Sept illustres étrangers ayant influé sur le destin de la Russie

Nikolaï Titov/Global Look Press; Konstantin Kokochkine/Global Look Press; Lucas Conrad Pfandzelt/Musée de l'Ermitage; Domaine public
Vous ne connaissez peut-être pas leurs noms, mais vous avez obligatoirement vu leurs créations: ils ont été à l’origine de l’apparence de Saint-Pétersbourg, du ballet et de la frappe monétaire, tandis que la dernière volonté de l'empereur Pierre le Grand a été exécutée non pas par un Russe, mais par un Danois.

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Marius Petipa (1818 – 1910), maître de ballet – France

Le ballet russe est aujourd'hui l'un des symboles de la culture du pays. Il est intéressant de noter qu’il a toutefois été fondé par un Français. Marius Petipa est né à Marseille dans la famille de Jean-Antoine Petipa, célèbre maître de ballet français. La vie de toute la famille était subordonnée à l'art de la danse : ils étaient constamment en mouvement. Les fils de Jean-Antoine, Lucien et Marius, se sont produits avec leur père dès leur plus tendre enfance. Or, la Russie faisait à cette époque face à un grave manque de chorégraphes de qualité.

Toute la culture de l'élite russe se construisait pourtant autour de la capacité de bouger et de danser avec grâce. Ainsi, lorsque Marius Petipa a été invité à Saint-Pétersbourg en 1847, il y a fait venir son père quatre mois plus tard, et la capitale impériale s’est vite révélée une terre vierge ouverte à la conquête pour les talentueux chorégraphes qu’ils étaient. Les célèbres Français se voyaient même forcés de refuser des élèves. À partir de 1869, Marius Petipa a occupé le poste de maître de ballet principal des Théâtres Impériaux et, en 1894, à 72 ans, il a été fait sujet de l'Empire russe. Petipa a vécu une vie immensément chargée et est mort à Gourzouf, en Crimée, en 1910. C’est précisément lui qui a créé le style russe du ballet académique et a formé plusieurs générations de danseurs exceptionnels.

Vitus Béring (1681 – 1741), navigateur – Danemark

Béring est devenu l’homme ayant exécuté l'un des derniers ordres du tsar Pierre le Grand. Peu avant sa mort, en janvier 1725, ce dernier a rédigé une instruction secrète, selon laquelle Béring recevait pour mission de trouver le détroit séparant l'Asie de l'Amérique du Nord, puis de descendre le long de la côte nord-américaine vers le sud.

Né au Danemark, Béring avait servi dans la marine russe dès sa création, en 1703, et en 1725 était déjà capitaine de 1er rang. Son périple a été la première expédition scientifique maritime de Russie. En 1725-1727, arrivés au Kamtchatka par voie terrestre, lui et son équipe ont traversé le détroit de Béring et se sont rendus en mer des Tchouktches, prouvant que l'Asie et l'Amérique n’étaient pas reliées par la terre. Au cours de ce voyage, la côte nord-est de l'Asie a finalement été découverte ; cependant, lors de cette aventure, l’Amérique n’a toutefois pas été atteinte.

Ce n’est qu’en 1741 que la volonté de Pierre a pu être respectée, lorsque le capitaine Béring, âgé de 60 ans, a accosté sur le continent américain. Cela a d’ailleurs été son dernier exploit – sur le chemin du retour, dans les conditions difficiles de l'hivernage, Béring est mort sur une île, qui plus tard prendra son nom. Ses restes n'ont été retrouvés et identifiés que dans les années 1990.

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Domenico Trezzini (1670 – 1734), architecte – Suisse

Domenico Trezzini est né dans le canton italophone du Tessin, en Suisse. Étonnamment, les natifs de cette région étaient autrefois connus dans toute l'Europe pour leurs compétences en tant que constructeurs et tailleurs de pierre. À l'âge de 33 ans, après avoir travaillé sur le Vieux continent, Trezzini a signé un contrat pour entrer au service de la Russie, où le tsar Pierre le Grand venait de fonder Saint-Pétersbourg.

