Pourquoi la Russie a (malgré elle) contribué à la grandeur des États-Unis

Legion Media, Pixabay
Les deux puissances n’ont jamais été les meilleures amies du monde, mais il y a plusieurs moments charnières dans l’histoire où les actions de la Russie ont directement ou indirectement entraîné des changements monumentaux pour les États-Unis. Des changements sans lesquels ils n’auraient peut-être pas si facilement atteint leur statut de superpuissance…

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En novembre 2019, les relations entre Moscou et Washington restaient au plus bas – la tendance à la dégradation des relations reste la règle au cours de la dernière décennie : scandales d'espionnage, allégations mutuelles d'ingérence politique, conflits diplomatiques, sans oublier l’abandon d'un traité sur les armes nucléaires datant de 30 ans - nous croirions avoir tout vu !

Dans ce contexte maussade, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, a même déclaré cet été que les relations russo-américaines étaient « encore pires que pendant la guerre froide »… il est donc difficile de se concentrer sur les aspects positifs. Et pourtant, n’oublions pas que l’histoire des relations bilatérales est loin d’être uniquement sombre et a également connu des moments d’amitié, d’assistance mutuelle et de coopération.

Voici comment la Russie (ou l’URSS) a aidé les États-Unis, intentionnellement ou non.

Soutenir le Nord dans la guerre civile

Certes, étant donné que certains Américains des États du Sud aiment toujours brandir des drapeaux confédérés de temps à autre, tout le monde aux États-Unis n’en sera pas reconnaissant.... Mais pour ceux qui croient que les Unionistes étaient du bon côté de l’histoire, le rôle de la Russie était plutôt positif !

L'équipage d'un bateau russe pendant la Guerre civile américaine, 1863

Le fait est que l'Empire russe a officiellement soutenu diplomatiquement le gouvernement d'Abraham Lincoln (le seul État européen à l’avoir fait, à l'exception de la Suisse) en 1862. « La Russie souhaite avant tout que l'Union américaine soit maintenue comme une nation indivisible », a écrit le ministre des Affaires étrangères, Alexander Gortchakov au secrétaire de l'ambassade américaine. En outre, la Russie a envoyé deux flottes de six navires de guerre chacune pour patrouiller dans les eaux autour de New York et de San Francisco.

Bien entendu, la Russie poursuivait également ses propres objectifs. Dans les années 1860, face à la possibilité d’une nouvelle guerre européenne, il lui fallait des bases en Amérique pour attaquer les territoires d’outre-mer appartenant à la France et à la Grande-Bretagne. Néanmoins, les navires de guerre russes ont aidé l'Union à maintenir la sécurité de ses villes. De nos jours, une telle histoire semble relever du conte de fées.

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Vendre l’Alaska

L’Alaska s’est avérée être une véritable mine d’or pour les Américains (au sens propre comme au sens figuré) : en 1867, les États-Unis l’ont achetée à la Russie pour 7,2 millions de dollars avant d’y découvrir de vastes réserves d’or vingt ans plus tard. La ruée vers l'or du Klondike à la fin du XIXe - début XXe siècle a rapporté à l'économie américaine des centaines de millions de dollars, et la Russie ne pouvait que s’en mordre les doigts.

Pourquoi avons-nous vendu l'Alaska à Washington ? En un mot, il était trop coûteux et difficile de contrôler des contrées aussi lointaines depuis Moscou, des régions que la Russie pensait dépourvues ressources naturelles (quelle erreur !). Il semblait donc judicieux de s'en débarrasser… Oups ! C’est ainsi que les États-Unis ont obtenu leur 49e État, le plus grand, le plus froid et une base arrière cruciale pour atteindre l’Arctique.

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Envoi d'immigrants

Pour être franc, presque tous les pays du monde peuvent réclamer aux États-Unis de la gratitude à cet égard. Pour être encore plus honnête, ce n’est pas vraiment quelque chose dont la Russie peut être fière, mais les fils et les filles qu’elle a perdus dans le chaos et les effusions de sang du XXe siècle ont grandement enrichi la science et la culture américaines.

