Pourquoi des Russes disent «niet» aux tâches ménagères

Legion Media
La vie dans une grande ville dicte ses règles, et ces Russes ont préféré déléguer à des sous-traitants tout ce qui ne s’inscrit pas dans leur emploi du temps très chargé : le ménage, la cuisine, le shopping et même, parfois, l’éducation des enfants.

Lorsque Ksenia Balandina a compris qu’elle ne voulait plus consacrer son temps à des tâches ménagères, elle a acheté un lave-vaisselle et un multicuiseur. C’était il y a 14 ans.

À l’époque, la publicité du détergent pour lave-vaisselle Finish passait en boucle à la télévision. Dans le spot, une fillette tenant un livre regardait avec désespoir sa mère penchée sur l’évier. « Elle ne lui lira pas d’histoire. Parce que ce n’est pas une femme, mais une plongeuse », disait la voix off.

Ksenia Balandina

Sexisme ? Certes, à l’époque, la société russe était plus unanime qu’aujourd’hui sur la répartition des responsabilités entre hommes et femmes. Et c’est la femme, qui souvent travaillait en parallèle, qui assumait la totalité des tâches ménagères.

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« Cela me révoltait. En mon for intérieur, je détestais mon époux et tout le monde autour de moi. Faire la vaisselle et me réveiller plus tôt que les autres pour préparer la bouillie m’exaspérait », explique-t-elle. Alors, elle a décidé de changer les choses.

Aujourd’hui, elle embauche une nounou, une femme de ménage, un entraîneur, une assistante personnelle qui l’accompagne lors de voyages d’affaires, un styliste et un professionnel qui va chercher ses enfants à l’école. Ses courses sont livrées directement chez elle depuis le supermarché. Sans compter les frais du styliste et du cosmétologue, elle dépense pour ces services près de 570 euros par mois et elle n’imagine plus sa vie autrement.

«Comment pouvez-vous vous promener pendant trois heures en plein hiver?»

Mariée depuis 15 ans, Ksenia est une mère de deux enfants qui vit à Moscou. Déterminée et indépendante, elle rappelle Miranda Hobbs de la série Sex and the City.

Elle vient de rentrer de Budapest où elle a fait son premier semi-marathon.

« Au début, je dépensais tout mon salaire pour ces services de ménage, puis j’ai commencé à mieux gagner ma vie », confie-t-elle. Aujourd’hui elle anime des webinaires et une chaîne Telegram consacrés à la gestion du temps des mères employées.

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Déléguer les tâches – ce thème est en vogue. Le prix d’un cours en ligne varie entre 200 et 1 000 dollars, et ce alors que leur message est simple : chercher à convaincre d’embaucher une tierce personne qui se chargera du ménage.

« Me libérer d’une partie des tâches m’était indispensable », confie Elena, une participante au webinaire. Elle explique que sa vision du monde a été bouleversée au moment où on lui a demandé de résumer toutes les tâches qu’elle assumait sur un tableau. « Lorsque dans la section tâche ménagères j’ai inscrit 243 positions, j’ai éclaté en sanglots tant j’avais pitié de moi-même », avoue-t-elle.

Fraîchement engagée sur la voie de la délégation de tâches, Ksenia a employé une femme pour promener son enfant. Aujourd’hui, elle dit ne pas comprendre comment les mamans peuvent se promener avec leurs enfants pendant trois heures en plein hiver. Elle explique une règle simple : « Il faut que le prix de votre heure ne soit pas inférieur à celui de la nounou que vous employez ».

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Elle assure qu’elle ne rêve pas de déléguer l’ensemble des tâches : « J’ai mes objectifs et si pour y parvenir je dois déléguer – c’est ok ».

Signe extérieur de réussite

La délégation des tâches n’est pas une histoire de femmes, mais concerne toute personne moderne et aisée, considère Maxime Ioudine, directeur des ventes dans la compagnie d’investissements QBF :

« Je considère qu’il y a des services qu’il vaut mieux déléguer. Par exemple, le ménage, la cuisine et la couture – les spécialistes le feront mieux que nous ».

Une compagnie de nettoyage se rend chez lui et sa femme quatre fois par mois pendant leur absence. Il ne gaspille pas son temps précieux pour le shopping – deux fois par an, il va chez le couturier et deux semaines plus tard, son costume est prêt.

Pour la nourriture, pas de sorties au restaurant : il commande sa nourriture à des spécialistes qui préparent des plats équilibrés mentionnant soigneusement la quantité de protéines, de lipides et de glucides.

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« Chaque matin, à 6 heures du matin, je reçois cinq boîtes pour cinq repas. Il s’agit de nourriture saine, sans sel. Je ne pense plus aux courses, je ne me demande plus ce que je dois cuisiner, je ne perds plus une heure à faire la cuisine », explique Ioulia, fonctionnaire. Ces repas lui coûtent 100 dollars (89 euros environ) pour cinq jours, et un peu plus cher si elle opte pour un menu individuel.

«Vous ne voyez pas votre enfant»

Margarita a 31 ans. Ancienne directrice d’un commerce de détail, elle gère aujourd’hui une société comptant 17 filiales à travers les pays. Elle dit que son métier ne permet ni week-ends, ni congés. En effet, elle mène de front deux emplois, tout comme son mari. Qu’elle boive du thé, reste bloquée dans un embouteillage ou bronze au bord d’une piscine, elle a toujours son téléphone en main et son ordinateur portable sur les genoux. Elle a deux nounous, deux chauffeurs et une femme de ménage qui nettoie leur appartement moscovite. Or, comme l’explique Margarita, il n’y a en réalité rien à nettoyer car elle et son mari ne sont jamais à la maison.

Margarita

« Je ne veux pas dire que c’est bien ou mal de vivre comme nous. Pour nous, c’est normal, mais beaucoup de gens le reprouvent, nous reprochant de ne jamais voir nos enfants », explique-t-elle.

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Elle se dit satisfaite de la vie qu’elle mène, et précise que ces services d'externalisation lui coûtent près de 2 300 dollars par mois (2 050 euros environ).

Croit-elle que le fait de pouvoir se permettre des domestiques est un signe extérieur de succès ? Elle répond par la négative. Elle se rappelle comment elle vivait dans un studio et travaillait jusqu’à 18h00. A l’époque, elle avait le temps pour tout faire. Plus maintenant.

Parfois, elle entend des femmes se plaindre au sujet des tâches ménagères qu’elles assument : chaque jour, après le travail, elles doivent nettoyer l’appartement, cuisiner, laver, repasser... « C’est que tout cela leur plaît », assure Margarita, qui juge que ces femmes n’ont rien fait pour changer leur vie.

Pourquoi les Russes font-ils des enfants si tôt ? Trouvez la réponse dans cet autre article.

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