Pourquoi l'Empire russe a subi trois révolutions en dix ans

Alexander Kislov
Les soulèvements du XXe siècle peuvent être déroutants, alors voici un bref rappel historique pour ceux qui veulent y voir plus clair.

Même pour les historiens russes, la saga de la révolution du début du XXe siècle peut être déroutante. Les bolcheviks ont-ils renversé l'empereur ? (Révélation : non). Pourquoi y a-t-il eu deux révolutions en 1917, en février et en octobre ? Qu'est-ce que la Première Guerre mondiale avait à voir avec tout ça ? Et que s'est-il passé dix ans auparavant, de 1905 à 1907 ?

Nous allons répondre à ces questions (de la manière la plus courte possible) avec un bref guide des trois révolutions de Russie.

1905-1907: le premier soulèvement populaire

Causes : Au début du XXe siècle, chaque couche sociale de Russie avait des raisons de ne pas être satisfaite de la monarchie absolue. Les paysans, qui constituaient jusqu'à 77% de la population, souhaitaient une répartition plus équitable des terres, le prolétariat en développement dans les villes réclamait de meilleures conditions de travail et les intellectuels voulaient une constitution et un parlement, choses qui n'existaient pas dans l'empire russe.

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L’empereur Nicolas II n’était pas un grand partisan des réformes : au début de son règne, il a qualifié l’idée de démocratie de « rêves insensés » et a promis de « protéger les piliers de l’autocratie ». En conséquence, un soulèvement couvait et la situation se détériora après une série de défaites lors de la guerre russo-japonaise (1904-1905) - le pays se sentit humilié.

Événements importants : Le 9 janvier 1905 (le 22 janvier, selon le nouveau calendrier, par la suite « NC »), une délégation de près de 150 000 travailleurs se rend de la banlieue de Saint-Pétersbourg au Palais d'Hiver, la résidence de l'empereur, pour lui remettre une pétition contenant une liste des revendications, y compris concernant la création d'un parlement. Les autorités qualifient les demandes de « scandaleuses » et ordonnent à la police de tenir les travailleurs à l'écart du palais. Des coups de feu sont tirés, faisant au moins 130 morts (selon les informations officielles). La Russie est sous le choc.

« Les balles des soldats qui ont tué les ouvriers ont également tué notre confiance envers le tsar », a écrit Gueorgui Gapon, meneur du mouvement. Pendant plus d'un an, des émeutes et des grèves ont parcouru la Russie : plus de deux millions de personnes y ont participé. Les révolutionnaires ont assassiné plusieurs hauts fonctionnaires, dont des ministres et l’oncle de l’empereur, Sergueï.

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Conséquences : En réponse aux troubles généralisés, Nicolas II a publié le 17 octobre (NC : 30), le Manifeste sur l'amélioration de l'ordre public (Manifeste d'octobre), qui a créé la Douma (un organe législatif) et garanti plusieurs libertés civiles. Cela a permis de calmer les manifestations pendant un certain temps, mais le manifeste avait de graves défauts. Nicolas II avait toujours le droit de dissoudre la Douma et restait un autocrate.

De 1906 à 1907, l'État continue à réprimer violemment les troubles et l'empereur dissout deux Doumas l'une après l'autre. Il a réussi à conserver son trône mais les problèmes n’ont été réglés que temporairement.

1917, février: l'empereur perd le pouvoir

Causes : Au début de l'année, la Russie se battait déjà depuis deux ans et demi dans la Première Guerre mondiale et souffrait de graves problèmes économiques. En raison de problèmes logistiques, il était impossible de fournir de la nourriture à tout le pays et le gouvernement se concentrait sur le front - les villes derrière les lignes, y compris Petrograd (l'ancien Saint-Pétersbourg), faisant face à la famine.

« L’industrie était désespérément incapable de résoudre le problème. La population urbaine a beaucoup souffert pendant la seconde moitié de la guerre », a écrit l'historien Mikhaïl Florinski. En outre, la famille royale et Nicolas II étaient considérés comme des dirigeants sans talent et inutiles, incapables de gagner la guerre ou de rétablir la paix dans le pays. La population a atteint le point de rupture.

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Événements importants : Le 23 février (NC : 8 mars), Journée internationale de la femme, environ 90 000 tisserands de Petrograd se sont mis en grève et le slogan « Nous voulons du pain ! » s'est rapidement transformé en soulèvement politique auquel de plus en plus de personnes ont adhéré - finalement, la garnison de la capitale a soutenu les manifestants.

Quelques jours plus tard, le 5 mars (NC : 18 mars), Nicolas II, qui se trouvait sur le front, est contraint d'abdiquer par des généraux et des hommes politiques progressistes. Une monarchie de 300 ans est tombée en une semaine.

Conséquences : À Petrograd, une étrange diarchie voit le jour : le gouvernement provisoire modéré prend le pouvoir et promet de poursuivre la guerre jusqu’au bout, tandis qu’il est « supervisé » par les Soviets, des organes élus de la base de la société composés d’ouvriers et de soldats. L'objectif général était de créer une grande assemblée constituante qui déterminerait l'avenir du pays - mais la diarchie s'est bientôt effondrée.

1917, octobre: ​victoire des bolcheviks

Causes : Parmi tous les partis de l'époque, les bolcheviks étaient les plus à gauche. Leurs dirigeants, y compris Vladimir Lénine, sont revenus en Russie après la Révolution de février et ont commencé à réclamer la fin immédiate de la guerre, la nationalisation des terres et le remplacement du gouvernement provisoire « bourgeois-libéral » par un gouvernement soviétique.

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Pendant ce temps, l’armée et la population russe s’affaiblissaient. Le gouvernement provisoire n’a pas réussi à obtenir la loyauté du peuple et à faire face aux troubles organisés par la droite et la gauche de l’échiquier politique. Les appels à attendre l’Assemblée constituante n’ont pas impressionné le public - cela a créé un vide de pouvoir.

Événements importants : Dans la nuit du 25 octobre (NC : 7 novembre), les révolutionnaires s'emparent du bureau central de la poste et des télégraphes et prennent d'assaut le Palais d'Hiver, renversant le gouvernement provisoire ; ses membres fuient ou sont arrêtés. Les bolcheviks sont largement soutenus par le public et, après leur accession au pouvoir, ils publient un décret sur la paix (avec l'Allemagne) et le décret sur la terre (attribution de toutes les terres aux paysans).

Conséquences : Les promesses des bolcheviks n’ont pas été faciles à tenir : la guerre durait depuis de longs mois et les paysans ont dû attendre longtemps pour obtenir leur terre. Peu importait cependant : les bolcheviks avaient gagné leur pari, peignant la Russie en rouge pour près de 70 ans.

Leurs noms sont connus dans le monde entier et ils suscitent encore des passions d'une ampleur considérable... Voici les trois révolutionnaires russes les plus célèbres.

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