Dix incontournables de l'exposition Collection Morozov à la Fondation Louis Vuitton de Paris

Cette exposition s'inscrit dans la continuité du projet Icônes de l’art moderne lancé par la Fondation en 2016 avec le succès record de la collection Sergueï Chtchoukine.

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L'exposition La collection Morozov. Icônes de l’art moderne (22 septembre – 22 février 2022) présentera à Paris plus de 200 œuvres d'artistes principalement français et russes, dont Pierre-Auguste Renoir, Claude Monet, Paul Cézanne, Pablo Picasso, Henri Matisse, Valentin Serov et Mikhaïl Vroubel. Pour la première fois depuis des décennies, elle réunira la collection légendaire des frères Mikhaïl et Ivan Morozov, divisée après la révolution entre plusieurs musées moscovites et saint-pétersbourgeois. Voici les dix œuvres les plus importantes de l’événement.

Constantin Korovine. Portrait d'une choriste. 1887. Galerie Tretiakov

La famille marchande des Morozov s'intéressait aux beaux-arts et les patronnait, de sorte que les deux frères Mikhaïl et Ivan ont dès leur enfance étudié le dessin plus sérieusement qu'ils ne l'auraient fait simplement pour leur développement général. Parmi leurs professeurs figurait Constantin Korovine, alors étudiant, qui deviendra ultérieurement un habitué des célèbres petits déjeuners bruyants chez Mikhaïl Morozov, une fois celui-ci adulte. Le nom de ce tableau fait écho au destin de l’autre frère, Ivan, et à son amour secret pour une jeune choriste du restaurant Iar, Evdokia Kladovchtchikova. Quelques années après la naissance de leur fille, ils se sont mariés, mais pour la plupart, elle restait juste Dossia (diminutif familier de son prénom), pas l'égale d'un marchand millionnaire.

Quant au tableau lui-même, Portrait d'une choriste est considéré comme l'une des premières œuvres impressionnistes de Russie. Les experts de la Galerie Tretiakov ont récemment découvert son secret : l'auteur voulait être réputé comme un innovateur et a antidaté son œuvre de quelques années, l'accompagnant d'une note, qui indiquait qu'avant lui personne n'avait jamais peint dans ce style.

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Vincent van Gogh. La mer aux Saintes-Maries. 1888. Musée d'État des beaux-arts Pouchkine

L'audacieux Mikhaïl Morozov était impliqué dans diverses organisations, dont le Comité du Musée des Beaux-Arts, et avait de nombreux passe-temps. Il a été persuadé de renoncer à ses ambitions dans la peinture par l'artiste Sergueï Vinogradov, qui a ouvert d'autres horizons à son ami – des horizons de collectionneurs – et est devenu son conseiller, impliqué dans des affaires retentissantes et des acquisitions notoires. Morozov n’était pas passionné par la gestion de la manufacture Tverskaïa, mais en tant qu'actionnaire, il avait ainsi les moyens d'acquérir et d'entretenir un appartement à Paris. Morozov ne succombait pas toujours à l'achat d'œuvres qu'il considérait comme radicales, mais dans ces cas-là, Vinogradov avait une astuce particulière : il achetait (ou faisait semblant d'acheter) une pièce pour lui-même, puis il réussissait à convaincre Mikhaïl de la récupérer. Ainsi, au printemps 1901, Morozov est devenu le propriétaire de la marine de van Gogh et a été le premier à faire venir l'artiste en Russie.

Pierre-Auguste Renoir. Portrait de Jeanne Samary en pied. 1878. Musée d'État de l'Ermitage

En raison de sa mort précoce à l'âge de 33 ans, Mikhaïl Morozov n'a amassé sa collection que pendant cinq ans. Elle se compose d'œuvres d'artistes russes (il a été l'un des premiers acheteurs de Mikhaïl Vroubel) et français en nombre à peu près égal. Un chef-d'œuvre incontesté de sa collection est cette version d'apparat, en pied, du portrait de Jeanne Samary, comédienne du Théâtre français (aujourd'hui Comédie Française). Il convient de souligner qu'au Salon de 1879 Renoir n’est pas parvenu à le vendre et avant qu'il ne soit cédé pour 19 000 francs à Mikhaïl Morozov depuis la galerie Bernheim-Jeune, qui existait jusqu'à récemment, 23 années se sont écoulées. Un autre portrait de chambre du modèle préféré de l'artiste sur un fond rose aérien a été acquis par Ivan Morozov pour 25 000 francs auprès du marchand d’art Paul Durand-Ruel en 1904, un an après la mort de son frère.

Claude Monet. Boulevard des Capucines. 1873. Musée d'État des beaux-arts Pouchkine

En 1903, Mikhaïl se rend à Paris pour la dernière fois, tandis qu'Ivan y va pour la première fois. Occupé par la gestion de la manufacture, contrairement à son frère, il apparaît sur le marché de l'art parisien plus tard que lui et Sergueï Chtchoukine. Cependant, comme le dit le proverbe russe bien connu : Qui attèle longtemps, chevauche rapidement. Au début, il ne dépense pas beaucoup, mais il y prend vite goût et, en 1907, année de l'achat de ce tableau, il se déleste lors d’un voyage à Paris de plus de cent mille francs.

