A Moscou, un hub pour impulser les technologies françaises en Russie

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Lancé fin janvier 2016 par Emmanuel Macron, le French Tech Hub de Moscou doit permettre de valoriser l’offre française auprès des géants de la tech russes et des fonds d’investissement russes.

« Les efforts réalisés ces 12 derniers mois par les Ambassadeurs de la French Tech Moscow pour mobiliser et fédérer les écosystèmes français et russes de l’innovation et du numérique […] ont largement contribué à faire évoluer positivement l’image de la France en Russie dans le domaine des nouvelles technologies », se félicite Stéphanie Morley, chef du pôle Tech et Services du Bureau de Business France de Moscou.

Et du travail, il en faut pour faire en sorte que les géants russes du secteur comme Yandex, 1er moteur de recherche utilisé par les Russes devant Google, l’opérateur de téléphonie MTS ou encore le site de vente en ligne Ozon.ru pensent à la France plutôt qu’à Israël, à la Grande-Bretagne ou encoreaux États-Unis lorsqu’il s’agit d’intégrer de nouvelles technologies.

Une communauté au service de l’innovation

Il y a un peu plus de deux ans, les acteurs français du numérique en Russie se sont réunis au sein de l’association French Tech Moscow. « L’idée était de regrouper la communauté franco-russe du numérique pour faciliter l’implantation des start-ups et entreprises innovantes françaises en Russie et attirer les entrepreneurs et investisseurs russes en France », explique Yannick Tranchier, fondateur de la Maison des entrepreneurs français (MEF) – une pépinière de 700m2 située au centre de Moscou qui accueille les PMI-PME qui désirent s’implanter en Russie – et membre de French Tech Moscow.

Crédit : service de presse de SkolkovoCrédit : service de presse de Skolkovo

Et les contacts noués lors des événements et rencontres informelles organisés les « ambassadeurs » de l’association ont permis de déboucher sur des résultats concrets. Le French Tech Tour Russie opéré par Business France en juin dernier a déjà permis à l’un des participants Ecritel, spécialiste de l'hébergement de sites d'e-commerce, de concrétiser son projet d’ouverture de filiale. C’est aussi le cas de Leroy Merlin qui par le biais de l’antenne moscovite de Numa, un accélérateur français pour start-ups, membre de French Tech Moscow, le spécialiste français de la construction, du bricolage et du jardinage « est entré en contact avec une jeune pousse russe, MySender. Cette dernière a développé un produit qui intègre plusieurs systèmes de messagerie comme WhatsApp, Viber, etc. au sein d’une même interface », explique Julien Nicolas, responsable de Numa à Moscou. Avec ce produit, Leroy Merlin compte rester en contact avec ses clients, assurer son service clientèle, l’évaluation de ses magasins etc., indépendamment de la messagerie qu’ils utilisent.

« Nous allons tester le produit de MySender dans l’un de nos magasin dès la mi-septembre, ce n’est qu’après ce test que nous déciderons d’investir dans cette start-up », précise Nikolaï Kozak, porte-parole de Leroy Merlin. L’enseigne française a lancé un programme « stratégique » pour stimuler l’innovation dans le cadre de son développement en Russie car aux yeux de Nikolaï Kozak, « il est capital d’investir en Russie pour assurer le futur ».

La Russie reste un marché immense

Avec 90 millions d’internautes, dont 35 millions font des achats en ligne, les nouvelles technologies ont connu en Russie un développement très important qui aiguise les appétits. « Les Russes sont aujourd’hui prêts à se déplacer en France pour rencontrer des pépites françaises triées sur le volet, comme l’a démontré le Discovery Tour organisé à Paris en juin dernier, en marge de Viva Technology, avec des investisseurs russes », souligne Stéphanie Morley.

« Le système français de soutienà l’innovation des entreprises et à l’innovation technologique est l’un des plus attractifs dans le monde, en raison notamment de son ouverture à la coopération internationale et du soutien qu’il procure à des projets communs », confirme Aleksandra Barchtchevskaya, directrice des relations médias de la fondation Skolkovo.

Transférer un savoir-faire

Skolkovo, c’est aussi une ville à la périphérie de Moscou que les autorités souhaitent transformer en Silicon Valley. Une tâche qui incombe à la Fondation Skolkovo, organisation à but non lucratif, qui supervise la création d’un techno parc, dans lequel plus de 1 400 start-ups sont répertoriées. Airbus, par exemple, a noué un partenariat avec cette entité afin d’y mener des recherches, tout en profitant de cet écosystème mis en place par les autorités russes pour favoriser le rôle de l’innovation dans le développement de l’économie.

Un secteur dans lequel la Russie, qui ne dispose pas forcément du savoir-faire nécessaire, se félicite de pouvoir compter sur le soutien de la France, d’autant plus que la création du label French Tech Hub, opérée lors de la visite de l’ex-ministre de l’Économie Emmanuel Macron en janvier dernier, signifie que l’État français soutient pleinement cette initiative.

« Skolkovo coopère avec le French Tech Hub pour l’organisation de missions d’affaires avec des start-ups russes […] dans une large palette de secteurs – services, drones, système de surveillance médicale, aérospatiale –qui se développent actuellement au sein de Skolkovo », précise Aleksandra Barchtchevskaya. À terme, l’ambition est de faire évoluer l’économie russe, qui s’appuie aujourd’hui sur l’exploitation des ressources dont le pays regorge, vers une économie axée davantage sur l’innovation et dans ce processus complexe, le savoir-faire français en matière de gestion et de promotion de l’innovation est un atout important.

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