Trezzini, le plus expérimenté de tous les architectes invités par l’empereur, est alors devenu le principal constructeur de la nouvelle capitale. Dans le même temps, il a supervisé la construction de plusieurs dizaines de bâtiments, et c’est à lui que nous devons l’allure générale de Saint-Pétersbourg. Il est notamment l'auteur de la cathédrale Pierre-et-Paul et du bâtiment des Douze Collèges – les premiers ministères de Russie. Trezzini a également donné naissance à un recueil de projets types de bâtiments résidentiels et de datchas, ce qui a déterminé le style architectural de Saint-Pétersbourg pour les années à venir. 

Francesco Bartolomeo Rastrelli (1700 – 1771), architecte – Italie

Bartolomeo Rastrelli, bien qu'Italien né à Paris, a grandi en Russie. Son père, le sculpteur et ingénieur Bartolomeo Carlo Rastrelli, avait été invité par Pierre le Grand à Saint-Pétersbourg en 1716.

C'est justement son père qui est devenu le premier professeur de Bartolomeo, qui a également élargi ses connaissances lors de ses voyages en Europe. Les premières commandes du jeune architecte ont ensuite été de niveau impérial, à savoir l’édification du château de Rundale et du palais de Jelgava (en actuelle Lettonie) pour le duc de Biron, favori de l’impératrice Anna Ivanovna. Le premier de ces deux joyaux d’architecture peut d’ailleurs être vu en détails dans la nouvelle série Catherine la Grande de HBO, dont la plupart des scènes de palais y ont été tournées. Et pourquoi ? Parce qu'il est le plus proche des authentiques palais des tsars russes, tels que le palais d'Hiver à Saint-Pétersbourg et le Grand Palais à Peterhof. Le concepteur de ces derniers a en effet également été Rastrelli.

Rastrelli se distinguait par son approche exceptionnelle du travail. L’on sait par exemple qu'il parlementait lui-même avec les charpentiers, maçons, potiers, et fournisseurs de matériaux. Devenu architecte en chef de la cour de Russie, il a dirigé plusieurs projets simultanément, et dans chacun d'eux l’on retrouve son style unique et reconnaissable, appelé «  baroque élisabéthain ».  Non moins célèbres que ses palais sont sa cathédrale Smolny à Saint-Pétersbourg et l'église Saint-André à Kiev, autres exemples d'architecture baroque.

Cathédrale Smolny

C'est néanmoins également le baroque qui a tué Rastrelli : quand ce style est passé de mode et que ses commandes se sont épuisées, l'architecte, habitué à vivre dans le luxe, a rapidement fait faillite. Il a alors essayé de fuir la Russie et de proposer ses projets à Frédéric II de Prusse, mais a là aussi essuyé un refus. Rastrelli est donc retourné en Russie et, pour joindre les deux bouts, s’est mis à vendre ses meubles et objets d'art. Le lieu exact de sa mort est inconnu.

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Augustin Bétancourt (1758 – 1824), ingénieur – Espagne

Augustin Bétancourt était déjà une célébrité en Espagne. Descendant de la plus noble des lignées, il a reçu une formation d'ingénieur dans les meilleures universités d'Europe. En 1798, Augustin a établi la première ligne télégraphique espagnole et a plus tard été nommé chef du Corps du génie ferroviaire. Mais à ce moment-là, en Espagne a débuté une crise économique et politique et la guerre a éclaté. Bétancourt a donc été contraint de fuir le pays et sa brillante carrière semblait brisée. Mais en 1808, il a été invité en Russie, où il a immédiatement reçu le grade de major-général ainsi que des possibilités illimitées, les Russes nécessitant des talents en ingénierie.

Bétancourt, presque inconnu des Russes eux-mêmes, a pourtant laissé une marque énorme dans divers domaines de la vie du pays. Il a été le premier directeur de l'Expédition pour la préparation des documents d'État, et la plupart des machines pour la frappe monétaire en Russie à cette époque ont été créées par lui. Il est également devenu le premier directeur de l'Institut russe des ingénieurs des chemins de fer et c’est sous sa direction qu’ont été formés les spécialistes, qui ont ensuite entrepris la construction des premiers chemins de fer de l’Empire.

