Dans l’Est de l’Ukraine, les armes parlent à nouveau

Le conflit du Donbass s’est brusquement ravivé, attisant les craintes.

Le conflit du Donbass s’est brusquement ravivé, attisant les craintes.

Reuters
Une brusque escalade des tensions, des dizaines de morts et une réunion urgente en Autriche: comment et pourquoi le conflit dans l’Est ukrainien a repris de plus belle.

En l’espace de quelques jours, la situation dans les régions orientales de l’Ukraine s’est de nouveau enflammée. Les accusations réciproques de tirs entre Kiev et la République populaire de Donetsk (RPD) se sont multipliées les 29 et 30 janvier. Les combats ont fait plusieurs dizaines de morts et laissé sans électricité les environs de Donetsk.

On ne sait pas précisément qui a entamé les tirs, mais ceux-ci ont contraint le président ukrainien Petro Porochenko à interrompre sa visite en Allemagne, à convoquer une réunion d’urgence du Groupe de contact sur le règlement dans le Donbass et à faire appel au secrétaire général des Nations unies.

La faute est rejetée, comme toujours, sur la Russie : « Nous demandons à la Fédération de Russie de cesser immédiatement les hostilités et de respecter strictement le cessez-le-feu », a exigé dans son message l’ambassadeur d’Ukraine à l’Onu, Vladimir Eltchenko. Le Conseil permanent de l’OSCE s’est réuni ce mardi d’urgence en Autriche.

Fait intéressant : le dérapage s’est produit au lendemain du premier entretien téléphonique entre l’homme fort du Kremlin Vladimir Poutine et le nouveau président américain Donald Trump, qui a plus d’une fois déclaré son intention de se distancier du conflit ukrainien. L’intensification des hostilités est un moyen d’attirer l’attention, constate la Russie. Mais la République de Donetsk réplique et pourrait répliquer pendant encore longtemps… Le résultat est que le conflit persiste et que les accords de Minsk fondent comme neige au soleil.

« Trump ne joue pas à ce genre de jeux »

Les tirs visent le territoire situé entre Avdeïevka (par où passe la ligne de désengagement) et le chef-lieu de la RPD, Donetsk. Avdeïevka possède toujours un statut « flottant » : elle se trouvait sous le contrôle de l’Ukraine avant l’escalade des tensions, mais est passée du côté des milices populaires deux jours plus tard. Les habitants d’Avdeïevka restent toujours privés de chauffage, d’électricité et d’eau et, selon les observateurs de l’OSCE, des chars et des obusiers stationnent dans la ville.

Les informations sur les tués et les blessés divergent. D’après Kiev, ses positions ont été pilonnées à 71 reprises en une seule journée, ce qui a fait trois morts parmi les militaires.

Le ministère de la Défense de la RPD fait état de pertes bien plus importantes du côté de l’Ukraine : au moins 78 morts et 76 blessés dans les combats à Avdeïevka. En outre, l’armée ukrainienne a tiré en l’espace de 24 heures 2 411 obus et projectiles contre le territoire de la République et a tramé un attentat dans une unité militaire avec l’aide d’un homme enrôlé au sein des milices populaires, ont affirmé les autorités de la RPD.

« Personne ne sait ce qui s’est réellement passé, qui a mis le feu aux poudres. La situation y restait toujours explosive, aucune des parties ne respectant les accords de Minsk », a déclaré à RBTH le président de la fondation Politique ukrainienne, Kost Bondarenko. Selon lui, ce qui devait arriver à Avdeïevka est arrivé et la volonté d’attirer l’attention de la nouvelle administration américaine et de l’OSCE n’y est pour rien. « Il ne faut sans doute pas chercher un tel lien. Donald Trump ne joue pas à ce genre de jeux. Et Kiev le sait, c’est évident », a-t-il noté.

Un timing qui laisse peu de place au hasard

Nombreux sont ceux qui voient dans l’escalade du conflit le souhait de replacer le problème du Donbass à l’ordre du jour. L’autre cause pourrait être réticence à appliquer les accords. « Les opérations agressives de ce genre menées avec le soutien des forces armées ukrainiennes torpillent les objectifs et les tâches des accords de Minsk. <…> Qui plus est, cela ressemble à une tentative de détourner l’attention de la situation intérieure (du pays), très précaire pour ne pas dire plus », a indiqué à Kommersant FM le porte-parole du président russe, Dmitri Peskov.

Daech, la Syrie, la Chine et les problèmes intérieurs intéressent aujourd’hui les États-Unis bien plus que le conflit dans le Donbass, a affirmé à à RBTH Andreï Souzdaltsev, vice-doyen de la faculté de la politique internationale et de l’économie mondiale de la Haute école d’économie. « Et voici que, comme par magie, la visite de Petro Porochenko à Berlin coïncide avec l’aggravation (du conflit). Ce qui semble plus qu’étrange. Petro Porochenko dispose d’un double scénario ».

Tout va très mal pour l’Ukraine, estime Boris Chmeliov, directeur du Centre de politique étrangère de la Russie à l’Institut d’économie : les succès des réformes sont très modestes, l’économie traverse une crise profonde et les critiques contre Petro Porochenko fusent de toutes parts. « Si Kiev provoque, le Donbass réplique immédiatement. Il n’existe aujourd’hui aucune prémisse au règlement du conflit, c’est un cul-de-sac. Et il faut tirer les ficelles de temps en temps ».

Pourtant, cette situation ne devrait déclencher de sueurs froides ni à Moscou, ni à Washington, font remarquer les experts. « Le Donbass possède un potentiel important pour repousser n’importe quelle attaque. Sa tâche est de tenir. Ses hommes peuvent y rester interminablement, pendant que la Russie et les États-Unis prendront le temps de s’entendre sur la pression à exercer ensemble sur le président ukrainien afin qu’il applique les accords », a noté Boris Chmeliov pour conclure.

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