Les histoires d'amour des grands écrivains russes

Getty Images, TASS, Global Look Press
Certains avaient besoin d'un verre pour trouver l'inspiration, d’autres d’un amour malheureux. Ou d’un amour heureux, ou tout simplement d’un nouvel amour...

La grandeur d’un écrivain est bien sûr définie par son héritage artistique et philosophique. Leur talent n'enlève cependant rien au fait que beaucoup d'entre eux étaient loin des normes morales, y compris sur le front de l'amour. Au contraire, leurs conflits amoureux servaient souvent de catalyseur au processus de création.

Alexandre Pouchkine

Alexander Pouchkine, Natalia Gontcharova

Commençons avec celui que les Russes considèrent comme le plus grand de tous. Lui-même s’était avec honnêteté qualifié de la sorte : « Aïe, Pouchkine. Aïe, quel enfoiré… ». Certes, ces mots étaient prononcés avec une grande fierté : il venait alors de terminer le drame Boris Godounov.

Auteur de nombreux poèmes de génie, d’œuvres en prose inoubliables et de drames bouleversants, Pouchkine était aussi un Don Juan invétéré. Peut-être que sa passion était due à son sang africain. L'arrière-grand-père du poète n'était autre que « Le Nègre de Pierre le Grand » (en référence au roman de Pouchkine paru en 1837, ndlr) - le premier Africain de l'Empire russe.

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Dès son plus jeune âge, Pouchkine a consacré des poèmes à de nombreuses dames, puis a composé une liste compilant ses 37 conquêtes. Cependant, Pouchkine ne s’est marié qu'une seule fois - à Natalia Gontcharova. L’infidélité présumée de cette dernière a provoqué un duel dans lequel le poète a perdu la vie...

Fiodor Dostoïevski

L-R : Fiodor Dostoïevski, Maria Dostoïevskaïa, Anna Snitkina, Appolinaria Souslova

Nerveux et complexé à l’extrême, Dostoïevski s’est beaucoup tourné vers les services de femmes de petite vertu. Il s’en voulait terriblement, avait peur des maladies, mais ne pouvait pas s'arrêter. « Je suis tellement dissolu que je ne peux plus mener une vie normale », a-t-il confessé dans une lettre à son frère.

La première épouse de Dostoïevski était Maria Issaïeva, qu'il avait rencontrée en Sibérie lors de son exil. Pour elle, c'était déjà le second mariage et avant les noces, elle se moquait sans retenue de l'écrivain amoureux : elle menaçait même d’épouser une personne plus riche. En fin de compte, elle a eu pitié du pauvre Fiodor et l’a épousé. Leur mariage a été court et causé beaucoup de peine à l'écrivain. Dostoïevski a écrit qu'ils s'aimaient énormément mais n'étaient pas heureux. En outre, il souffrait d'épilepsie. Maria est morte de la tuberculose à l'âge de 39 ans.

En 1862, Dostoïevski s’est rendu dans les stations balnéaires européennes pour se soigner, mais au lieu d’eau minérale et de bains de boue, il est devenu accro à la roulette. Il a passé la plupart du temps dans la société de la « femme infernale », la très émancipée Appolinaria Souslova. Leur relation était nerveuse et complexe, les caresses alternant avec les gifles. Mais comme vous le savez, Dostoïevski aimait souffrir. Leur histoire d’amour est reflétée dans le roman Le Joueur.

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La dernière épouse de l'écrivain était Anna Snitkina, qu'il avait embauchée comme sténographe quand il travaillait sur Le Joueur. En 1867, ils se sont mariés bien qu'Anna eût 25 ans de moins. Elle a donné quatre enfants à l’écrivain, qui se consumait sans répit de jalousie envers sa jeune épouse.

Maxime Gorki

L-R : Maxim Gorki, Ekaterina Pechkova, Maria Andreïeva, Moura Budberg

Le grand écrivain prolétarien n'a pas eu de chance : il n’avait pas beaucoup de succès avec les femmes. Dans sa jeunesse, il a même essayé de se tirer une balle dans la tête par solitude. Dans l'histoire autobiographique C’était en automne, Gorki raconte une première expérience de relation sexuelle, qui est peut-être la sienne : il l'a reçue avec une prostituée sous une barque renversée au bord d'une rivière.