Mais le principal fruit du travail de Bétancourt est connu de tous les Russes, puisqu’il s’agit de la colonne d’Alexandre à Saint-Pétersbourg. C'est selon le système développé par lui que son élève, le sculpteur Auguste Ricard de Montferrand, a réussi à ériger verticalement ce monolithe de granit de 600 tonnes. 

Auguste Ricard de Montferrand (1786 – 1858), architecte – France

Auguste Ricard de Montferrand a servi dans l'armée de Napoléon, mais sa carrière a réellement débuté lorsqu'il a présenté un recueil de ses projets architecturaux au vainqueur de l’Empereur français, le tsar russe Alexandre, lorsque lui et son armée sont entrés à Paris en 1814. Alexandre a aimé ses projets et l'architecte de 30 ans a rapidement été invité à Saint-Pétersbourg. C'est là qu'il a rencontré Augustin Bétancourt, qui présidait alors le comité en charge des chantiers urbains de la ville.

Bétancourt a décelé le talent extraordinaire du jeune homme et proposé à ses risques et périls à l'Empereur la candidature de Montferrand comme architecte pour la reconstruction de la cathédrale Saint-Isaac. Ce temple était l'un des principaux lieux sacrés de Saint-Pétersbourg : il avait été fondé sous Pierre le Grand, qui y avait épousé l'impératrice Catherine. De plus, les travaux de reconstruction étaient extrêmement complexes : la cathédrale existante devait être partiellement démantelée et, sans toucher aux trois autels sanctifiés, construite en un nouveau volume.

Cathédrale Saint-Isaac

Montferrand a dirigé la construction de la cathédrale toute sa vie, puisqu’elle n’a été achevée qu’en 1858, un mois avant la mort de l’architecte. Son dernier souhait était d'être enterré dans les souterrains de la cathédrale, mais l'empereur Alexandre II n'a pas donné sa permission, car Montferrand était catholique. L’on a par conséquent fait le tour de l’édifice en portant son cercueil à trois reprises, tandis qu’à l'intérieur a été placé son buste. Ce dernier est composé de fragments de pierres utilisées pour le revêtement de la cathédrale Saint-Isaac.

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Moritz Hermann von Jacobi (1801 – 1874), physicien – Allemagne

Les dômes de la cathédrale Saint-Isaac, créés par Montferrand, ont été dorés à l'aide de vapeur de mercure – et de 60 à 100 artisans ont ainsi été tués. Le physicien Moritz van Jacobi a alors inventé la galvanoplastie, une technique permettant de recouvrir des objets avec des métaux par courant électrique. Les petits détails du décor de la cathédrale Saint-Isaac ont par conséquent ensuite été recouverts d'or à l'aide de cette méthode.

Jacobi était né à Potsdam dans une riche famille juive. Son père était le comptable personnel du roi de Prusse, de sorte que Moritz avait reçu une excellente formation d'ingénieur. Son intérêt principal était l'électricité, et en 1834, il avait construit le premier moteur électrique du monde à Königsberg, non loin des possessions russes. Puis, Jacobi avait été convié à vivre et à travailler en Russie, l'empereur Nicolas Ier ayant vu un grand avenir dans ses inventions.

Moteur électrique de Jacobi

Moritz Jacobi s’était donc installé en Russie en 1837, et ce, pour toujours. À Saint-Pétersbourg, il a été traité comme une grande célébrité. Immédiatement après son arrivée, il avait reçu 50 000 roubles (l'équivalent du salaire de 10 ministres par an), et Jacobi n'a pas déçu les espoirs placés en lui. Dès 1838 il a réalisé sa découverte principale, la galvanoplastie. En 1841, Jacobi a donné naissance, pour le tsar russe, au premier télégraphe à imprimer l'alphabet, à l’aide duquel Nicolas pouvait, depuis son bureau dans le palais d'Hiver, communiquer avec les officiers de l'état-major général, situé de l'autre côté de la place du Palais. Bientôt, les lignes du télégraphe de Jacobi se sont étendues jusqu'aux résidences impériales de campagne. Le chercheur n'a jamais quitté la Russie. Il est devenu un noble et est mort en vieil homme respectable à Saint-Pétersbourg, en 1874.

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