Un Italien au Bolchoï: «C’est au-delà de ce dont je rêvais»

Vladimir Vyatkin//Sputnik
Jacopo Tissi est devenu le premier Italien à rejoindre le Ballet du Bolchoï. Ce grand brun au saut impressionnant élargit rapidement son répertoire - il inclut déjà les rôles principaux des ballets le Lac du Cygne, la Bayadère, Casse-Noisette, Raymonda, et des ballets de Balanchine, Kylián et Ratmansky. En deux ans, Tissi a atteint le titre de soliste principal - la dernière étape de la hiérarchie du ballet avant le plus haut rang de Premier danseur.

Anna Galaïda : Les Italiens ont coutume d’être représentés en partisans de la dolce vita et du farniente. Cependant, vous avez quitté votre pays d'origine, votre théâtre, vos parents et êtes allé à Moscou pour conquérir le théâtre Bolchoï, où il n'y avait jamais eu d'Italien avant vous. Qu'est-ce qui a conduit à cette décision?

Jacopo Tissi

Jacopo Tissi : Le monde du théâtre Bolchoï est tout à fait passionnant pour moi.

Vous souvenez-vous du moment où vous avez décidé de lier votre vie au ballet?

Quand j'étais petit, à 5-6 ans, j’ai vu une émission de télévision sur le ballet et j'étais tellement ravi, j’ai crié : « Maman, papa, je veux faire ça ! ». Ma mère travaillait dans un magasin, papa est un gérant d’agence médicale, nous étions trois enfants. Ils ne connaissaient pas grand-chose au ballet - personne d’entre nous n’était lié à l’art. Au début, j’en ai fait de manière non professionnelle, juste pour m'amuser. Mais ensuite, je suis entré à l’académie de ballet de La Scala de Milan et tout est devenu sérieux. À un moment donné, il s'est avéré que ma vie était inséparable du ballet. Et ma famille a fait tout ce chemin avec moi.

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Pourquoi, après l'académie, n’êtes-vous pas entré à La Scala, mais dans le ballet du Staatsopers de Vienne?

C’est bien quand après l'académie, ton parcours théâtral commence dans ton propre théâtre. Mais il faut voir à quel point cette option est adaptée à vous. J'ai été invité à La Scala, mais j'avais 18 ans et je n'avais vu que Milan dans ma vie. Par conséquent, je voulais un peu de changement. Pour moi, cette année à Vienne a été fructueuse - le début de la vie théâtrale, tout de suite des rôles solo. Mais en même temps, j'ai réalisé que je devais retourner à La Scala, avec Makhar Khassanovitch Vaziev [le directeur artistique du Ballet du Bolchoï, à la tête du ballet de La Scala en 2009-2016] pour répéter avec lui. Je suis revenu, j'ai fait une très bonne saison. Mais ensuite, nous avons appris que Makhar Khassanovitch se rendait au Bolchoï... J'ai beaucoup réfléchi à la suite à donner et j'ai décidé que je voulais vraiment continuer à travailler avec lui. Ce n'était probablement pas facile pour lui de m'emmener ici. Mais soudain, tout s’est enchaîné très vite et je me suis retrouvé à Moscou.

Avant votre déménagement, aviez-vous déjà été à Moscou, au Bolchoï?

Nous étions venus pour l'anniversaire de l'Académie de chorégraphie de Moscou avec l'Académie de La Scala et avions dansé au Kremlin. La première fois que j'ai assisté à un spectacle au théâtre Bolchoï, je m’étais déjà installé, mais je ne travaillais pas encore. J’ai vu la Bayadère. Après cela, j’ai commencé à aller voir tous les spectacles possibles.

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Moscou a-t-elle justifié vos attentes? Était-il difficile de s'adapter à la vie et aux méthodes de travail russes dans un théâtre russe?

J'ai eu la chance de bénéficier du soutien constant de toute ma famille. Mes parents ont compris qu’il s’agissait d’une occasion unique de travailler au théâtre Bolchoï et de faire partie de sa troupe. Je suis très heureux de ne pas avoir eu peur et d’avoir franchi le pas. Pendant deux ans, j'ai vu, appris, dansé beaucoup plus que si j'étais resté à la maison. C'est au-delà de ce dont je rêvais.

Mais la charge est probablement supérieure?

Bien sûr, lorsque j’ai vu le programme de travail de la troupe pour la première fois - combien de temps durent les répétitions, combien de personnes y participent, combien de salles de répétition, j’étais sous le choc. Le théâtre Bolchoï est une énorme machine. Par conséquent, j'ai dû m'adapter à d'autres échelles. Oui c'est dur. Mais surtout, c'était intéressant. Quand vous voyez que vous grandissez, vous comprenez que ça en vaut la peine.

Vous parlez bien le russe. L’avez-vous appris spécialement pour le travail?

Oui, j'ai commencé à la maison quand j'ai décidé de déménager, mais juste un peu: quelques mots isolés, alphabet, grammaire. Mais en Russie, sans la langue russe c’est impossible, et ici, j'ai immédiatement commencé à l'apprendre activement. Au tout début, je parlais anglais, mais j’ai essayé immédiatement de passer au russe. Au début, j'ai commencé à comprendre ce qui se passait dans la salle de répétition, puis j’ai de plus en plus progressé. Mes professeurs et partenaires ont essayé de m'aider.

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Vous dansez beaucoup, pas seulement à Moscou, mais aussi en province et dans les villes de l'ex-URSS. Lequel de ces voyages a été le plus mémorable?

Pour moi, les tournées personnelles sont très intéressantes, car cette expérience aide à mieux danser dans mon théâtre. Et ce sont de nouvelles personnes, de nouvelles villes et des endroits inconnus pour moi. Bien sûr, il n'y a pas assez de temps pour tout voir. Mais je me souviens d’Ekaterinbourg, de la Croatie, et en particulier d’un voyage en Géorgie - à Tbilissi et à Batoumi. Les gens sont très ouverts et sympathiques. Dans les restaurants, ils chantent, interprètent des danses folkloriques. La cuisine géorgienne est très savoureuse.

Quels sont vos endroits préférés à Moscou?

Les étangs du Patriarche. Là tout est soigné, beau, il y a de bons restaurants. Surtout en été, c'est super. En général, le centre est vivant, actif, énergique. Je voudrais voir plus la campagne, là où il y a de la verdure - je n’ai presque rien vu.

Le Bolchoï n'est pas en effet pas le seul théâtre de ballet et d’opéra digne d’intérêt en Russie. Russia Beyond vous présente dans cet autre article ceux qui valent également particulièrement le détour.

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