Comment un «touriste» italien est devenu l'un des principaux financiers de Russie

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Vincenzo Trani est aujourd'hui le fondateur de la holding Mikro Kapital, préside la Chambre de commerce italo-russe et est l’homme qui a amené le «covoiturage» en Russie. Trani se définit comme «un entrepreneur né en Russie». Venu dans le pays en tant que touriste, il y est resté pendant 19 ans. Et tout a commencé avec une petite annonce dans le journal…

Tout a commencé en 2001. J'avais 25 ans et je suis venu en Russie en tant que simple touriste. Ici, dans le Moscow Times, j'ai vu une offre d’emploi pour une banque, la BERD. Ils recherchaient des spécialistes ayant une expérience étrangère dans les petites entreprises. Avant cela, je travaillais dans ce domaine chez Monte dei Paschi di Siena en Italie. En fait, le poste vacant avait été ouvert quatre mois auparavant, mais j'étais le seul à avoir répondu à l'appel. Et ils m'ont pris ! Telle était la situation intéressante sur le marché. A cette époque, les étrangers étaient très demandés. J'ai donc commencé à travailler en Russie en tant que conseiller principal chargé de promouvoir le développement des petites et moyennes entreprises, puis en tant que représentant de la BERD au conseil d'administration de KMB Bank en Russie et en tant que directeur général adjoint de cet établissement.

Bien sûr, c’était passionnant. Après tout, les petites entreprises sont la principale composante du PIB italien, et je pouvais essayer d’appliquer mes connaissances pour promouvoir le développement de l’économie russe et de travailler avec les leaders du marché des prêts aux PME. Et puis en 2008, je suis devenu entrepreneur en créant et dirigeant le fonds d'investissement Mikro Kapital.

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La Russie est un pays d'opportunités, et venir ici a changé ma vie. Bien entendu, la situation à l'époque était incompréhensible. Nous étions au début du règne de Vladimir Poutine, mais tout a commencé à s'améliorer. Quand je me souviens de cette époque - avec des gens hostiles au contrôle des passeports de l'aéroport, les vieilles voitures et la corruption - je constate que la situation a beaucoup évolué au cours des 20 dernières années.

Comment j'ai lancé le covoiturage en Russie

Lorsque j'ai décidé de lancer le covoiturage en Russie, j'avais bien sûr un peu peur. L'idée m'est venue à l'esprit après un voyage à Milan, où j'ai d'abord essayé ce service, et après avoir étudié le marché, j'ai suggéré au Département des transports de Moscou de le développer. Ce service n’était pas encore arrivé ici et on ne savait pas si nous allions dans la bonne direction. C’est ainsi que Delimobil est apparu (je suis son plus grand actionnaire, mais pas le seul). Maintenant, il a beaucoup de concurrents, mais nous sommes heureux d’avoir été les premiers et d’occuper toujours 33 % du marché. Delimobil est rapidement devenu populaire, mais nous avons ressenti un réel succès lorsque nous avons réalisé qu’un habitant de la ville sur dix était parmi nos clients et que leur nombre ne faisait que croître.

Les hommes d'affaires russes aiment le risque et sont curieux

Les entrepreneurs russes diffèrent des européens en ce qu'ils étudient en permanence. En Occident, être homme d’affaires est une occupation héréditaire, où les gens représentent la deuxième, troisième ou quatrième génération. Ils pensent qu'ils savent déjà tout. Ils sont satisfaits de la stabilité et n’ont aucune motivation pour se développer davantage. En Russie, les entrepreneurs sont beaucoup plus ouverts aux nouvelles connaissances. Beaucoup ont reçu une formation à l'étranger, ou connaissent un peu les langues. Et même les petits entrepreneurs russes ont des bases de marketing, de finance et d’analyse de marché.

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Une autre différence est l'attitude face aux risques. Les Européens ne sont pas prêts à risquer leur capital accumulé de génération en génération et sont plus intéressés par le fait de faire du gain à risque zéro. Après les années 1990, les hommes d’affaires russes l’ont compris : pour gagner beaucoup, il faut être capable de prendre des risques. Pour les Russes, la principale motivation est le revenu maximum.

Une rentabilité élevée qui attire malgré les sanctions

Une des caractéristiques des affaires en Russie est que l’État a une influence significative sur le pays. Je comprends qu'historiquement, apparemment, il était impossible de protéger la société sans cela, mais cela a considérablement limité le développement du marché et bridé la liberté des entreprises. La Russie semble rechercher un « terrain d'entente » entre le capitalisme à l’américaine pur et dur et l'approche de la Chine, où le capitalisme est gouverné par l'État.

Un grand avantage pour la Russie est que le pays a toujours eu pour objectif d'attirer les investissements de l'étranger et que le gouvernement n’a eu de cesse de s’impliquer dans la protection des investissements étrangers. Même pendant les sanctions, nous voyons des entreprises qui se développent bien ici. J'ai déjà investi dans différents pays et je peux dire que le rapport rentabilité/niveau de risque en Russie est l'un des meilleurs. Le retour sur investissement est ici plus intéressant en termes de risque/rendement que dans d’autres pays.

Les sanctions en elles-mêmes n'affectent pas l'intérêt des investisseurs pour la Russie, mais le contexte informationnel est très influent. C'est un point sensible pour moi, car chaque jour, je dois convaincre mes investisseurs de continuer à investir dans notre société et dans notre travail en Russie. Les articles négatifs dans les médias occidentaux sur la Russie intimident les investisseurs et entravent grandement la coopération. Les chiffres m'aident à les combattre : habituellement, trois ou quatre indicateurs économiques suffisent à démontrer l'évolution de la Russie. Lorsque les investisseurs voient des données sur la croissance du PIB, les salaires moyens et les retraites en 1991, 2001 et 2019, tout est immédiatement clair. Tout le reste, ce n’est que du bla-bla.

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Je parle toujours en russe avec les Russes

Pour créer une entreprise et travailler en Russie, vous devez connaître le russe. J'ai commencé ma carrière à la BERD, à Samara (à 855 km au sud-est de Moscou) et c'est là que j'ai dû apprendre le russe. Personne ne parlait anglais et encore moins italien. Par conséquent, nous envoyons toujours nos stagiaires étudier le russe quelque part dans l’antenne régionale pendant quelques mois. Apprendre le russe à Moscou et à Saint-Pétersbourg est beaucoup plus difficile.

Maintenant, je fais encore des erreurs, mais je comprends absolument tout et je parle toujours russe avec les Russes. Non pas parce que je n’aime pas parler anglais, mais parce que c’est seulement ainsi que je peux comprendre le caractère d’une personne.

J’ai le sentiment de m’être « russifié », mais je pense que ce n’est pas une très bonne chose. Vous devez vous rappeler que vous êtes un étranger, que vous êtes en visite et il ne faut pas l'oublier. La mission d'un étranger est de préserver son « altérité » en Russie et d’apporter des choses positives à ce pays en lui fournissant un point de vue différent sur les choses et les affaires.

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