ouvrent pour la première fois une entreprise en Russie peuvent être exemptés d’impôts sur une période pouvant aller jusqu’à deux ans. « La TVA ne s’applique pas aux opérations de vente de sperme de bovins, porcins, ovins, caprins et équidés reproducteurs, ainsi qu’aux embryons de bétail de race, de porcins, d’ovins, de caprins et d’équidés », a ajouté David Kapianidze.

Crédit : Kirill Kukhmar / TASS Crédit : Kirill Kukhmar / TASS

Facilités pour les fermiers sans citoyenneté russe

Ces conditions spéciales sont accordées aux sociétés dont les investisseurs étrangers ne constituent pas plus de 49% du capital statutaire. Les autorités russes examinent actuellement les moyens d’augmenter ce chiffre, mais sans citoyenneté russe, vous serez peut-être obligé de trouver un partenaire pouvant présenter une carte d’identité russe.

C’est d’ailleurs ce qu’a fait David Lawrence en ouvrant en 2014 la société de serres SuperfoodFarm dans la région de Moscou avec sa partenaire russe Olga Karogodina. « Nous ne sommes pas enregistrés en tant que ferme, car des exigences particulières sont formulées envers cette dernière. Nous avons préféré la forme d’une SARL et nous avons établi un pacte d’actionnaires », a expliqué Olga Karogodina. À l’heure actuelle, la société des deux partenaires bénéficie d’un système simplifié d’imposition.

Pour ce qui est des subventions, il est possible de compter dessus en cas d’enregistrement d’une personne morale russe. C’est l’option choisie par le Français Patrick Hoffmann : il ne possède pas la citoyenneté russe, mais s’occupe depuis plus de dix ans de l’élevage de porcs en Russie où il possède la ferme Otrada dans la région de Lipetsk (à environ 508 km au sud-est de Moscou).

En tant que société russe, Otrada peut bénéficier de subventions. « Nous en avons touché pendant dix ans », a-t-il confié à RBTH. Grâce aux efforts déployés dans le développement de la génétique des porcs, l’entreprise a récemment obtenu une subvention spéciale de 3,5 millions d’euros de la part du ministère de l’Agriculture, a-t-il fait remarquer.

Les crédits

Les crédits préférentiels aux fermiers vont croissant en Russie : plus de 9 200 crédits pour un montant total de 2,8 milliards d’euros ont été accordés aux PME l’année dernière, soit plus qu’en 2015 lorsque le chiffre avait atteint 2,7 milliards, a annoncé à RBTH le service de presse de la banque Rosselkhozbank qui coopère avec le ministère russe de l’Agriculture et fait partie du top 4 des plus grandes banques du pays.

Cette banque propose un crédit spécial : Devenir fermier. Il est accordé pour dix ans et peut aller jusqu’à 222 000 euros. En outre, les PME peuvent profiter d’un soutien de l’État dans la compensation d’une partie des frais d’investissements, a précisé le service de presse de la banque.

Crédit : Youri Smityuk / TASS Crédit : Youri Smityuk / TASS

Les problèmes

Malgré une terre bon marché, les infrastructures russes sont peu développées, a indiqué Olga Karogodina. En outre, le pays manque grandement de travailleurs qualifiés et d’ouvriers laborieux. « Il n’y a pratiquement pas de marché des produits fermiers locaux, car les clients ne comprennent pas vraiment la différence entre la production locale et importée », a-t-elle poursuivi.​

L’autre grand problème est l’omniprésence de la bureaucratie créée par les fonctionnaires, a souligné Sim Oyra. « Ils ne font rien eux-mêmes, mais prennent plaisir à mettre des bâtons dans les roues. Ils ne considèrent la terre que comme une source d’enrichissement, car il est toujours possible de la vendre en vue d’y construire quelque chose », déplore-t-il.

Justus Walker est pour sa part convaincu qu’il ne faut pas compter sur l’aide de l’État en développant un projet en Russie. Lui  n’a touché ni allocations, ni subventions, celles-ci étant réservées presque exclusivement aux citoyens russes.

« Toutefois, un petit fermier moyen peut fabriquer des produits de qualité à un prix juste un peu plus élevé que celui affiché dans les supermarchés, a-t-il affirmé. Ces produits bénéficieront d’une bonne demande et d’un avantage concurrentiel par rapport à ceux des géants agricoles. Pourvu que l’État ne nous gêne pas ».

L’article a été écrit avec la participation de Maria Karnaoukh et Stanislav Chakhov.

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