Batman: les débuts soviétiques de la carrière de Christian Bale

Nick Pickard, Christian Bale et Vladimir Grammatikov (à droite).

Nick Pickard, Christian Bale et Vladimir Grammatikov (à droite).

Galina Kmit/RIA Novosti
Presque personne ne se souvient aujourd’hui que le premier rôle de Christian Bale, alias Batman, était celui du jeune Yum Yum dans le conte « Mio au royaume de nulle part » du réalisateur soviétique Vladimir Grammatikov.

Une scène du film « Mio au royaume de nulle part ». Lyubov Germanova et Christian Bale. Studios Gorki, Nordisk Tonefilm Int., Filmhuset AS. 1987. Crédit : Maikovski/ RIA NovostiUne scène du film « Mio au royaume de nulle part ». Lyubov Germanova et Christian Bale. Studios Gorki, Nordisk Tonefilm Int., Filmhuset AS. 1987. Crédit : Maikovski/ RIA Novosti

À l’âge de neuf ans, en 1983, Christian Bale entame sa carrière en tournant des spots publicitaires pour la télévision britannique. L’année suivante, il monte sur les planches dans The Nerd aux côtés de l’acteur et humoriste Rowan Atkinson. Deux ans plus tard, il se retrouve sur le plateau pour son premier rôle : le héros du conte Mio, mon Mio de la romancière suédoise Astrid Lindgren. Il incarne le romantique et courageux Yum Yum dans le film fantastique Mio au royaume de nulle part du réalisateur soviétique Vladimir Grammatikov, une coproduction de l’URSS, de la Suède, de la Norvège et de la Grande-Bretagne.

C’est l’histoire du jeune Bosse (Nick Pickard) qui habite chez ses parents adoptifs et rêve de trouver un père aimant, comme celui de son ami Benke (Christian Bale). Par miracle, le vœu du petit garçon est exaucé et il se retrouve dans le Pays du Lointain dont le roi est son père (Timothy Bottoms). Il reçoit le nom magique de Mio, rencontre un nouvel ami, Yum Yum, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Benke. C’est avec ce fidèle ami que Mio doit combattre le cruel chevalier Kato qui enlève des enfants pour les transformer en oiseaux. Seul un garçon de sang royal peut le vaincre.

A la recherche du héros lyrique

Une scène du film « Mio au royaume de nulle part ». Studios Gorki, Nordisk Tonefilm Int., Filmhuset AS. 1987. Crédit : Maikovski/ RIA NovostiUne scène du film « Mio au royaume de nulle part ». Studios Gorki, Nordisk Tonefilm Int., Filmhuset AS. 1987. Crédit : Maikovski/ RIA Novosti

Le film a été tourné en anglais et Vladimir Grammatikov voulait faire jouer les rôles principaux à des enfants soviétiques qui habitaient et faisaient leurs études à l’étranger.

« Le département des consulats du ministère des Affaires étrangères m’a donné des informations sur les enfants qui venaient de rentrer des pays anglophones. On était en 1985, ces enfants qui avaient fait le tour du monde arrivaient en mâchant du chewing-gum, avec un air insolent. C’était horrible ! J’ai vite compris que je ne trouverai jamais mes héros lyriques parmi eux », se souvient Vladimir Grammatikov.

Le réalisateur s’est alors tourné vers les acteurs étrangers. Les producteurs lui ont proposé de focaliser ses recherches sur Londres qui comptait à l’époque six écoles de théâtre pour enfants.

Une scène du film « Mio au royaume de nulle part ». Crédit : Kinopoisk.ruUne scène du film « Mio au royaume de nulle part ». Crédit : Kinopoisk.ru

En 1986, à la veille de Noël et du Nouvel an, Vladimir Grammatikov a envoyé aux agents un questionnaire de 70 points distribué à 260 enfants qui étaient filmés. À l’issue de ce casting, il a sélectionné 70 enfants. Il les a fait travailler d’abord deux par deux. Les enfants devaient improviser sur le sujet suivant : un petit garçon vient rendre visite à son ami malade et ce dernier lui demande d’aller promener son chien. Par malheur, il arrive un accident et l’animal est tué. La tâche était d’expliquer cette situation dramatique.

« Ce fut un scandale : les agents et les parents ont dit qu’un réalisateur cinglé était venu d’URSS et donnait à jouer aux enfants des scènes sans les avoir consultés. Ils ont exigé de tout arrêter. La confrontation a duré trois jours. On me demandait de dire ce que les enfants devraient jouer dans les scènes finales. Je refusais. Nous avons alors décidé que les enfants viendraient avec leurs parents et joueraient des scènes seuls », poursuit Vladimir Grammatikov.

Au final, les jeunes comédiens ont dû jouer la scène où ils rentrent et voient leur mère avec une valise : elle quitte leur père. L’enfant devait faire tout son possible pour empêcher sa maman de s’en aller. Nick Pickard et Christian Bale ont été les meilleurs et ont décroché les rôles principaux.

De Londres à la Crimée

Une scène du film « Empire du soleil ». Crédit : Kinopoisk.ruUne scène du film « Empire du soleil ». Crédit : Kinopoisk.ru

Le tournage s’est déroulé à Stockholm, dans les studios Gorki de Moscou et en Crimée (Sud) en 1986. C’était l’année de l’accident à la centrale nucléaire de Tchernobyl. Christian Bale se souvient qu’avant chaque repas, tous les plats étaient vérifiés au compteur Geiger. Il était pourtant déjà clair que la Crimée n’avait pas été irradiée.

L’acteur ne parle que très rarement de ses débuts. Un jour il a avoué dans une interview à un média suédois qu’il ne se souvenait plus très bien du tournage, car c’était il y a très longtemps. Mais il se rappelle très bien avoir été enthousiasmé par Moscou et Stockholm.

« Moscou m’a impressionné, ce qui n’est pas étonnant. Je n’avais que 12 ans et je me suis retrouvé en Russie puis en Suède. C’était une aventure », a-t-il reconnu.

C’est après ce film que Christian Bale a obtenu son premier rôle important, dans l’Empire du soleil de Steven Spielberg. Le rôle de l’écolier britannique James Graham qui voit basculer sa vie avec le début de la guerre et qui traverse de nombreuses épreuves le propulse sous le feu des projecteurs à 13 ans. C’est la gloire internationale qui oblige pourtant l’adolescent à quitter le cinéma pour deux ans. Des années plus tard, Christian Bale dira avoir été déprimé par le chaos qui régnait sur le plateau et dans l’industrie du cinéma. Mais l’acteur a vaincu ses angoisses pour devenir une véritable star dès le début des années 2000. Il semble pourtant qu’il soit resté misanthrope. Il ne donne des interviews que dans le cadre de la promotion de grands projets, ne fréquente que rarement aux soirées mondaines et ne se rend presque jamais aux festivals.

Christian Bale n’est jamais revenu en Russie depuis. Il y a trois ans, il était attendu à Moscou pour la promotion du film American Bluff, mais c’est son collègue Bradley Cooper qui a finalement dû affronter tout seul les fans russes. Vladimir Grammatikov n’a plus jamais rencontré Christian Bale et sa relation avec le « chevalier noir » d’Hollywood se limite au visionnement de la saga « Batman ».
 

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