Les Itelmènes, peuple en voie de disparition ?

Ensemble folklorique itelmène.

Ensemble folklorique itelmène.

Alexander Piraguis / RIA Nocosti
Majoritaires sur la péninsule du Kamtchatka à l'arrivée des Russes au XVIIe siècle, les Itelmènes sont aujourd'hui à peine plus de 1 000 dans la région. Leur identité, malgré une russification intense à travers les siècles, reste pourtant bien vivante.

« Si vous demandez à un Itelmène à quel peuple il appartient, il répondra qu'il est Itelmène avant d'être Russe », affirme David Koester, anthropologue à l'Université de l'Alaska de Fairbanks et spécialiste de ce peuple originaire de la péninsule du Kamtchatka depuis sa première expédition en 1991.

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Aujourd'hui pourtant, le quotidien des représentants de cette ethnie est ancré dans le rythme de la vie russe. A Kovran par exemple, petit village itelmène de l'ouest du Kamtchatka, entre 30 et 40% des travailleurs sont des fonctionnaires travaillant à l'école, la clinique ou encore la poste de la commune.

Les autres organisent leur journée autour de la pêche au saumon, qu'ils revendent ensuite à des entreprises locales. « Ils se lèvent, prennent leur petit-déjeuner et vont travailler… La seule véritable différence avec le mode de vie russe est que les maisons n'ont pas d'eau et encore peu d'électricité donc, pour préparer à manger, il faut d'abord faire le feu », souligne David Koester.

De l'extérieur, par contre, rien ne distingue un village itelmène d'un autre.

Une région russe

Les représentants de ce groupe ethnique, si l'on consulte les écrits de l'ethnographe allemand Georg Wilhelm Steller membre de la Seconde Grande expédition du Nord, au XVIIIe siècle, adhéraient alors à une religion polythéiste où les dieux vivaient sous forme d'esprits dans les éléments naturels : selon la croyance ancienne les nombreux volcans du Kamtchatka, par exemple, étaient habités par l'esprit des gamuli (ou « petites âmes »).

Des Itelmènes du Kamtchatka. / Getty ImagesDes Itelmènes du Kamtchatka. / Getty Images

Là encore, très tôt après le début de la conquête de leur territoire par les Russes en 1697, les 20 000 Itelmènes qui peuplaient la région ont dû s'adapter aux normes de la puissance dominante : dans les années 1740 a commencé une grande vague de conversions forcées à l'orthodoxie russe.

« Aujourd'hui tout le monde ou presque se dit orthodoxe et beaucoup sont ceux qui se rendent sincèrement à l'église régulièrement, souligne David Koester, qui a notamment publié des travaux de recherche sur les cultes itelmènes. Très rares sont ceux qui, tout en se disant orthodoxes, acceptent aussi les vieilles croyances ».

Même chose pour la musique : si les premiers ethnographes avaient bien tenté de relever certaines mélodies caractéristiques des chants itelmènes, ils n'en ont pas retranscrit l'harmonie et aujourd'hui « pour une oreille non aguerrie il est difficile de différencier ce qu'il y a d'itelmène dans un chant traditionnel, cela relève plus de l'interprétation – et éventuellement de certains sons d'animaux reproduits par la bouche », note le chercheur.

Musique et danse : des repères identitaires

Le chant, pour les Itelmènes des siècles passés, était l'occasion de raconter les événements de la journée. On chantait la pêche, la chasse… C'est toujours le cas aujourd'hui. Seule différence : l'apparition d'une scène pour les représentations.

La danse, plus que la musique, est aujourd'hui l'un des principaux vecteurs culturels par lequel s'exprime l'identité ancestrale des Itelmènes, qui peuplent la région depuis plus de 10 000 ans.

« La reproduction de la nature est l'un des critères esthétiques principaux : la danse représente les animaux de la forêt, les éléments, l'environnement », résume David Koester. La maison de la culture de Kovran accueille chaque jour des répétitions rassemblant des dizaines de danseurs et les troupes du village partent en tournée dans le monde entier. La danse est d'ailleurs une source de revenus non négligeable pour les villages itlemènes aujourd'hui.

La langue, dernier héritage

Même si l'identité itelmène reste très forte et se transmet de génération en génération, elle est de moins en moins liée à la vie au village. L'exode des jeunes est très important, qui vont chercher des opportunités professionnelles en accord avec leur éducation en ville.

Ainsi, l'un des derniers bastions de cette culture est la langue : « Elle documente l'héritage humain d'un peuple et nous essayons aujourd'hui de constituer un dictionnaire d'itelmène tant qu'il reste encore des gens qui le parlent », explique David Koester. Dans les années 1990, on comptait encore 120 locuteurs de cette langue – ils ne sont plus que 40.

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