Cinq gangsters qui ont terrorisé la Russie au début du XXe siècle

Sergey Ginzburg/ Channel One Russia, 2011
Ces criminels intrépides auraient pu faire de l’ombre à Al Capone s’il avait vécu dans la Russie prérévolutionnaire.

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Michka Yapontchik (1891 - 1919)

Audacieux et incorrigible, ce casse-cou a fait irruption dans le monde clandestin du XXe siècle avec un tel éclat qu’il influençait encore la culture populaire un siècle plus tard. Au cours de ses premières années - 1917-1919 - Yapontchik et son gang ont attaqué des magasins, des usines et même un bordel que les gangsters ont adopté pour leurs besoins, faisant de l'établissement leur quartier général.

« Iaponchik possède de bonnes compétences organisationnelles. Cela a fait de lui le roi du monde criminel à l'échelle d'Odessa. Audacieux, entreprenant, il a réussi à mettre la main sur tous les voyous d'Odessa. Dans les conditions américaines, il aurait sans aucun doute fait une belle carrière et aurait pu faire de l’ombre à Al Capone », a déclaré le célèbre chanteur soviétique Léonid Outiossov au sujet du gangster, qu'il connaissait car tous les deux étaient nés à Odessa et avaient des origines juives.

Étonnamment, Outiossov a également noté que Yapontchik ne supportait pas la vue du sang - une faiblesse plutôt étrange pour un personnage de ce type. « Il pâlit à la vue du sang. Il y a eu un cas où l'une de ses victimes lui a mordu le doigt. Michka criait comme s'il avait été poignardé », a déclaré le chanteur.

Bien que Yapontchik n'ait pas sympathisé avec le mouvement blanc - les forces anticommunistes qui ont combattu les bolcheviks après la révolution de 1917 – son union avec l'Armée rouge fut de courte durée. Son attirance pour l’anarchie, le pillage et le braquage ne correspondait pas aux plans des bolcheviks qui comptaient bien soumettre ce gangster d’Odessa à leur loi. Leur « mariage » éphémère s'est terminé par une scission lorsque Yapontchik et ses sbires, las de prendre part à la guerre civile russe, ont dissout leur régiment mal discipliné composé de criminels, de gangsters et d'anarchistes. Les déserteurs ont détourné un train de voyageurs dans l'intention de regagner leur Odessa natale.

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Cependant, le plan des voyous n'a pas fonctionné comme prévu et Yapontchik a été tué par un détachement de l'Armée rouge qui a arrêté le train le 4 août 1919.

Grigori Kotovski (1881-1925)

Cette image d'une personnalité politique respectable, décorée de nombreuses médailles pour son héroïsme au combat, peut sembler incompatible avec la réputation de gangster notoire. Et pourtant, Kotovski excellait dans ces deux rôles.

Dans un premier temps, il justifiait ses raids contre des marchands et leurs appartements, les propriétaires fonciers et les fonctionnaires, et même les banques, en invoquant la lutte révolutionnaire. Kotovski avait un puissant charisme qui l'aidait à contrôler et à diriger d'autres criminels ; ceci lui a ensuite ouvert les portes de la direction politique et militaire de l’URSS.

« [Kotovski] laisse l'impression d'une personne assez intelligente et énergique. Dans son attitude, il essaie d'être élégant avec tout le monde, ce qui lui attire facilement la sympathie de tous ceux qui communiquent avec lui. Il peut se faire passer pour un gérant de domaines, voire un propriétaire foncier, un machiniste, un jardinier, un employé d’entreprise, un représentant pour la préparation de la nourriture pour l'armée, etc. Il tente d’établir des connaissances et des réseaux dans le cercle approprié… Dans la conversation, bégaye fortement. S'habille décemment et peut jouer les vrais gentlemen. Aime la bonne chère », indiquait un communiqué de police consacré au gangster.

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Kotovski a été arrêté à plusieurs reprises, mais a toujours trouvé un moyen d'échapper à la prison. Une fois, il aurait vendu ses chaînes lors d'une vente aux enchères à l'opéra d'Odessa le jour d’une nouvelle libération de prison en mai 1917.

Alors que la Révolution bolchevique se propageait à travers l'Empire russe, Kotovski a gagné tellement d'influence auprès des nouvelles autorités que lorsqu'il a été assassiné en 1925 par un ancien associé de Michka Yapontchik, les autorités ont organisé des funérailles solennelles et ont enterré l'ex-gangster dans un mausolée érigé spécifiquement à ces fins en 1925 à Birzoula (aujourd'hui la ville de Podolsk, Ukraine).

Yakov Kochelkov (1890—1919)

Le criminel qui a détroussé le chef de la révolution russe Vladimir Lénine en personne - c'est ainsi que ce gangster et voleur de Moscou est resté dans l'histoire.

Kochelkov, de son vrai nom Kouznetsov, venait d'une famille de voleurs : son père avait été condamné à un exil à vie en Sibérie pour de nombreux vols à main armée. Son fils, Yakov, a suivi ses traces sans hésiter.

