Daniel de Galicie, le seul roi de l’histoire russe

Histoire
GUEORGUI MANAÏEV
Lorsque les Tataro-Mongols ont envahi les terres russes, un prince a décidé d'accepter l'aide de l'Église catholique pour les combattre.

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En 1223, l'armée tataro-mongole a pour la première fois envahi les terres du Sud de la Russie. Le prince Daniel de Galicie (1204-1264), qui n'avait alors que 18 ans, a pris part à la tristement célèbre bataille de Kalka.

La Chronique galicienne-volhynienne dit que le prince Mstislav de Novgorod a ordonné à Daniel et à son régiment d'attaquer les Mongols en premier : « Daniel a avancé… et il a été touché [d'une flèche] à la poitrine, mais étant donné sa jeunesse et sa férocité, il n'a pas ressenti les blessures sur son corps. Il avait 18 ans et était fort ». Bien que la bataille ait été perdue, Daniel a réussi à survivre et à battre en retraite. Il n’a senti ses blessures que lorsqu'il s'est arrêté près d'un ruisseau dans une forêt pour boire. 

Trente ans plus tard, Daniel sera couronné « roi de Russie », titre qui lui a été décerné par l'Église catholique romaine et se différencie des « tsars » de Russie. Ce serait la première et la dernière fois dans l'histoire qu'un prince russe détiendrait un tel titre. Qui était Daniel ? Et pourquoi a-t-il accepté ce titre ?

Le premier « roi de Russie » élevé en Hongrie ?

Au XIIIe siècle, la Galicie était le territoire le plus à l'ouest de la Rus’ de Kiev - elle contrôlait d'importantes routes commerciales qui menaient à la Hongrie et à la Pologne. Bien qu'elle n’ait pas été aussi grande que Kiev, la Galicie rivalisait en termes d'approvisionnements et de niveau de vie.

Daniel était le fils du prince Roman Ier de Galicie, « un guerrier agité, remarquable pour son horrible cruauté », dont il avait hérité la nature féroce, écrit l'historien Dmitri Volodikhine. Daniel a été élevé loin de chez lui, à la cour d’un allié de Roman, le roi hongrois André II (1175-1235), des princes hostiles d'autres principautés ayant envahi Galitch, résidence des princes de Galicie. Pour des raisons politiques, lorsqu'il est devenu adulte, Daniel n'a été autorisé qu'à gouverner la principauté de Volhynie, qui bordait la principauté de Galicie au nord.

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Daniel était célèbre pour ses prouesses au combat et c’est justement pour cette raison qu’il a été le premier à se lancer dans la bataille sur la rivière Kalka. Une décennie plus tard, en 1233, Daniel reprendra la Galicie sous son contrôle au terme d’une série de conflits avec d’autres princes rivaux.

Lutte contre les Mongols

Au cours des années 1220-1230, Daniel a combattu sans discontinuer. En tant que commandant de guerre, il a acquis une renommée bien méritée. En 1245, il a uni les principautés de Volhynie et de Galicie sous son contrôle et est devenu l'un des princes russes les plus puissants de l'époque. En choisissant ses amis, le prince Daniel n'était guidé que par une seule chose : ses intérêts politiques du moment. Il pouvait entrer en conflit avec un allié, et le lendemain, soutenir son ancien ennemi, demander son aide et, un peu plus tard, rompre à nouveau l'alliance.

À cette époque, cependant, les Tataro-Mongols avaient déjà mis sous leur contrôle la plupart des duchés russes. En 1239, ils ont pris la ville voisine de Tchernigov, et en 1240 - Batou Khan a personnellement conduit les Mongols à Kiev, conquérant l'ancienne capitale des terres russes, qu’il a ravagée et pillée.

Alors que Daniel a dû fuir en Hongrie, les Mongols ont pris toutes les grandes villes de ses terres, y compris celle de Galitch. En 1245, il a toutefois rétabli le contrôle sur ses principautés et a déplacé sa résidence de Galitch, pillée, à la ville de Chełm (maintenant en Pologne).

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Après la désastreuse invasion mongole, Daniel a dû se rendre dans la capitale tataro-mongole, Saraï Batou, pour prêter serment d'allégeance, ce qu'il a apparemment fait le cœur lourd. Cependant, Batou Khan lui-même a traité Daniel avec respect et a même ordonné de lui servir du vin - un geste rare lors d'un festin où tout le monde buvait du koumys (lait de jument fermenté). Mais après son retour de Saraï Batou, Daniel nourrissait toujours des plans visant à s'opposer au pouvoir mongol. « Reconnaître les Tatars était pire que tout mal pour lui », dit la chronique russe de Daniel.

Roi de la Rus’

Lors d'un voyage dans la capitale mongole, Daniel a rencontré Giovanni da Pian del Carpine (1185-1252), diplomate et archevêque italien, qui lui a pour la première fois proposé l'idée d'une union ecclésiale. Par la suite, le pape Innocent IV (1195-1254) a offert à Daniel le titre de « roi de la Rus’ » (« Rex Russiae ») et a accepté de fournir une aide militaire contre les Mongols en échange de la conversion au catholicisme des principautés russes et des villes appartenant à Daniel, ce que ce dernier a accepté.

En 1253, avant même le couronnement de Daniel, Innocent IV a déclaré une croisade contre les Mongols et a convoqué les guerriers chrétiens de Bohême, Moravie, Serbie, Poméranie et Lituanie. Cependant, Daniel lui-même n’a alors pas soutenu la croisade. Néanmoins, en 1254, il a été couronné « roi de la Rus' » dans la ville de Drohiczyn.

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Malheureusement, Daniel n’a pas vraiment utilisé son titre. L'aide promise par le pape Innocent IV contre les Mongols ne s'est jamais concrétisée. Daniel, à son tour, n’a même pas déclaré l’union des Églises et la conversion au catholicisme de ses terres. En 1254, Innocent IV est mort et son successeur, Alexandre IV (1185-1261), a permis au grand-duc de Lituanie Mindaugas de faire la guerre sur les terres russes. Après cela, Daniel a cessé toute relation avec le diocèse de Rome, conservant toutefois le titre de « Roi de la Rus’ » pour son usage propre.

Quant aux Mongols, Daniel les a finalement soutenus contre la Lituanie. Lorsqu'en 1258, le commandant de guerre mongol Boroldaï est arrivé dans la Rus’ avec son armée, Daniel a chargé son frère Vasil’ko ainsi qu’une force substantielle d’accompagner Boroldaï dans le pillage des terres lituaniennes. Encore une fois, seuls les intérêts du moment ont guidé Daniel sur son chemin politique. Il est décédé en 1264 et a été enterré dans sa résidence de Chełm.

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