Une fenêtre de plus sur le pays des tsars: la Société russe de géographie ouvre une branche à Paris

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Une antenne de la Société russe de géographie a été inaugurée en ce début d’année académique à la Maison russe des sciences et de la culture à Paris.

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Comptant parmi les plus anciennes au monde, la Société russe de géographie a été fondée par ordre de l'empereur Nicolas Ier en 1845. Le célèbre géographe, voyageur et homme d'État Piotr Semionov‑Tian‑Chanski (1827 – 1914) a alors décrit ainsi l'essence de cette institution : « Libre et ouverte à tous ceux qui sont imprégnés d'amour pour leur terre natale et d'une foi profonde et inébranlable en l’avenir de l'État et du peuple russe ». La tâche principale de la nouvelle organisation était de rassembler et de diriger les meilleures jeunes forces de Russie à une étude approfondie de leur pays. Au fil des années, elle a été dirigée par des représentants de la Maison impériale des Romanov, des voyageurs célèbres, des chercheurs et des hommes d'État.

Piotr Semionov‑Tian‑Chanski

La Société russe de géographie (SRG) a apporté une contribution majeure à l'étude de la Russie européenne, de l'Oural, de la Sibérie, de l'Extrême-Orient, de l'Asie centrale, du Caucase, de l'Iran, de l'Inde, de la Nouvelle-Guinée, des contrées polaires et d'autres territoires.

Bibliothèque de la Société impériale géographique, 1916

À l'époque soviétique, la Société s'est concentrée sur les études régionales ainsi que sur les grandes généralisations théoriques. À partir de 1938, elle a développé de nouveaux domaines d'activité liés à la promotion des connaissances géographiques, une grande salle de conférences s'est ouverte au public et a attiré des foules. Dès 1956, la SRG est devenue membre de l'Union Géographique Internationale.

Des participants à l'une des expéditions soviétiques organisées avec le soutien de la Société russe de géographie

À l’assaut de nouveaux publics

Le Centre de la Société russe de géographie en France (CSRGF), inauguré à Paris le 6 septembre, vise à populariser la science de la géographie auprès du grand public, mener des actions de vulgarisation scientifique en histoire, biologie et d'autres sciences. Son équipe aspire à faire connaître les projets et découvertes des scientifiques et explorateurs russes, ainsi qu’à donner l’accès aux connaissances, accumulées par la SRG durant ses plus de 170 ans d’existence.

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Le but – ouvrir une nouvelle fenêtre sur la Russie, sa géographie et sa diversité, son patrimoine culturel et naturel. C’est également un appui supplémentaire pour faciliter des échanges des étudiants, écoliers et spécialistes, organiser les missions et expéditions communes.

Konstantin Volkov, Francine Cousteau, Alexey Meshkov, Vladimir Kolossov, Daria Loyola, Eléna Rémizova, Kirill Semionov-Tian-Shanski

Comme l’a rappelé Vladimir Kolossov, vice-président de la Société russe de géographie et premier vice-président de l’Union géographique internationale, la SRG possède déjà des partenariats de longue date avec des géographes français et la représentation parisienne emploiera des efforts pour enrichir la collaboration académique et élargir les échanges avec la Société française de la géographie, qui fête en 2021 son bicentenaire.

Un brise-glace russe de retour au port maritime de Severomorsk d'une expédition d'exploration des archipels de l'Arctique organisée par la Société russe de géographie et la Flotte du Nord de la Russie

Vladimir Kolossov, membre étranger de la Société française de la géographie, dont la carrière académique est étroitement associée à la communauté des géographes français, a rappelé dans son intervention, que la géographie est une des plus anciennes disciplines du monde, mais que son importance ne cesse d’augmenter. Intégrant les dimensions humaines et physiques, elle est mieux adaptée que d’autres disciplines aux études de l’interconnexion entre la société et l’environnement. La géographie joue un rôle primordial dans la recherche des moyens d’accoutumer la société aux changements climatiques et de préserver la diversité biologique et culturelle. C’est une science incontournable, selon l’académicien, pour améliorer la qualité de vie et contribuer à la justice sociale. Elle s’appuie sur les technologies les plus avancées d’analyse et de synthèse de grand nombre de données très variées.

