Qui aidera les femmes brisées par la vie ?

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La Russie compte des dizaines de centres de crise qui aident les femmes abandonnées par leurs proches, en difficulté ou sans protection. Certaines n’ont plus de foyer, d’autres redoutent un mari alcoolique qui les bat.

La petite pièce accueille trois femmes et quatre enfants. Le photographe qui veut allumer son appareil est tout de suite interrompu par une brune un peu rondelette qui le supplie de ne pas filmer. « Je me cache de mon mari », dit-elle en parlant très vite. Certaines sont arrivées dans ce centre parce qu’elles ont fui leur famille, d’autres parce qu’elles ont tout perdu dans un incendie, quelques-unes sont incapables de nourrir leur enfant après avoir subi une intervention chirurgicale.

L’aide est octroyée non sans contreparties

Ces centres sont le dernier recours pour les femmes qui n’ont plus nulle part où s’adresser, lorsque plus personne ne veut les aider. Elles y trouvent un logement provisoire, ainsi qu’une aide financière, juridique et psychologique adaptée à chacune d’entre elles.

Leurs problèmes sont très différents. Certaines femmes n’y passent qu’une semaine tandis que d’autres y séjournent plusieurs mois. « Nous abritons actuellement une jeune femme avec un enfant, le temps de collecter l’argent pour un billet à destination de sa ville natale. Elle reste bloquée à Moscou, elle ne peut pas rentrer chez elle », relate Armina, psychologue du centre de crise Tioply dom, en français Doux foyer, tenu par des volontaires. Ce même foyer a accueilli récemment durant presque 18 mois une jeune mère de 29 ans avec ses trois enfants. Arnaquée par des agents immobiliers malhonnêtes, elle a perdu son appartement et a dû s’installer dans une remise. Le juge aux affaires familiales devait la déchoir de son autorité parentale, notamment sur son nouveau-né, parce que la loi ne tolère pas que des parents offrent de telles conditions de vie à leurs enfants. Toutefois, les fonctionnaires ont passé un accord avec le centre et ont proposé à cette maman d’y emménager, évitant l’éclatement de cette famille. Travaillant du matin au soir, la femme a pu effectuer un premier versement pour l’achat d’un deux-pièces dans une petite ville de province.

En plus des centres de volontaires, la Russie comptait 19 centres de crise publics en 2014. Ils ont accueilli presque 60 000 femmes en 2005, 77 000 en 2008 et presque 80 000 en 2011.

Les centres de crise religieux constituent une catégorie bien à part car leur objectif numéro un est de réduire le nombre des interruptions volontaires de grossesse (IVG), qui a dépassé 920 000 en 2014. Ces centres estiment que si les femmes se voient proposer, dès les premiers mois où elles sont enceintes, les plus difficiles, un toit, un repas et l’espoir d’une vie meilleure, nombreuses seront celles qui décideront de garder leur enfant.

Les clientes des centres

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« Le principal critère pour être admise chez nous, c’est de vouloir s’en sortir », indique Maria Stoudenikina, directrice du centre de crise Dom dlia mamy, Maison pour la maman, à Moscou. « 80% de nos clientes sont des femmes socialement adaptées qui ont été brisées par la vie : elles ont enduré la mort de leur mari, ont tout perdu dans un incendie ou ont été reniées par leur famille », ajoute pour sa part une employée d’un centre en Sibérie.

Il est évident que ces centres ne sont pas des hôtels gratuits. Leur objectif est d’aider les femmes à se remettre debout. Lorsqu’une cliente arrive dans le centre, ce dernier établit un plan d’activités et précise le délai pendant lequel la femme aura besoin du foyer, ainsi que la nature de l’aide qui lui est indispensable. Une jeune mère sans mari qui a grandi dans un orphelinat a reçu une aide matérielle (poussette, langes et nourriture) et morale (deux mois de consultations chez le psy). Pour une femme avec des enfants malades, il a fallu trouver des médecins, tandis que des volontaires aident toujours la famille à faire régulièrement des allers retours dans une clinique. En ce qui concerne une femme qui avait fait de la prison, les activités ont été centrées sur la recherche d’un emploi. Quand une jeune fille est reniée par sa famille, les psychologues assurent la médiation dans les négociations avec ses proches. « Parfois il suffit d’envoyer au père de la jeune femme la photo de son enfant pour qu’il lui pardonne », se souvient en souriant une psychologue de Tioply dom.

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Il arrive toutefois que des escrocs tentent de profiter de ces centres de crise. Ainsi, une femme a affirmé que sa carte d’identité avait été volée et qu’elle ne pouvait pas rentrer chez elle. Il s’est avéré qu’elle avait donné ses papiers d’identité en gage et qu’elle ne pouvait pas rentrer parce qu’elle devait une importante somme d’argent. Toutefois, la plupart des clientes sont réellement des femmes en détresse. Ainsi, un centre a pu aider une migrante dont les papiers étaient périmés en raison d’une longue maladie. Rassemblant fébrilement tous les documents nécessaires, les volontaires ont réussi à faire légaliser le séjour de la jeune femme dans le pays. Mais la directrice du plus grand centre de crise public de Russie, Natalia Zavialova, souligne que leurs activités sont davantage entravées par la bureaucratie que par les escrocs, car un temps précieux est perdu pour remplir un nombre infini de documents. Tôt ou tard, la vérité surgira au grand jour, alors consacrer un peu de temps à une femme malhonnête se justifie pleinement au vu de l’aide prodiguée à quantité de femmes qui en ont vraiment besoin.

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