Officiellement Gorki n’a eu qu’une épouse - Ekaterina Pechkova (elle portait le vrai nom de l'écrivain).

Pendant plus de 15 ans, Gorki a pourtant eu une relation avec l'actrice du Théâtre d'art de Moscou Maria Andreïeva. Pour lui, elle a quitté le mécène des arts et millionnaire Savva Morozov. Incidemment, ce dernier était un ami de Gorki, mais pour une raison quelconque, il n’a pas été offensé et a continué à soutenir financièrement Andreïeva.

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Gorki s'est rendu aux États-Unis avec l'actrice, mais un scandale a éclaté : la presse a appris qu'ils n'étaient pas officiellement mariés et que la véritable épouse de Gorki était restée en Russie. Les puritains Américains ont chassé le couple d’un hôtel, d'autres hôtels ayant également refusé de les accueillir.

Maria Budberg est une autre femme importante dans la vie l'écrivain. Selon certaines rumeurs, c’était un agent double des services de renseignement britanniques et du NKVD. Après Gorki, elle a longtemps entretenu une relation avec HG Wells, qu’elle avait rencontré dans la maison de Gorki.

Sergueï Essenine

L-R : Sergueï Essenine, Galina Benislavskaïa, Isadora Duncan, Zinaïda Reich

Le « poète-voyou » russe avait un grand cœur. Il tombait amoureux à chaque fois de tout son être et se désenchantait tout aussi rapidement. Encore jeune paysan, il se rendait de nuit dans la chambre de la noble propriétaire terrienne Lidia Kachina, qui habitait le manoir de son village. La première épouse d’Essenine est apparue quand il avait 18 ans et lui a donné un fils.

Trois ans plus tard, en 1917, il a épousé l’actrice Zinaïda Reich avec qui il a eu une fille et un fils. Mais Essenine l’a quittée peu après sa seconde grossesse. Ses enfants ont par la suite été adoptés par le deuxième mari de Reich, le metteur en scène de théâtre Vsevolod Meyerhold.

Après Reich, Essenine a vécu avec sa secrétaire littéraire, Galina Benislavskaïa. La nature de leur relation n'est pas tout à fait claire, mais il est certain que Galina a aimé Essenine toute sa vie - elle s'est suicidée sur la tombe du poète un an après sa mort.

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En 1921, Essenine a rencontré la danseuse américaine Isadora Duncan et l'épousée un an plus tard, alors qu'elle avait presque vingt ans de plus que lui, qu’elle ne connaissait pas le russe et qu'il ne parlait pas anglais. Avec elle, il a parcouru l'Europe et l'Amérique, mais il souffrait de la popularité de Duncan et d’être dans l’ombre d'une épouse célèbre. Le mariage a duré environ deux ans, et a été rempli de scandales et de passion.

En 1925, Essenine a épousé la petite-fille de Léon Tolstoï, Sofia. Cependant, leur mariage a duré moins d’un an et a été malheureux. Les partisans de la version du suicide concernant la mort d’Essenine considèrent la solitude comme l’une de ses raisons les plus probables.

(Fait intéressant, dans l’intervalle entre Isadora et Sofia, la traductrice et poétesse Nadejda Volpine a eu le temps de donner un fils à Essenine).

Anna Akhmatova

L-R : Anna Akhmatova, Nikolaï Pounine, Nikolaï Goumiliev, Amedeo Modigliani

La liste des histoires d’amour de la principale femme-poète russe aurait rendu envieux Essenine lui-même (d’ailleurs, il voulait vraiment la rencontrer et s'intéressait à elle en tant que femme, mais à cette époque, hélas, elle en aimait une autre).

Le premier mari d'Akhmatova était le poète Nikolaï Goumiliev. Tous deux étaient des poètes remarquables de l'Âge d'argent et évoluaient dans le même cercle. Ils ont eu un fils, Lev Goumiliev, qui deviendra plus tard un célèbre ethnographe.