Des chercheurs posent pour une photo à la station Vostok en Antarctique

À titre d'exemple, il a rappelé au correspondant de Russia Beyond un projet franco-russe à grande échelle, avec la participation de glaciologues de Grenoble et de l'Institut russe de géographie, de forage d’un puits en Antarctique. Dans des conditions extrêmement difficiles, un puits a été foré à une profondeur de plus de 4 000 mètres. Le travail a duré plusieurs années et son objectif a été d'atteindre un lac se trouvant sous la glace, d'où ont été prélevés des échantillons d'eau, vieux de plusieurs centaines de milliers d'années. Au cours des travaux, des échantillons de glace contenant des bulles d'air ont été extraits à différentes profondeurs, ce qui a permis d'établir la composition gazeuse de l'atmosphère il y a des millions d'années. Ces recherches, à première vue purement scientifiques, ont permis de réaliser des prédictions sur ce qui arrivera à l’atmosphère terrestre, si le réchauffement climatique se poursuit.

Le processus de forage d'un puits près du lac Vostok, auquel des scientifiques français ont également participé

Un autre projet, réalisé par la SRG avec des collègues allemands, a été consacré aux oiseaux migrateurs. Les itinéraires de ces petites créatures, qui parcourent des dizaines de milliers de kilomètres et traversent la ligne de l'équateur deux fois par an, sont longtemps restés inconnus. Pour suivre leurs traces, de minuscules émetteurs radio ont été fabriqués et placés sur des spécimens. Les signaux, captés toutes les 15-30 minutes par la Station spatiale internationale, ont permis de tracer les trajectoires de ces voyageurs à plumes.

Vladimir Kolossov a enfin évoqué la possible relance du projet, entamé pendant les années de la guerre froide, d’étude comparative des deux grandes chaînes de montagnes que sont les Alpes et le Caucase, de leur exploitation actuelle et leur potentiel touristique, agricole et industriel.

Les perspectives

L’antenne parisienne qui représente la Société russe de géographie entend développer parmi d’autres des projets liés à l'archéologie. Darya Loyola, directrice du CSRGF, a présenté les plans pour un avenir proche, parmi lesquels l’organisation de la participation des étudiants russes et français aux fouilles à proximité de la commune de Courcy (Marne, région Grand Est), où environ 1 000 soldats russes ont disparu pendant la première guerre mondiale.

Darya Loyola

D'autre part, l’organisation de voyages de chercheurs et d'étudiants français dans différentes régions de Russie sur les sites de fouilles archéologiques sont également à l’étude, notamment, dans la République de Touva, qui attire les archéologues du monde entier.

En ce qui concerne les projets qui touchent le plus large public, les divisions régionales de la SGR travaillent en ce moment à la mise en place d’itinéraires touristiques hors commun sur les traces de célèbres expéditions : des circuits piétons, des trajets équestres, des voyages navals. À la fois produit des expertises des géographes et des acteurs du tourisme, enrichi d’une application mobile multilingue donnant accès à des cartes géographiques interactives, ce projet vise à toucher des passionnés de voyages hors des sentiers battus et des aventuriers de tous genres.

À peine inauguré, le CSRGF reçoit déjà des suggestions. Ainsi, un des intervenants, Kirill Semionov-Tian-Chanski, historien d’art, fils de géologue paléontologiste et descendant direct du célèbre géographe et voyageur russe Piotr Semionov-Tian-Chanski, a formulé le vœux que la représentation de la SGR en France accorde son attention aux lieux oubliés d’une « certaine géographie officielle » et tout particulièrement à la géographie de l’immigration russe en France et en Europe occidentale. « Nous avons une quantité de trésors à nos pieds ou non loin de nous, qui ne sont pratiquement pas étudiés, qui sont laissés à l’abandon et qui sont, pour partie d’entre eux, en cours de destruction », a souligné le chercheur.

Photos tirées de la série

De son côté, l’ambassadeur de la Fédération de Russie en France Alexey Meshkov a exprimé l'espoir que l'ouverture du centre attire l'attention des Français sur la géographie et l'histoire de la Russie, et s’est dit convaincu que la coopération entre les écoles russes et françaises dotées d'une riche expérience et d'un grand potentiel scientifique produira des résultats positifs tant pour les deux pays que pour la science de la géographie en général.

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