Ce chef-d'œuvre a été présenté lors de la première exposition impressionniste dans l'atelier du photographe Nadar. Il n'a pas été accepté et a subi la critique du public à l'époque, mais il est aujourd'hui considéré comme précurseur de l'impressionnisme – c'est à cette époque que le courant le plus important de l'art a reçu son nom. Ivan Morozov a toutefois rapidement cessé d'acheter des œuvres impressionnistes, à l'exception de celles de son cher Renoir.

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Henri Matisse. Triptyque marocain : La Fenêtre à Tanger, Zohra sur la terrasse, Porte de la Casbah. 1912. Musée d'État des beaux-arts Pouchkine

Ivan Morozov n'a collectionné des artistes étrangers que pendant 10 ans et l’on considère que sa collection souffre de nombreuses lacunes (qu'il a parfois essayé de combler), mais les impressionnistes et postimpressionnistes y sont représentés par d’éminents chefs-d'œuvre. Henri Matisse a compilé ce triptyque à partir de tableaux qu'il a peints lors d'un voyage en Afrique du Nord, spécialement pour Morozov.

Maurice Denis. Panneau du cycle L'Histoire de Psyché. 1908. Musée d'État de l'Ermitage

Comme on peut le voir dans l'histoire impliquant Matisse, Morozov n'a pas toujours acquis des œuvres d'art par l'intermédiaire de marchands. Par exemple, grâce à ses contacts étendus suite à sa participation à l'exposition russe de Diaghilev au Grand Palais de Paris, il s’est retrouvé dans l'hôtel particulier du baron Denys Cochin, rue de Babylone. Ses murs étaient décorés par Maurice Denis et le collectionneur russe a eu l'idée de commander à l'artiste populaire la peinture murale de son manoir moscovite sur la rue Pretchistenka (aujourd'hui occupé par l'Académie russe des arts). L'intrigue, basée sur l'histoire de Psyché, pour cinq imposants panneaux qui, par coïncidence, sont finalement devenus un cadeau de mariage pour Ivan Morozov et Evdokia Kladovchtchikova, a été suggérée par Denis lui-même. Il est venu à Moscou pour inspecter comment tout se présentait dans le Salon musical du collectionneur.

Paul Cézanne. Route devant la Montagne Sainte-Victoire. 1896-1898. Musée d'État de l'Ermitage

Cézanne peignait d'année en année le mont Sainte-Victoire, dans les environs d'Aix-en-Provence. Avec un autre paysage représentant ce sommet et l'exposition posthume de Cézanne en 1907, l'ère de l'artiste dans la collection d'Ivan a commencé. À en juger par le nombre d'œuvres (17) de différentes périodes, achetées au marchand Ambroise Vollard, il semble que Morozov ait inconsciemment voulu organiser une sorte de musée de Cézanne. Le collectionneur était cependant prêt à temporiser l’achat des œuvres de Cézanne, comme ce fut le cas, par exemple, de Paysage bleu, pour lequel une place sur le mur a été réservée à l’avance parmi les autres toiles de l’artiste.

Pablo Picasso. Acrobate à la boule. 1905. Musée des beaux-arts Pouchkine

L'un des succès modernes de la collection de Morozov, Acrobate à la boule, a été présenté à Paris très récemment, lors d'une exposition au musée d'Orsay. Le tableau est considéré comme étant une transition entre les périodes bleue et rose de Picasso et a été acheté par Leo et Gertrude Stein auprès de l'artiste lui-même. Le frère et la sœur l'ont conservé avec des œuvres de Cézanne, Renoir et Matisse dans leur atelier parisien, que les collectionneurs russes fréquentaient. Le sort des peintures a cependant été décidé au moment de leur séparation : Gertrude, qui avait besoin d'argent, a décidé de vendre trois des tableaux de Picasso, dont celui-ci, peint par l'artiste l'année de son installation à Paris.

Paul Gauguin. Eu haere ia oe. 1893. Musée d'État de l'Ermitage

Ivan Morozov a acquis cette toile lors d'un important achat de Gauguin chez Vollard, sa collection s'enrichissant alors de cinq tableaux supplémentaires du maître en plus des trois qu'il possédait déjà. Cette peinture, dont les spécialistes pensent qu'elle représente Eve, a une version antérieure et moins connue qui se trouve à la galerie d'État de Stuttgart.

Natalia Gontcharova. Verger en automne. 1909. Galerie Tretiakov

La collection d'Ivan Morozov comptait beaucoup plus de tableaux d'artistes russes que d'artistes français. On considère que le peintre manqué a acheté ses premiers tableaux immédiatement après avoir terminé ses études en Suisse. Il a acquis des œuvres de Levitan, Vrоubel, Kоustodiev, Grabar, Korovinе, Chagal (le premier Russe de sa collection) et d'autres artistes russes, pour lesquels le rez-de-chaussée de son manoir a été alloué, tandis que les Français tapissaient les murs du premier étage. À l'automne 1913, une grande exposition de 750 œuvres de Natalia Gontcharova a été présentée à Moscou. Morozov a alors jeté son dévolu sur deux de ses premières peintures, dont l'une s'est avérée être ce paysage étincelant.

Dans cet autre article, nous vous présentions sept peintures scandaleuses de la galerie Tretiakov.

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