Ce film soviétique sur le goulag encensé en Occident et passé inaperçu en Russie

Alexandre Mitta/Mosfilm, 1990
«Perdu en Sibérie» a reçu plusieurs prix prestigieux en Europe et aux États-Unis. En Russie, l’on n’avait tout simplement pas connaissance de son existence.

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Il y a exactement 30 ans, l'un des derniers films soviétiques – Perdu en Sibérie d'Alexandre Mitta – est sorti dans le monde entier. Il a révélé aux Occidentaux, qui ne connaissaient auparavant le goulag que par ouï-dire, comment le système notoirement répressif de l'Union soviétique fonctionnait réellement.

Sujet

Le film raconte l'histoire de l'archéologue britannique Andreï Miller (joué par Anthony Andrews), effectuant, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, des fouilles dans le Nord de l'Iran. Ayant pris Miller pour un espion américain, les services secrets soviétiques l’enlèvent et l’emmènent à Moscou. Bientôt, le citoyen britannique est envoyé dans un lointain camp sibérien.

Dans les conditions insupportables des baraques, les pires criminels vivent côte à côte avec les « ennemis du peuple » politiques, dont beaucoup sont là parce qu'ils ont été calomniés, se sont permis de prononcer un mot de trop ou, par exemple, ont osé tomber amoureux d'une Allemande.

Sous la menace constante de la mort et subissant un traitement brutal de la part des gardes, Miller lutte pour conserver son humanité et éviter de devenir un monstre au même titre que les voleurs et les meurtriers (ainsi que les gardes) qu'il a rencontrés derrière les barbelés.

Une histoire personnelle

Le réalisateur Alexandre Mitta est entré dans l'histoire du cinéma mondial en créant des chefs-d'œuvre tels que Mon ami Kolka, Le Maure de Pierre le Grand et L'Équipage. Perdu en Sibérie, basé sur les souvenirs de détenus des camps, est devenu pour lui une histoire personnelle.

« Ma famille a un lien direct avec ce thème, a en effet déclaré le réalisateur. Ma mère a été détenue dix ans à Magadan et dans la Kolyma, la partie masculine de la famille a été fusillée, seul mon père n'a effectivement pas été emprisonné. Bien qu'il ait été candidat à l'emprisonnement pendant de nombreuses années : il a fait un stage en Amérique, étudiant l'art du placage des métaux, et il aurait pu être emprisonné pour espionnage, comme c'était la coutume à l'époque ».

Sous les traits de la jeune fille Lilka, qui vit près du camp et s'occupe seule de son père gravement malade, Mitta a en outre représenté son épouse, Lilia Maïorova. À l'âge de dix ans, elle avait, il est vrai, dû devenir le principal pilier de sa famille lorsque, en vendant des tartes au marché, elle soutenait ses parents invalides.

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Oublié en Russie

Le thème du goulag et des répressions a commencé à pénétrer prudemment le cinéma soviétique à la fin de l'URSS. Par exemple, dans le film en plusieurs parties Une longue route dans les dunes (1980), qui a été populaire dans tout le pays, le spectateur a vu les colonies spéciales sibériennes où les Lettons exilés, tant ceux qui avaient été coupables de collaborer avec les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale que ceux qui avaient été injustement condamnés, coupaient du bois.    

Cependant, Perdu en Sibérie a été le premier (et, en fait, le dernier) film soviétique à montrer les horreurs du goulag avec la plus grande honnêteté. Néanmoins, en 1991, soit l’année de sa sortie, l'URSS s'est effondrée et le cinéma est alors devenu la dernière préoccupation de la population. Personne en Russie n'a par conséquent vu le film.

De son côté, l'Occident a montré un intérêt accru pour cette œuvre d’Alexandre Mitta. En Grande-Bretagne, il a reçu le prix du meilleur film en langue étrangère, tandis qu'aux États-Unis il a été nominé pour un Golden Globe (la première place est finalement revenue au film germano-polono-français Europa Europa).

« ”Perdu en Sibérie” ne répond peut-être pas aux critères d'attrait commercial de certains distributeurs de films américains, écrivait le Los Angeles Times en 1991. Mais ce qu’on ne peut lui nier, outre une histoire forte avec un acteur occidental convaincant dans le rôle principal, c'est son audace, son actualité et sa véracité. C'est une histoire sur la perte de la liberté et le vide désespéré de la vie sans cette liberté ».

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