Poutine fait écho à Trump sur la politique étrangère

Vladimir Poutine.

Vladimir Poutine.

Sergeï Bobylev / TASS
Le discours de Poutine sur l’état de la nation prononcé devant l’Assemblée fédérale (le parlement russe) montrent que Moscou est prêt pour une nouvelle tentative de « redémarrage » avec l’Occident en matière de politique étrangère. Mais un « redémarrage » sous conditions.

C’est le 13e discours que Poutine prononce devant les représentants des élites dirigeantes, les élus et les responsables du pays et, selon une tradition récemment établie, la politique étrangère passe de nouveau après les affaires nationales. Toutefois, le message envoyé est audible et clair : la Russie cherche des amis plutôt que des adversaires.

Le président a adopté un ton à la fois conciliant et défiant, recourant probablement à la technique éprouvée de « main de fer dans un gant de velours ». Dans la même journée, il a approuvé la nouvelle conception de politique étrangère du pays, un document officiel qui précise les objectifs internationaux de la Russie, confirmant ainsi cette approche.

Redynamiser le dialogue tout en  « conservant des cartouches »

L’équilibre dans le discours de Poutine penchait nettement en faveur du dialogue avec le reste du monde, malgré l’engagement naturel à protéger les intérêts nationaux à un moment où la Guerre froide 2.0 lancée en 2014 par l’Occident est devenue déséquilibrée et encombrante, menaçant de provoquer une confrontation ouverte. Celle-ci aurait été inévitable si Hillary Clinton avait remporté la Maison blanche et instauré la zone d’exclusion aérienne en Syrie, comme elle l’avait ardemment promis.

Le président Poutine était sans doute conscient qu’il devait remplir le mandat que lui avait confié l’électorat russe. Le mandat de Poutine implique clairement la protection complète de la souveraineté du pays et de ses intérêts en politique étrangère. La Russie « ne permettra pas que ses intérêts soient malmenés », a entonné Poutine.

« Contrairement à la précédente Conception de politique étrangère, élaborée en 2013, le document actuel est plus dur, tant au niveau du style que du contenu. Il se concentre davantage sur les menaces et donne la priorité aux questions relatives à la sécurité », nous explique Maxime Soutchkov, rédacteur d’Al-Monitor pour les relations entre la Russie et le Proche-Orient et expert au Conseil russe des affaires internationales.

« Parmi les principales priorités, la nouvelle stratégie vise à +assurer la sécurité du pays, sa souveraineté et son intégrité territoriale+ et à +renforcer les positions de la Russie en tant qu’un des centres les plus influents du monde contemporain+Ce n’est pas nouveau, puisque le pays s’appuie sur ce paradigme depuis un moment. Cependant, cela reflète la vision du monde moderne des élites russes : ce monde est globalement considéré comme hostile et de plus en plus compétitif », a-t-il ajouté.

Ainsi, les élites russes redécouvrent aujourd’hui la maxime intemporelle du besoin de garder des cartouches. Néanmoins, ce n’est pas une posture belliqueuse. Poutine a affirmé avec vigueur que la Russie ne cherchait pas d’hostilités avec les autres nations.

Poutine fait écho à Trump : une coïncidence ?

Les nouvelles priorités de politique étrangère esquissées par Moscou précisent une coopération soigneusement pondérée dans certains domaines, sans que la Russie n’impose ses intérêts, ni même sa vision à quiconque. 

Paradoxalement, cela fait écho aux propos du président élu Donald Trump, qui a pris un engagement audacieux : « Je veux dire à la communauté mondiale que, même si nous mettrons toujours les intérêts de l’Amérique en premier, nous agirons équitablement avec tout le monde. Tout le monde – tous les peuples et toutes les autres nations. Nous chercherons le compromis plutôt que l’hostilité, le partenariat plutôt que le conflit ».

Les rédacteurs de discours de Poutine ont-ils plagié le message de Trump ? Sans doute non. Pourtant, il ressemble à un copié-collé.

Dans son discours devant le parlement, le dirigeant russe semble retirer les mots de Trump de sa bouche : « Nous ne voulons de confrontation avec quiconque. Nous n’en avons pas besoin. Nous ne cherchons pas et n’avons jamais cherché d’ennemis. Nous avons besoin d’amis ».

Ce changement de ton sur la politique étrangère à Washington ou à Moscou n’a pas encore été appuyé par des actes solides et irréversibles « sur le terrain ». C’est sans doute impossible avant l’investiture du président américain. Mais les ouvertures rassurantes des deux côtés ont été dument notées et l’équipe aux commandes de la « seule superpuissance », les États-Unis, doit maintenant faire un pas audacieux.

Fait assez remarquable, Moscou n’hésite pas à pointer les opportunités perdues et les dérapages impardonnables du gouvernement Obama, citant la « surcharge » dans les relations avec la Russie, tout en caressant l’ego des futurs stratèges de Trump.

Dans un entretien récent au quotidien italien Corriere della Sera, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, a été parfaitement franc dans ses accusations : « Nous sommes convaincus que la nouvelle administration ne souhaite pas répéter les erreurs de l’administration sortante, qui a délibérément détruit les relations russo-américaines ».

Principales priorités

Les pays frontaliers de la Russie s’efforceront de trouver un contexte sous-jacent irritant dans la nouvelle conception de politique étrangère russe. Pourtant, rien dans le document ne fait allusion à ce qui a été régulièrement qualifié d’« expansionnisme russe » ni à une volonté secrète de restaurer l’« empire » en ramenant les républiques post-soviétiques dans la sphère d’influence de Moscou ou sous sa juridiction. Rien n’est plus faux.

Moscou a indiqué clairement qu’il poursuivrait une politique calibrée avec ses voisins immédiats qui restent formellement membres de la Communauté des États indépendants (CEI). Seuls trois d’entre eux ont été nommément cités : l’Ukraine, la Géorgie et la Moldavie.

Moscou contribuera ses efforts « en vue de la recherche d’une solution politique et diplomatique au conflit intérieur en Ukraine ». Mais, contrairement au discours de 2013, Poutine ne qualifie plus l’Ukraine de « partenaire prioritaire » au sein de l’espace postsoviétique.

Parmi les principaux partenaires au sein de l’UE, le document cite l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne. En 2013, la conception avait fixé la volonté de la Russie de développer des liens avec la Grande-Bretagne également, mais désormais, le pays n’est plus mentionné.

L’approche russe des relations avec l’Otan reste inchangée. Moscou élaborera ses relations avec l’Alliance en tenant compte du degré de volonté d’établir un partenariat équitable.

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