Que pensent de la Russie les collaborateurs de Donald Trump?

17 novembre 2016 Oleg Egorov
Donald Trump a la réputation d’être un partisan de l’amélioration des relations avec la Russie. Cependant, parmi les gens pressentis pour intégrer son administration, on trouve des gens aux conceptions diamétralement opposées.

Donald Trump et Mike Pence. Crédit : APDonald Trump et Mike Pence. Crédit : AP

À plusieurs reprises, le président élu des États-Unis s’est fendu de déclarations pro-russes. Donald Trump a en effet considéré que Vladimir Poutine était un dirigeant fort. Il a aussi déclaré que les États-Unis et la Russie devraient combattre l’État islamique (EI, interdit en Russie) ensemble, affirmé qu’il envisagerait de lever les sanctions qui visaient la Russie et de reconnaître l’annexion de la Crimée. Mais les membres de son entourage ne partagent pas tous la rhétorique de leur chef, loin de là. On trouve parmi eux des critiques intransigeants à l’égard de Moscou.

Le « mauvais flic » contre Poutine

Il y aura au moins une personne critique envers la politique russe au sein de la future administration Trump : le vice-président élu Mike Pence. Le 4 octobre dernier, durant le débat des candidats à la vice-présidence contre le démocrate Tim Kaine, le républicain avait surpris son monde en jugeant la Russie bien plus sévèrement que son co-listier dans la course à la Maison Blanche.

Sur le problème syrien, Mike Pence avait déclaré : « Il faut répondre aux provocations russes par la force américaine », envisageant même des frappes contre les troupes russes soutenant Bachar el-Assad. Des propos qui contrastent fortement avec ceux de Donald Trump qui envisageait lui, durant la campagne, une possible alliance avec la Russie contre l’EI. Durant le même débat, Mike Pence avait traité Vladimir Poutine de « petit leader agressif » et souligné que la seule raison des succès de Moscou sur la scène internationale était la faiblesse d’Obama.

Leonid Bershidski, observateur de Bloomberg, suppose que les différences de rhétorique entre Donald Trump et Mike Pence peuvent soit provenir d’un jeu du « bon et du mauvais flics », alternant louanges et critiques à l’égard du président russe, soit de véritables divergences. « Cela pourrait aussi signifier qu’une administration Trump serait secouée de débats internes sur les limites de la coopération avec Poutine », écrivait-il au mois d’octobre.

Un futur secrétaire d’État en faveur de l’endiguement ?

Le technicien politique Evgueny Minchenko, président de la holding de communication Minchenko Consulting, a fait remarquer dans une interview à RBTH qu’en plus de vice-président élu, d’autres hommes politiques, partisans de Donald Trump, étaient en faveur d’un nouvel endiguement de la Russie. L’homme que les médias américains pressentent pour le poste de secrétaire d’Etat en fait partie.

Newt Gingrich. Crédit : APNewt Gingrich. Crédit : AP

Newt Gingrich, vétéran du parti républicain, à qui NBC promet le poste de chef de la diplomatie, avait affirmé en avril 2014, que la Russie agresserait probablement des pays où, comme en Crimée, vivent des minorités russes et qu’il était indispensable de contenir cette menace. Il est également en faveur de livraisons d’armes à l’Ukraine pour assurer la sécurité de l’Europe.

Le camp « prorusse »

Michael Flynn. Crédit : APMichael Flynn. Crédit : AP

D’un autre côté, selon Evgueni Minchenko, certains membres de l’équipe de Donald Trump sont en faveur d’une coopération avec la Russie et l’affichent aussi ouvertement que leur champion. Il s’agit en premier lieu de Michael Flynn, ancien directeur de la Defence Intelligence Agency (DIA), les renseignements militaires américains, candidat au poste de conseiller à la sécurité nationale. Ce lieutenant-général en retraite de l’armée américaine considère Moscou comme un acteur important du Proche-Orient, capable d’exercer une influence sur l’Iran.

L’ex-espion est persuadé que Moscou et Washington auraient intérêt à cesser de gonfler leurs muscles pour coopérer réellement au Proche-Orient. « Ce jeu du plus fort entre les Etats-Unis et la Russie ne mènera à rien, sinon à plus de conflits », avait-il déclaré sur la chaîne de télévision russe RT en décembre 2015.

Jeff Sessions. Crédit : ReutersJeff Sessions. Crédit : Reuters

Au nombre des partisans d’un apaisement des relations avec la Russie, Evgueni Minchenko cite aussi le nom de Jeff Sessions, candidat potentiel au poste de ministre de la Défense, selon le site internet Politico. Durant la campagne électorale Jeff Sessions avait soutenu les déclarations de Trump sur le dialogue avec la Russie : « Nous devons trouver un moyen d’arrêter ce cycle d’hostilité qui met ce pays en danger et nous coûte des milliards de dollars ».

Le problème vient plus du Parlement que de l’administration

Richard Weitz, directeur de Centre d’analyse politico-militaire du Hudson Institute, constate que malgré les divergences de vues qui existent au sein de l’équipe Trump, le point de vue décisif sera celui du président.

« Je crois que le président élu Trump veut sincèrement améliorer les relations avec la Russie et qu’il prévoit des changements politiques pour atteindre cet objectif, a confié Richard Weitz à RBTH. Certaines personnes envisagées à des postes supérieurs ont exprimé des points de vue différents de celui de Trump, y compris au sujet de la Russie. Mais finalement, ils mettront en œuvre les politiques décidées par la Maison Blanche », a-t-il poursuivi.

Evgueni Minchenko considère pour sa part que l’opposition principale à la restauration des relations avec la Russie viendra du Congrès, où le camp des « faucons » républicains, traditionnellement opposé à la Russie, domine. Pour changer le cours des relations entre Washington et Moscou, Donald Trump devra d’une façon ou d’une autre trouver un compromis avec son propre parti.

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