Une famille d'immigrés russes aux États-Unis

D'abord, des milliers de personnes sont parties à cause des pogroms anti-juifs de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Les émigrants se sont installés en Amérique, ont fondé des familles et ont eu des enfants - c’est ainsi que l’Amérique a obtenu Steven Spielberg, par exemple. Ou Bob Dylan, ou Harrison Ford, ou David Duchovny, ou Gwyneth Paltrow… tous, comme beaucoup d’autres, sont les descendants d’immigrants juifs venus de l’Empire russe.

Deuxièmement, juste après le début de la révolution en 1917 et la prise du pouvoir par les bolcheviks, les États-Unis et l’Europe ont été confrontés à un afflux d’immigrants russes qui ne pouvaient ou ne voulaient pas vivre sous le régime rouge. Parmi eux se trouvaient le romancier Vladimir Nabokov (auteur du roman Lolita), l'ingénieur Vladimir Zvorykin (qui a créé la télévision), le concepteur d'aéronefs Igor Sikorsky (inventeur des meilleurs avions et hélicoptères de son époque), le compositeur Sergueï Rachmaninov, etc.

Bien sûr, tous ces immigrants avaient de la nostalgie pour leur pays d’origine, mais ils ont peu à peu embrassé l’Amérique, ses valeurs et ses opportunités. « La Terre est solide partout. Je recommande les États-Unis », a écrit le poète Joseph Brodsky, un autre immigrant célèbre, à son compatriote émigré, le danseur de ballet Mikhaïl Barychnikov. Ce dernier a semblé du même avis, car il a demandé par la suite la citoyenneté américaine.

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Contributions pendant la Seconde Guerre mondiale

Celui-ci va sans dire. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les Alliés, qui se haïssaient mutuellement avant la guerre, ont affronté un mal si absolu, l’Allemagne nazie, qu’ils se sont unis et se sont battus main dans la main pour l’avenir de l’humanité tout entière. Et si l’importance des efforts de chaque pays pour résister aux nazis ou au Japon militariste est indiscutable, c’est l’URSS qui a subi les plus lourdes pertes (26,6 millions de personnes ayant trouvé la mort selon les statistiques officielles, contre 405 000 victimes américaines).

Un convoi allié arrive à Mourmansk, dans le nord de la Russie

Que serait-il arrivé si l'URSS n'avait pas combattu l'Allemagne ? Même si la Grande-Bretagne, les États-Unis et leurs alliés avaient réussi à gagner, le prix à payer pour la victoire aurait été beaucoup plus élevé. C’est pourquoi les Russes sont si irrités d’entendre quelqu'un sous-estimer la contribution soviétique à la victoire dans la Seconde Guerre mondiale.

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Défi pendant la guerre froide

C’est lors de leur confrontation avec l’URSS, qui a duré des années 1940 aux années 1980, que les États-Unis sont devenus une véritable superpuissance. Et si la course aux armements nucléaires fera probablement peser à jamais un risque sur l’humanité, les défis des Soviétiques ont fait progresser les Américains dans tous les domaines - militaire, économique, culturel et scientifique. Même en répondant à la question « Pourquoi la NASA a-t-elle été créée ? », les astronautes américains répondent : « Pour vaincre les Russes ! ». Et ils ont raison : la course à l'espace a suscité chez l'humanité le désir d'explorer l'univers.

« Les phrases (paix, défense, désarmement) et... les bases »

De plus, le danger venant de l'Est a amené les pays capitalistes occidentaux (principalement européens) à s'unir derrière un bouclier de sécurité. Et Washington, avec son énorme capacité militaire, a endossé le rôle de leader, créant ainsi le bloc de l’Otan. Après l'effondrement de l'URSS et de son bloc socialiste, l'Otan a dû faire face à une crise existentielle. Aujourd'hui, sans ennemis évidents, la raison d’être du bloc militaire devient de plus en plus vague et difficile à justifier, tandis que ses dirigeants se disputent pour savoir qui doit combien à qui. Peut-être que la manière dont la Russie est parfois décrite comme un mal absolu en Occident n’est que pure nostalgie du bon vieux temps !

Dans cette autre publication, nous parlons des radicaux que les États-Unis avaient déporté vers la Russie soviétique 

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