Trois exploits de l'armée et de la marine russes durant la guerre contre le Japon

Karl Bulla, Viktor Bulla, Domaine public, Russia Beyond
La bravoure et le courage des soldats et des marins pendant la guerre russo-japonaise de 1904-1905 ne purent pas compenser la médiocrité du commandement militaire et la myopie de la direction de l'Empire russe. Ces dernières ont coûté au pays une amère défaite.

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Cette guerre promettait d'être une promenade de santé pour l'armée russe, mais s'est soldée par une catastrophe cinglante. La défaite a tellement agité la société russe qu'elle est devenue l'une des racines principales de la soi-disant première révolution russe de 1905-1907, qui a balayé tout le territoire de l'empire. Le prestige international de l'État a été considérablement écorné. Ainsi, la Chine, qui avait toujours perçu son voisin du nord avec appréhension, a commencé à le regarder avec mépris comme un « dragon de papier ».

Cependant, la guerre perdue, durant laquelle l'armée et la marine du Tsar n'ont pas pu gagner une seule grande bataille, a été marquée par un certain nombre d'actes héroïques de soldats et de marins russes. Voici les plus marquants.

L'exploit du Variag

Le croiseur Variag

Au tout début de la guerre, le 9 février 1904, une escadre japonaise de 14 croiseurs et destroyers bloqua le port neutre coréen de Chemulpo (aujourd'hui Incheon), dans lequel se trouvaient alors le croiseur blindé russe Variag et la canonnière Koreïets.

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Le capitaine du Variag, Vsevolod Roudnev, a rejeté l'ultimatum de l'amiral Uryū Sotokichi qui l’appelait à se rendre immédiatement et a décidé de passer en force vers la base navale de la flotte russe à Port Arthur (sur le territoire du Dalian moderne, en Chine). En dernier recours, il avait prévu de couler son navire.

Les équipages des navires des États neutres, situés dans la baie de Chemulpo, se sont alignés sur les ponts pour crier « Hourra ! » et rendre hommage aux marins russes qui sortaient pour combattre. « Nous saluons ces héros, qui ont marché si fièrement vers une mort certaine », a déclaré à l'époque le capitaine français Victor Senès.

Vsevolod Roudnev

La bataille inégale contre les Japonais a duré trois heures. Après que le Variag eut subi de graves dommages et perdu environ 40 hommes d'équipage, il a été décidé d'évacuer vers des navires neutres et de couler les bateaux russes.

Le capitaine Roudnev a plus tard mentionné dans son rapport la perte de plusieurs navires par les Japonais, mais ni les observateurs neutres ni les Japonais eux-mêmes ne l’ont confirmé. Néanmoins, l'exploit désespéré du Variag fit forte impression sur l’ennemi. Après la guerre, en 1907, l'empereur Mutsukhito, en reconnaissance de l'héroïsme des marins russes, a envoyé à Roudnev l'Ordre du Soleil levant de IIe degré. Le capitaine a accepté l'ordre, mais ne l'a jamais porté.

Le dernier combat du Steregoutchi

À l'aube du 10 mars 1904, alors que les deux torpilleurs d’escadre russes Rechitelni et Steregoutchi revenaient à Port Arthur après une mission de reconnaissance, une escadre japonaise comprenant quatre torpilleurs et deux croiseurs barra soudainement leur chemin vers la côte.

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Le Rechitelni a réussi à percer jusqu'à la base, mais le Steregoutchi a dû accepter la bataille. Le navire a été littéralement criblé d'obus. L'un d'eux, ayant endommagé l'équipement de la chaudière, a immobilisé le torpilleur et l'a ainsi privé de sa dernière chance de rejoindre la base russe.

Bien que le Steregoutchi ait été criblé de balles comme lors d’un exercice, l'équipage ne comptait pas se rendre. Ce n'est que lorsque tous les canons du navire russe se sont tus que les Japonais ont arrêté de tirer, y envoyant des canots. La bataille n'avait pas été facile pour eux non plus : le destroyer Akebono a reçu à lui seul une trentaine de coups, et déplorait des morts et des blessés.

En montant à bord, les marins japonais ont assisté à une scène terrible. Sur les 49 membres d'équipage, seuls quatre avaient survécu. « Le mât avant était tombé sur le côté tribord », a rappelé l'adjudant Hitara Yamazaki : « Le pont avait été brisé en morceaux. Toute la moitié avant du navire était littéralement ravagée avec des fragments d'objets épars. Dans l'espace jusqu'à la cheminée avant gisaient une vingtaine de cadavres, défigurés, parfois démembrés, les jambes et bras en partie arrachés - le tableau était terrible ; l’un d’eux, apparemment un officier, portait des jumelles autour du cou... ». 

Les Japonais voulaient capturer le Steregoutchi comme trophée, mais remorquer le navire à moitié submergé était une tâche difficile. De plus, la flotte russe appelée par le navire faisait route vers le lieu de la bataille. Au final, le destroyer abandonné a coulé une demi-heure après le départ de l'escadre japonaise.

Mort d’un éclaireur

L’éclaireur du 284e régiment d’infanterie de Tchembar Vassili Riabov avait un vrai talent d'acteur. Il imitait parfaitement les gestes, la démarche et les expressions faciales des Chinois, ce qui amusait grandement ses collègues. Ses commandants ont trouvé une application plus sérieuse aux capacités de Riabov.

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Peu de temps après la bataille de Liaoyang, qui eut lieu dans le nord-est de la Chine en septembre 1904, il fut envoyé en reconnaissance en territoire ennemi. Riabov était habillé comme un paysan chinois : dans une longue robe, avec un chapeau en paille, des sabots en bois et une tresse nouée.

L'officier du renseignement a été trahi par son manque de connaissance du chinois et du japonais. Ayant recueilli des informations sur la localisation de l'armée ennemie, il rentrait déjà chez lui lorsqu’il a été arrêté en chemin par un officier japonais qui lui a ordonné d'abreuver son cheval. Vassili n’ayant pas rempli l’injonction, les Japonais l'ont tiré par la tresse, qui est immédiatement tombée.

Conduit au quartier général de l'ennemi, Riabov a été soumis à de longs interrogatoires et à la torture, mais mis à part son nom et celui de son unité, il n'a rien dit. Même les promesses d’épargner sa vie ne l’ont pas fait parler.

En fin de compte, Vassili Riabov a été abattu en tant qu'espion. Les Japonais, cependant, furent si impressionnés par sa fermeté et son courage que leurs négociateurs ont remis une enveloppe avec une lettre à la patrouille du 1er régiment de cosaques d'Orenbourg, qui racontait l'histoire du brave officier du renseignement. Le message se terminait par les mots suivants : « Notre armée ne peut que souhaiter sincèrement à l'armée russe respectée que cette dernière forme des soldats aussi merveilleux et dignes de respect absolu que le soldat Riabov ».

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