Ce boxeur français ayant appris à la Russie à se battre et l'ayant charmé par son élégance

Natalia Nosova
L’illustre boxeur, nageur et escrimeur français Ernest Lustallo a trouvé en Russie, selon ses propres termes, une nouvelle patrie et a élevé plus d'une génération d'athlètes russes.

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« Avec sa jambe, il agit aussi librement qu'avec ses bras », s'est-on étonné à Saint-Pétersbourg à l’arrivée de l'athlète français Ernest Lustallo, en 1897. La surprise des habitants de l'Empire russe peut se comprendre, car jusque-là, ils ne connaissaient que les règles des combats aux poings et de la boxe anglaise, disciplines où l’attaque à l’aide des membres inférieurs est strictement interdite. La savate française, qui est apparue dans le pays grâce à Lustallo, les a donc fortement impressionnés.

Ernest Lustallo

Un athlète unique

Mais l’habile Français pouvait surprendre par bien plus que son talent de combattant. Il semblait qu'il n'y avait pas de sport dans lequel Lustallo, à l'approche de son quarantième anniversaire, ne montrait pas les meilleurs résultats. On sait notamment que le nouveau professeur de boxe et enseignant de la Société athlétique de Saint-Pétersbourg excellait en natation, en escrime, en combat aux bâtons et exécutait des enchaînements de gymnastique on ne peut plus difficiles.

La vocation de Lustallo semblait en réalité avoir été définie dès sa naissance. La future star du sport a vu le jour à Bordeaux, dans la famille d'un marin et célèbre boxeur – un combo incroyable, étant donné que cet art martial, comme on le dit, aurait été inventé sur le pont même d’un navire. Grâce aux soins de son père, Ernest est monté pour la première fois sur le ring à l'âge de cinq ans. Adolescent, il a rejoint un club de gymnastique puis, après avoir servi dans l'armée, a étudié à l'École supérieure de Sport de Joinville. Sur la recommandation de cette dernière, Lustallo s’est ensuite expatrié pour une nouvelle vie à Saint-Pétersbourg.

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Un professeur français en Russie impériale

Lorsque Lustallo est arrivé au pays des tsars, il avait déjà derrière lui une carrière sportive éblouissante. En 1891, il était devenu champion de France de boxe anglaise dans la catégorie poids moyens et, trois ans plus tard, avait reçu le titre de champion du monde de savate. C'est pourquoi il s'est débarrassé avec une incroyable facilité des premiers sportifs russes ayant risqué un combat contre lui. Selon des témoignages, pour chaque coup donné, son adversaire « en recevait bien cinq, si inattendus et si comiques, que tout le monde autour était mort de rire ».

Lustallo avec son fils

Grâce aux activités d'enseignement de cet étranger, la savate a rapidement gagné en popularité auprès des athlètes locaux. À cet égard, a joué un rôle non moins négligeable le charme personnel de Lustallo, qui enchantait les autres par son professionnalisme, mais aussi par son élégance à la française. Attentionné et soigné, doté d’une moustache blanche très tendance, Ernest traitait ses élèves avec beaucoup de sensibilité, trouvant une approche individuelle à chacun. Quelques années seulement après l'arrivée de l'athlète français, la Société d'athlétisme a organisé son premier championnat de boxe française. « Au début du XXe siècle, les athlètes de tous les milieux sportifs, de l'aristocratie à la bourgeoisie ordinaire, se passionnaient déjà pour le noble art de l'autodéfense », a écrit la Fédération panrusse de savate à propos de l’action de Lustallo.

La lutte pour la savate sous le régime soviétique

Contrairement à beaucoup, l'athlète français, qui à cette époque vivait et travaillait dans l'Empire russe depuis 20 ans, n'a pas quitté le pays à cause de la Révolution de 1917. Au contraire, Ernest Ivanovitch, comme les Russes appelaient Lustallo, a accepté la citoyenneté soviétique et a continué d’enseigner. Il ne savait cependant pas que des temps difficiles attendaient en URSS la boxe française, ainsi que la boxe de manière générale. Ou peut-être le savait-il et a-t-il décidé de rester ? Le fait est que parmi les dirigeants du nouvel État communiste, nombreux sont ceux qui considéraient ce sport comme trop bourgeois. Par conséquent, au milieu des années 20, la savate a été officiellement interdite dans la nation.

Les athlètes formés par Lustallo ne se sont toutefois pas empressés d'abandonner. Grâce à leurs efforts, en 1926, a pu être menée à l'échelle de l'Union une discussion, dont le but était de définir le sort de la savate en Russie. Pour impressionner la nomenklatura soviétique, les amateurs russes de cette discipline ont organisé quatre matchs de boxe, durant l’un desquels a brillé un élève du Français, le futur quintuple champion d'URSS, Ivan Knyazev. Impressionnées par ce qu'elles ont vu sur le ring, les autorités ont finalement permis le développement de la boxe française dans le pays des soviets.

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L’héritage russe d’Ernest Ivanovitch

Énergique et actif, dans ses soixante-dix ans, Lustallo en faisait à peine cinquante. Qualifiant la Russie de sa « nouvelle patrie », il s'est sans interruption adonné à son activité favorite. « C'était un vrai professeur dans le sens entier du terme, se souviendra avec admiration Ivan Knyazev de son mentor. Son charme faisait des leçons un plaisir continu. Un gymnaste merveilleux qui étonnait par son brillant travail à la barre fixe, un grand sauteur, un escrimeur de première classe à la rapière et à l'espadon, un combattant artistique au bâton, un boxeur et un nageur. Pouvez-vous imaginer quelque chose de plus universel et de plus varié ! ».

Le maître infatigable est mort à Leningrad le 9 mars 1931, alors qu'il se rendait au travail. Loyal corps et âme envers la Russie, il a légué ses restes à des scientifiques russes. Son squelette est ainsi toujours conservé au Musée d'anatomie de l'Université d’éducation physique Lesgaft à Saint-Pétersbourg. Lustallo est célèbre et aimé dans le pays non seulement au titre de fondateur de l'école russe de savate, mais aussi comme un homme ayant formé plusieurs générations de brillants artistes de cirque et les premiers cascadeurs russes.

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