À 27 ans, Kouznetsov avait déjà été arrêté et condamné dix fois. Il a commencé sa carrière criminelle comme pickpocket à Khitrovka, une place du centre de Moscou. Gravissant rapidement les échelons de la pègre de Moscou, il a réussi à créer son propre gang, qui terrorisait les simples gens et même certaines usines basées à Moscou.

Arrêté en février 1918, Kouznetsov s'est échappé en blessant gravement deux gardes et en en tuant un avec une arme à feu enveloppée dans une miche de pain qui lui avait été transmise par un complice.

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Le 6 janvier 1919, Kochelkov et ses gangsters ont accidentellement arrêté la voiture de Vladimir Lénine. Les criminels, qui ne savaient pas que la voiture appartenait au chef de l'État, ont ordonné à tout le monde d’en sortir, car ils avaient besoin du véhicule pour commettre un autre larcin.

Lénine, sa sœur Maria, son chauffeur et son garde du corps ont obéi car les criminels n’ont pas compris qui ils étaient en train de détrousser. Selon le chauffeur de Lénine, le chef de la révolution russe a au début protesté et s’est présenté, mais Kochelkov a mal entendu le nom de Lénine. « Qu'est-ce qui se passe ? Je suis Lénine ! », a protesté le politicien. « Bon sang je m’en fous que tu sois Lévine. Je suis Kochelkov, le maître de la ville la nuit », répondit brusquement le brigand.

Au moment où le mafieux a réalisé qui il avait volé, l’assistant de Lénine avait déjà signalé l’incident à la police secrète qui recherchait activement Kochelkov et ses complices. Kochelkov a réussi à échapper à la police pendant six mois de plus, menant des raids armés et des vols durant cette période. Cependant, le 26 juillet 1919, il a été pris en embuscade par la police, et abattu de six balles. Lorsque le corps a été fouillé, le pistolet Browning de Lénine a été retrouvé sur lui.

Nikolaï Savine (1855 - 1937)

Tous les gangsters russes n'étaient pas issus de familles modestes : au moins l'un d'entre eux avait une ascendance noble. Nikolaï Savine était connu comme un criminel international sans vergogne - tout comme l'escroc américain et l'imposteur Frank Abagnale - mais peu de faits de sa biographie sont corroborés et certains de ses actes sont si éhontés qu'ils soulèvent des doutes quant à leur véracité.

Par exemple, une histoire dit que Savine a trompé un millionnaire américain en lui vendant le palais d'Hiver à Saint-Pétersbourg (qui fait actuellement partie du Musée de l'Ermitage) pour plusieurs millions de dollars en espèces. Soi-disant, Savine aurait dupé l'Américain en lui fournissant les documents scellés avec de simples impressions de pièces de monnaie et un message moqueur écrit en russe.

Il aurait également trompé le gouvernement italien en promettant de vendre des chevaux russes à l'Italie, puis en disparaissant avec le paiement anticipé.

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Une autre histoire raconte que Savine est apparu devant le sultan de l'Empire ottoman Abdul Hamid II en se faisant passer pour le grand-duc Konstantin Nikolaïevitch de Russie, frère du tsar Nicolas Ier – la supercherie aurait été révélée par un coiffeur, qui travaillait auparavant à Saint-Pétersbourg et avait déménagé dans l'Empire ottoman.

Pour rendre l'histoire de la vie de Savine encore plus absurde, il aurait déménagé à Osaka, au Japon, où il aurait fait pression sur les Japonais pour qu'ils entrent en guerre contre les bolcheviks, puis aurait déménagé à Shanghai, où il est mort dans la pauvreté.

Pourtant, l’histoire la plus célèbre de Savine est liée au vol de diamants dans la chambre de la princesse Alexandra de Saxe-Altenburg, épouse du deuxième fils de Nicolas Ier, dans le palais de Marbre de Saint-Pétersbourg. Bien que ce crime ait réellement eu lieu, Savine n'a même pas été interrogé sur l'affaire au cours de l'enquête, qui a établi un autre coupable : le grand-duc Nicolas Constantinovitch de Russie, qui aurait dérobé les diamants pour sa bien-aimée, l'Américaine Fanny Lear. Savine est souvent mentionné dans le contexte de cet incident historique en raison de sa complicité présumée avec Lear.

Sonia la main d’or (1846-1902)

Seule femme sur la liste, cette voleuse sans foi ni loi pourrait facilement surpasser les forfaits des criminels masculins mentionnés ci-dessus. Sonia la main d’or - née Sofia Bluvstein - était connue pour son talent théâtral : ses braquages ​​étaient toujours accompagnés d'un changement d’apparence époustouflant.

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Elle était également notoirement charmante, à tel point qu'elle a réussi à séduire son gardien de prison et à le convaincre d'orchestrer son évasion alors qu’elle était incarcérée pour ses multiples vols en Russie et dans d'autres pays européens.

En 1888, elle a été condamnée aux travaux forcés et à l’exil sur l’île de Sakhaline en Extrême-Orient russe. Après avoir tenté trois évasions, elle a été enchaînée par l'administration pénitentiaire. Durant cet exil, elle a rencontré l'écrivain russe Anton Tchékhov, qui n'a pas été impressionnée par cette voleuse vieillissante et l'a comparée à une souris.

Dans cette publication découvrez comment les prisonniers de Russie parviennent à réintégrer la société.

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