Portrait: Nadejda Lertulo, mannequin russe et... ouvrière du bâtiment

Lumpen Movies; You can do anything
Cette Russe de 40 ans peint des murs, coule du béton et démolit des granges tous les jours. Pendant son temps libre, elle participe à des défilés de mode, et a même foulé le catwalk à Paris. Un éclectisme professionnel qu’on ne peut qu’envier…

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« Dans la poussière et la saleté, je pose du plancher quelque part. On m'appelle de l'agence : préparez-vous, prenez un avion pour Minsk pour jouer dans un film. Je dis d'accord. Je m’époussette, je me lave le visage, je me change et je pars. On vient me chercher, on m'habille, on me maquille. Maintenant, disent-ils, vous apprendrez une vieille chanson dans une langue étrangère. Et je viens juste de tenir le scénario entre mes mains… » : c'est ainsi que se déroule une journée typique de la mannequin et ouvrière russe Nadejda Lertulo (de son vrai nom Zelenova).

Enfant, elle n'a jamais songé au mannequinat - les parents de Nadejda ont été privés de leurs droits parentaux quand elle avait un an. La petite fille a passé son enfance dans deux internats, jouait au football et au basket-ball. Selon ses récits, elle avait de l’embonpoint et les yeux étroits. En raison de son apparence inhabituelle, elle a souvent été confrontée à une attitude négative de la part de ses camarades à l'école.

« On m’appelait la rousse, la grosse. J'ai appris à faire abstraction, mais j'étais toujours très inquiète à ce sujet. Et les gamins de mon âge avaient peur de moi, car je pouvais rendre la pareille », explique le mannequin.

Nadejda a été envoyée deux fois dans des hôpitaux psychiatriques. Une fois en raison d’une erreur de la commission médicale, la seconde sur décision d’un enseignant : « Elle a résolu les conflits avec nous d'une manière étrange - elle est partie et a fait semblant que nous l’ayons blessée, et elle semblait pleurer. [...] Je n'avais aucun conflit avec elle, mais elle ne m'aimait pas. Elle a compris que je connaissais ma propre valeur et mes droits - après tout, j'avais quinze ans ».

Après l’internat, Nadejda s'est vu proposer le choix entre une école de couture ou de construction. Elle savait coudre et a donc choisi la deuxième option. Pendant ses études, elle a vécu dans un foyer et pendant son temps libre, elle peignait des chambres dans des appartements afin de gagner de l'argent pour s’habiller et se nourrir.

« Beaucoup de mes professeurs à l'école disaient : "Nous ne comprenons pas pourquoi tu es assise à ton pupitre – tu sais déjà tout". J'ai un esprit curieux, j’aime aller au fond des choses. Je connaissais très bien la géométrie et la physique », explique le modèle dans une interview avec Wonderzine.

Son diplôme en poche, la jeune fille a déménagé dans l’appartement hérité de ses parents et a continué à travailler comme ouvrière.

« Certains clients ont parlé de moi à leurs amis et dit que je pouvais rapidement détruire une grange en appliquant les lois de la physique et à l’aide de quelques câbles. Alors ils répondaient : "Ouaou, je veux la rencontrer, à quoi ça ressemble, une femme qui casse une  grange ?" », raconte Nadejda au sujet de son expérience.

À 37 ans, elle est allée rendre visite à une amie en Suisse et cette dernière, admirant son apparence et son corps athlétique, l'a photographiée. Nadejda a décidé d'envoyer la photo à la première agence russe de modèles non standard Lumpen, qu'elle connaissait par le biais de ses collègues artistes. Peu après, elle a été invitée à un casting...

En près de quatre ans de coopération, Nadejda a participé à un salon parisien de vêtements, est devenue mannequin pour la marque de lingerie My Dear Petra, et a également participé à des shootings pour des magazines de mode russes, dont Elle Russia et Flacon Magazine.

Dans un proche avenir, Nadejda prévoit d'ouvrir sur YouTube sa propre chaîne de bricolage destinée aux femmes et de quitter son emploi d’ouvrière.

Dans cette publication découvrez six mannequins russes hors-normes qui font fi des stéréotypes.                                  

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