Le couple a passé sa lune de miel en Europe, où Akhmatova est devenue une amie un peu trop proche de l'artiste Amadeo Modigliani. Elle a ensuite affirmé que seule l’amitié les liait, mais ils ont été proches pendant de nombreuses années et elle a même posé nue pour lui.

Les relations avec Goumiliev sont rapidement devenues presque libres. Anna tombait amoureuse, et avait des relations extra-conjugales. Beaucoup ont glosé à propos de la romance entre Akhmatova avec l’artiste Boris Anrep. Il n’y a aucune preuve de celle-ci, à l’exception des nombreux poèmes d’amour qu’Anna lui a dédiés. À son tour, Anrep l’a dépeinte sur la célèbre mosaïque située à l'entrée de la National Gallery de Londres.

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Après huit ans de mariage, en 1918, Akhmatova et Goumiliev ont finalement divorcé, bien qu'ils fussent en réalité séparés depuis longtemps, les divorces et les remariages ultérieurs n’étant devenus possibles qu'après la révolution russe. La même année, Anna a épousé un autre poète, Vladimir Chileïko. Mais au printemps de 1921, ils se sont séparés et, à l'été 1921, Nikolaï Goumiliev a été fusillé au motif qu'il était soupçonné de terreur antibolchevique.

En 1922, Anna est devenue la compagne du critique Nikolaï Pounine, alors qu'elle n’a officiellement divorcé qu'en 1926. Akhmatova a ensuite rompu avec Pounine, mais c'était son union la plus longue et la plus forte.

Le pathologiste Vladimir Garchine la courtisait déjà depuis 1939, mais leurs relations ont été entravées par la guerre, le blocus de Leningrad et l’évacuation ultérieure. Après son retour d’évacuation, Anna a rompu toute relation avec Garchine.

Marina Tsvetaïeva

L-R : Marina Tsvetaïeva, Sofia Parnok, Sergueï Efron, Boris Pasternak

Marina a rencontré son mari Sergueï Efron au domicile du poète Maximilian Volochine en Crimée. C’était une sorte de centre de gravité pour personnes créatives et, pendant la guerre civile, c’était aussi un lieu de refuge. Marina et Sergueï se sont mariés en 1912. Ils ont eu une fille, Ariadna.

En 1914, Tsvetaïeva a quitté son mari et a été « amie proche » pendant deux ans avec la traductrice Sofia Parnok. Leur relation amoureuse ressemblait à une obsession. Tsvetaïeva est finalement revenue avec son mari et a décrit l'amour du même sexe « excluant le contraire » comme quelque chose d’ennuyeux.

Tsvetaïeva a eu une romance éphémère avec un autre génie de l'Âge d'argent, le poète Ossip Mandelstam. Cette relation n’a toutefois pas laissé une forte empreinte sur leur vie. Cependant, les visites du Pétersbourgeois Mandelstam à Moscou chez Marina se reflétèrent dans des vers assez célèbres de ces deux auteurs.

Le mari de Tsvetaïeva, Efron, a activement participé à la guerre civile (du côté des Blancs) : en 1920, leur deuxième fille, Irina, a décédé à l'âge de trois ans dans un refuge. Marina l’y avait laissée en pensant qu’on s’y occuperait d'elle, mais la petite fille était en réalité affamée.

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Tsvetaïeva s’est ensuite rendue à Prague où elle a eu une liaison avec un ami proche d’Efron, Konstantin Rodzevich. Cependant, il en a épousé bientôt une autre et la relation a pris fin.

En 1926 commence le roman épistolaire le plus insolite de la littérature russe : la triple correspondance de Boris Pasternak, Marina Tsvetaïeva et du poète autrichien Rainer Maria Rilke. Rilke meurt la même année et Tsvetaïeva continuera de correspondre avec Pasternak. Elle n’a toutefois rencontré l'auteur du Docteur Jivago qu’une seule fois et ce dernier n’a aucunement été impressionné par Tsvetaïeva.

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