Les explorations russes d’Erwann: Olkhon, ce caillou jeté dans les eaux du Baïkal

Erwann Pensec
Fantasme ultime des touristes en Russie, le lac Baïkal impressionne par son immensité, celle d’une étendue d’eau s’étalant sur 640 kilomètres de long et 80 de large, à juste titre qualifiée de «mer sacrée» par les chamans vivant sur ses rives. Aujourd’hui, accostons sur la tout aussi légendaire et surprenante île d’Olkhon, à quelques encablures de ses côtes.
Le Baïkal, « Perle de Sibérie », laisse pantois ses visiteurs de par ses dimensions. Pourtant, bien qu’étant l’un des lacs les plus anciens du globe, il ne cesse de s’étendre. À raison de deux centimètres par an, il devrait d’ici plusieurs millions d’années s’unir aux mers Jaune et d’Okhotsk.

Entre ses rivages s’éloignant toujours plus, se dresse un rocher, semble-t-il immuable, mais lui aussi imposant, puisque d’une superficie de 730km². Ce n’est autre que l’île d’Olkhon, terre mystique prisée tant par les touristes en mal de nature que par les voyageurs en quête de spiritualité.

Tandis qu’en hiver il est possible de la rejoindre à pied, au gré des épaisses glaces retenant le lac prisonnier, en été, la traversée est assurée en barge, avant tout depuis les quais de Listvianka et Sakhiourta.
Ensuite, pour rejoindre Khoujir, principal village d'Olkhon, où logent généralement les gens de passage, il vous faudra, à bord d’une navette, affronter une heure de pistes de terre hautement cahoteuses. Sur l’île en effet, point de bitume. Accrochez-vous bien, ça remue !
Cette virée mouvementée vous offrira toutefois l’occasion de contempler les spectaculaires paysages environnants, entre falaises escarpées, plages de sable fin et collines couvertes de steppes ou de pins.
Khoujir se présente enfin sous sa forme la plus chaotique : des centaines de bâtisses de bois de toutes les formes, de toutes les couleurs, construites dans le désordre le plus total autour d’une vaste place sableuse paraissant tout droit issue d’un western.
L’on comprend vite que le tourisme est ici crucial, de par l’abondance de propositions d’hébergement : de bases de repos (terrains où se situent plusieurs édifices comprenant des chambres à louer) à des lits chez l’habitant, en passant par des yourtes et autres originaux hébergements.
Les offres de loisirs et d’excursions y sont également légion : virée en scooter des mers, plongée, observation des phoques, … vous y trouverez même un club de méditation et un tatoueur.
En réalité, Khoujir est tel un microcosme à part entière, les sourires sur le visage des vacanciers, constituant la majeure partie des personnes que l’on y croise, donnant au village des airs de havre du bonheur. Sensation que ne fait qu'accentuer le Soleil éclatant à ma venue.
Peut-être est-ce là un enchantement des chamans, dont les croyances imprègnent l’île, comme en témoignent les arbres et autres monuments enveloppés de rubans colorés ?

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D’ailleurs, près de Khoujir se dresse le fameux rocher Chamane, aussi appelé cap Bourkhan, du nom de la principale divinité du lac selon les bouddhistes bouriates, dont la foi est ultérieurement venue concurrencer le chamanisme.
Cette grandiose formation rocheuse est considérée comme l’un des neufs lieux sacrés d’Asie, aux côtés de la cité d’Angkor, du monastère Shaolin ou du mont Kailash tibétain. Ainsi, si sa grotte était initialement le théâtre de sacrifices, c’est un autel à Bouddha qu’elle a par la suite accueilli.
Ce rocher dominant l’étendue bleutée du Baïkal est en outre idéal pour admirer le coucher du soleil, que, durant mon séjour, célèbre un individu d’origine sud-américaine en baskets, affublé de quelques accessoires « chamaniques » et faisant le show devant des touristes chinois aveuglément extasiés.
Si Olkhon subjugue les visiteurs par son littoral, ses terres intérieures ne cèdent cependant aucunement en termes de beauté. Au gré des sentiers couverts d’épines de pin, au rythme des martèlements laborieux des piverts, s’ouvriront ainsi à vous d’immenses steppes au relief ondulant.
Y paissent des bovins épris de liberté, survolés par d’impassibles rapaces plongeant de temps à autre à la vue d’une proie se faufilant dans cette rase végétation.
Parcourir cette immensité couleur d’or sous un Soleil de plomb s'avère pour moi telle une traversée du désert. Aussi, après avoir gravi l’un de ces sommets chauves, me récompensant d’un époustouflant panorama, je me décide à regagner le rivage pour me rafraichir dans les eaux cristallines du Baïkal.
Alors que des enfants s’exclament au loin, plongeant depuis un embarcadère, c’est avec tout autant de ravissement que je m’aventure dans ce lac d’une transparence inouïe. Moment de délectation dans un cadre on ne peut plus exceptionnel, qu’il m’aurait plu de prolonger.
Néanmoins, tout comme ces écoliers insulaires ayant revêtu leurs plus beaux uniformes, premier jour d’année scolaire oblige, je dois moi aussi mettre un terme à mon aquatique oisiveté, mon départ se faisant imminent.
Après un dernier repas dans une gargote, dont le comptoir est garni de quelques omouls séchés, poisson endémique du lac, me revoici donc voguant sur cette barge qui me ramène, accompagné par de criardes mouettes, loin de cet îlot, envoutant à bien des égards.

Dans cet autre article, découvrez l'autre visage du Baïkal, qu'il arbore en hiver, en otage des glaces.

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