En Russie, le monument au prince Vladimir fait des vagues

Initialement, il était prévu d’inaugurer le monument à l’occasion du millénaire de la mort du prince, le 4 novembre 2015.

Initialement, il était prévu d’inaugurer le monument à l’occasion du millénaire de la mort du prince, le 4 novembre 2015.

Vladimir Astapkovich / RIA Novosti
Un monument au prince Vladimir, qui a réalisé le baptême de la Russie en 988, a été inauguré le 4 novembre à Moscou, à côté du Kremlin, sur la place Borovitskaïa. L’histoire de ce monument de 16 mètres de haut a connu plusieurs scandales ces dernières années.

L’histoire de l’installation du monument au prince Vladimir a été marquée dès le début par des protestations et d’âpres débats. L’idée de l’ériger appartient à la Société historique et militaire de Russie qui est dirigée par le ministre de la Culture, Vladimir Medinski. Un concours a été organisé au début de l’année dernière sur le concept du futur monument : le vote à scrutin secret a été remporté par un projet de monument de 24 mètres de haut proposé par le sculpteur Salavat Chtcherbakov et l’architecte Vassili Danilov.

Les « contre »

Les critiques déclaraient que le monument était sans rapport avec Moscou, car la ville est citée pour la première fois dans les chroniques en 1147, soit cent ans après la mort du prince. En outre, les historiens mettent en relief la cruauté de Vladimir qui, ayant soumis en 980 la ville de Polotsk, a violé la fille du prince local, Rogneda, avant d’en faire de force sa femme. Par la suite, il a tué de ses propres mains son père et ses deux frères.

Des travailleurs près du monument au prince Vladimir sur la place Borovitskaïa. Crédit : Vladimir Smirnov / TASSDes travailleurs près du monument au prince Vladimir sur la place Borovitskaïa. Crédit : Vladimir Smirnov / TASS

Les opposants au projet relèvent également l’aspect politique de ce monument, qui est associé au président actuel Vladimir Poutine. Ainsi, le journaliste Oleg Kachine souligne que le monument à Vladimir peut être considéré comme un hommage à son influent homonyme. En outre, la sculpture de Salavat Chtcherbakov dans son concept initial devait dépasser en hauteur le monument à Vladimir élevé à Kiev (20 mètres). Dans le contexte du conflit entre la Russie et l’Ukraine, les observateurs y voient également un geste politique.

Les pérégrinations du monument

Initialement, il était prévu d’inaugurer le monument à l’occasion du millénaire de la mort du prince, le 4 novembre 2015. La direction de la Société historique et militaire a proposé de l’ériger à côté de l’Université Lomonossov de Moscou, dans le parc naturel de la Colline des moineaux. Toutefois, la situation géologique du terrain n’a pas permis d’installer sur la rive de la Moskova une statue de 300 tonnes : elle risquait de provoquer un éboulement.

Les Moscovites mécontents de l’initiative ont rédigé une pétition contre l’installation du monument : celle-ci a été signée par plus de 80 500 personnes. Finalement, les autorités ont proposé plusieurs autres emplacements dans le centre-ville : le quai Moskvoretskaïa, la place Loubianskaïa et la place Borovitskaïa. C’est cette dernière qui a été choisie par les Moscovites au cours d’un vote sur le site gouvernemental Citoyen actif.

Le lieu a été également approuvé par la commission d’art monumental auprès du conseil municipal. Toutefois, les défenseurs de la ville se sont élevés contre cette idée : le terrain au carrefour des rues Mokhovaïa et Znamenka (où doit être érigé le monument) fait partie de la zone du Kremlin où toute construction est interdite.

Au début de cette année, l’UNESCO a mis en garde les autorités russes : en cas de refus d’organiser des consultations au sujet du paysage historique et de non-respect de la Convention pour la protection du patrimoine mondial, le Kremlin de Moscou pourrait être déchu de son statut de site classé.

Les auteurs de la statue ont accepté de réduire ses dimensions : désormais, la sculpture du prince fait 12,2 mètres et la hauteur du monument ne dépassera pas 16,8 mètres avec la croix.

Selon le mouvement public russe Arkhnadzor, il est peu probable que le Kremlin soit privé de son statut de monument du patrimoine mondial. « Toutes les remarques de l’UNESCO ont été faites aux autorités de Moscou oralement. Par conséquent, elles ne figurent nulle part et n’engagent à rien ceux qui édifieront le monument. Ce qui fait qu’il n’existe tout simplement pas de raison formelle à d’éventuelles sanctions de la part de l’UNESCO », a indiqué le coordinateur d’Arkhnadzor, Roustam Rakhmatoulline.

D’ici le 1er décembre prochain, la Russie doit envoyer au Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO (CPM) un rapport sur les résultats de l’installation du monument au prince Vladimir.
 

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