Ce qu’il faut savoir sur les premières primaires de Russie

Calcul des résultats des élections préliminaires à un bureau de vote de Kazan.

Calcul des résultats des élections préliminaires à un bureau de vote de Kazan.

Maxim Bogodvid / RIA Novosti
Les premières primaires panrusses de l’histoire du pays se sont tenues en Russie le 22 mai. Nous vous expliquons ce qu’elles signifient pour les Russes et pour les élus et si elles peuvent être considérées comme le miroir des élections à venir.

Les participants

Les premières primaires (élection préliminaire) nationales ont été organisées par le parti au pouvoir Russie unie qui devance ainsi ses concurrents au parlement. Cette procédure permet au parti de sélectionner les candidats qu’il présentera aux élections à la Douma d’Etat (chambre basse du parlement) en septembre prochain.

Pour la première fois de l’histoire, les élections étaient ouvertes non seulement aux membres du parti (ce modèle a déjà été testé dans des élections à plus faible échelle), mais à tous selon leur lieu de résidence. Les « candidats à la candidature » de Russie unie ont été près de 3 000 à travers le pays – outre les membres du parti, l’élection était ouverte aux représentants d’autres partis et aux militants non-encartés.

Les résultats

La participation aux primaires s’élève à 9,5% – plus de 10 millions de personnes – ce qui a dépassé toutes les attentes, assure Russie unie. Selon les premières estimations, de nombreux députés en fonction sont parmi les leaders des primaires.

Le dirigeant de l’institut indépendant Groupe politique d’experts Konstantin Kalatchev estime que c’est effectivement un bon taux de participation quand on sait que la campagne avant la « répétition » de la journée des élections dans la plupart des régions était relativement calme, sans guerres d’informations compromettantes ni abondance d’affichage électoral dans le métro, aux arrêts de transport et sur les panneaux publicitaires. Selon les derniers sondages avant les primaires, 52% des sondés n’avaient pas du tout entendu parler de la procédure et seuls 12% « en étaient bien informés »*.

Les primaires sont-elles passées inaperçues pour la plupart des gens ?

Il y a eu son lot de scandales. Dans certains districts, les journalistes et les observateurs ont dénoncé des cas de fraude, de corruption et de « carrousels » (le même groupe de personnes votant plusieurs fois dans différents bureaux de vote). La veille des primaires, des candidats en poste se sont retirés de la course dans plusieurs districts où la bataille était réelle. La presse a écrit qu’ils avaient toutes les chances d’obtenir la majorité des voix et que ce retrait « volontaire » cachait la décision de la direction du parti de leur interdire de se présenter. C’est une tentative d’échapper à la concurrence, contraire au principe des primaires classiques, soulignaient les experts et le public.

Les primaires en Russie

Généralement, dans les pays ayant une démocratie de partis développée, les primaires permettent de trouver et d’entraîner de nouveaux cadres. « C’est un ascenseur professionnel au sein du parti et il est important là où les partis participent ensuite à la formation des organes du pouvoir », explique Ekaterina Choulman, politologue et professeure associée de l’Institut des sciences sociales de l'Académie présidentielle russe d'économie nationale et d'administration publique. Cependant, en Russie, elles ne jouent pas le même rôle, car il n’existe aucun lien entre les résultats des élections parlementaires et la composition du gouvernement. Néanmoins, elles représentent tout de même une forme de concurrence au sein du parti, explique Mme Choulman. Le problème est qu’en lançant une procédure intrinsèquement démocratique, la machine du parti est contrainte, dans le même temps, de s’assurer un résultat contrôlable. Cela explique les « carrousels », la mise à l’écart des observateurs, et le retrait des candidats pour des raisons administratives : les candidats du parti au pouvoir sont désormais confrontés à tous les problèmes que les concurrents politiques de Russie unie ont connus jusqu’ici, et leurs griefs atterrissent dans l’espace public.

Cependant, le nombre de ces cas n’est pas critique, et le parti a pu obtenir un avantage concurrentiel, estime Konstantin Kalatchev. Grâce aux primaires, il a créé un événement médiatique et a amélioré son indice de mentions dans la presse à la veille des vacances, saison traditionnellement morte pour les responsables politiques. En Russie, cette tentative a fait ses preuves. Elle constitue un test et permet d’identifier les conflits au sein de l’élite bien avant les élections. « Ainsi, les primaires ont visiblement toutes les chances de devenir une tradition », estime M. Kalatchev.

Que disent les primaires sur les élections à venir ?

Les primaires suivent les mêmes schémas que les « grandes » élections. Comment utiliser un institut créé pour garantir un résultat imprévisible et obtenir par ailleurs un résultat prévisible ? – telle est la question, explique Choulman. « C’est assez difficile. Surtout quand on sait que les élections se tiendront conformément à la nouvelle loi qui laisse un peu plus de marge à la concurrence politique réelle », précise-t-elle. Ainsi, les élections dans les circonscriptions uninominales ont été rétablies et le seuil d’éligibilité à la Douma a été abaissé. Aux deux derniers cycles électoraux, il s’élevait à 7%, et il est aujourd’hui de 5%.

M. Kalatchev estime qu’on peut d’ores et déjà dire que les candidats de Russie unie arriveront en tête dans la plupart des districts.
 
*Sondage du Centre panrusse d'étude de l'opinion publique des 14 et 15 mai. Echantillon de 1 600 personnes dans 130 agglomérations.

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