Déjà-vu: à Munich, l’Amérique de Trump durcit le ton face à la Russie

Le chef de diplomatie russe Sergueï Lavrov et le vice-président américain Mike Pence lors de la Conférence de Munich.

Le chef de diplomatie russe Sergueï Lavrov et le vice-président américain Mike Pence lors de la Conférence de Munich.

Reuters
La Conférence annuelle de Munich sur la sécurité a été doublement décevante. Les principaux mandataires de Trump n’ont pas réussi à rassurer les Européens sur le niveau du soutien américain, et la Russie n’était guère ravie d’entendre les vieux matras datant de l’administration Obama sur les violations du droit international qu’elle aurait commises.

Le chef de diplomatie russe Sergueï Lavrov et le vice-président américain Mike Pence lors de la Conférence de Munich. Crédit : ReutersLe chef de diplomatie russe Sergueï Lavrov et le vice-président américain Mike Pence lors de la Conférence de Munich. Crédit : Reuters

Les régulières sessions de brainstorming à la Conférence de Munich sur la sécurité sont importantes. En effet, c’est une plateforme unique pour les débats sur les sujets de premier plan en termes de sécurité. Cette année, la question qui occupait tous les esprits était de savoir si l’engagement de l’administration de Trump en tant que bras armé et garant de la sécurité de l’Europe était viable. Les dirigeants européens inquiets voulaient avoir la certitude qu’aucun « Brexit » de l’administration Trump vis-à-vis de ses alliés ne fût secrètement en préparation.

Iran : les GI ne sont pas bienvenus en Syrie

Alors que tous souhaitent mettre fin au drame syrien, les rumeurs indiquant que Trump pourrait, en effet, envoyer des GI au sol se sont invitées dans les délibérations. Cette volte-face à haut risque est liée à la probabilité que Trump ne se retire de l’accord nucléaire iranien et n’attise les hostilités avec Téhéran.

Dans un entretien avec CNN, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a mis en garde contre « des troupes étrangères sur le sol arabe », un « cadeau » pour les extrémistes qui « se rallieront et recruteront de nouveaux combattants au sein de la jeunesse marginalisée ».

Il a, par ailleurs, repris les propos de Trump, selon lesquels l’occupation américaine de l’Irak et les politiques irresponsables de l’ancien président Barack Obama ont provoqué l’émergence de Daech.

D’une certaine manière, les commentaires de Zarif viennent opportunément rappeler à l’Otan et à l’alliance transatlantique que les intérêts des acteurs locaux doivent être pris en considération lorsqu’ils abordent les questions de sécurité régionale loin de leurs frontières.

Vice-président américain Mike Pence. Crédit : ReutersVice-président américain Mike Pence. Crédit : Reuters

Pas de « camaraderie d’armes » avec Moscou

De longues heures de travail attendent sans doute les stratèges du Kremlin afin de comprendre les messages contradictoires envoyés ces jours-ci par Washington.

D’une part, le vice-président américain Mike Pence a clairement fait comprendre, dans son discours à la Conférence de Munich, que la nouvelle administration rejetait les « efforts russes visant à redessiner les frontières par la force », sans toutefois expliciter ce qu’il entendait par là.

L’ancien animateur de talkshows à la radio et à la télévision (Pence a occupé cet emploi de 1994 à 1999) faisait probablement allusion à l’envoi par la Russie d’« hommes bien élevés » en uniforme en Crimée afin d’assurer qu’aucun acte de violence et de subversion n’interfèrerait avec le référendum de 2014, qui a abouti à la réunification de la péninsule avec la Russie.

D’autre part, tout en traçant des lignes rouges dans les relations entre les deux nations, Pence, ancien avocat et partisan intraitable du Tea Party, n’exclut pas le rapprochement avec Moscou suggéré par son patron. « Les États-Unis continueront à demander des comptes à la Russie, même si nous cherchons de nouveaux terrains d’entente », a déclaré Pence.

Auparavant, le secrétaire à la Défense James Mattis avait réalisé une déclaration agressive, appelant les États-Unis à adopter une « position de force » dans leurs relations avec la Russie. Cela a suscité une réaction ferme du ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou, qui a rappelé que toute approche musclée et intransigeante dans les relations avec la Russie était contreproductive.  

Ensuite, lors de sa visite au siège de l’Otan à Bruxelles, Mattis a apaisé les craintes des alliés européens en disant qu’il n’y aurait pas de « camaraderie d’armes » avec la Russie, considérée comme la principale menace pour la sécurité des États-Unis.
« Actuellement, nous ne sommes pas en mesure de collaborer à un niveau militaire », a déclaré le général de marine à la retraite.

Chef de diplomatie russe Sergueï Lavrov. Crédit : ReutersChef de diplomatie russe Sergueï Lavrov. Crédit : Reuters

Signaux de fumée déconcertants

Le secrétaire à la Défense James Mattis a dévoilé sa position musclée, qui diffère quelque peu de la rhétorique complaisante de Trump, quelques heures seulement après que le président Poutine a appelé le FSB, le service de sécurité russe, à intensifier la coopération avec le renseignement américain dans le combat commun contre le terrorisme.

« Il est dans notre intérêt mutuel de restaurer le dialogue avec les services spéciaux des États-Unis et d’autres membres de l’Otan », avait déclaré Poutine.

Toutes ces déclarations contradictoires coïncident avec la première rencontre depuis presque trois ans entre Joseph F. Dunford Jr, un autre général de la marine et actuel chef d'État-Major des armées des États-Unis, et son homologue russe.

Tous ces signaux déconcertants ouvrent la voie aux spéculations : l’équipe « de bric et de broc » de Trump est-elle réellement déboussolée, comme le clame la machine médiatique de sabotage pro-Clinton ? S’agit-il de mesures spontanées de politique étrangère menées en mode de test ? Ou au contraire, est-ce une politique préméditée de la carotte et du bâton visant à adoucir Moscou ?

Dans son discours à la Conférence de Munich, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a de facto fixé les conditions d’une amélioration des relations avec les États-Unis et l’Occident en général. Le Kremlin n’acceptera rien de moins que des « relations pragmatiques, le respect mutuel et la compréhension de notre responsabilité particulière à l’égard de la stabilité globale ».

Dans tous les cas, la Conférence de Munich a produit un déjà-vu inquiétant et a encouragé les factions conservatrices au sein de l’administration russe, aussi sceptiques vis-à-vis de Trump que des Européens intransigeants.

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