Comment les millionnaires russes gèrent leur argent en temps de crise

7 juillet 2017 Ksenia Zoubatcheva
Dans un contexte économique incertain, les riches ont dû revoir leurs priorités et se concentrer sur la conservation de leurs millions au détriment des projets à risque.
Serene
Mega-yacht luxueux de Youri Chefler, magnat russe de la vodka, en France. Crédit : Global Look Press

La crise économique et l’incertitude géopolitique auxquelles on assiste depuis 2014 ont incité de nombreux millionnaires russes à modifier leur approche vis-à-vis de l’investissement. Ils ont dû revoir leurs priorités et se concentrer sur la conservation de leurs fonds, plutôt que sur leur accroissement.

« Il y a à peine deux ans, les riches misaient sur les produits et stratégies d’investissement actifs, mais aujourd’hui, ils s’assurent que leur portefeuille d’investissement est équilibré et protégé de tout un éventail de risques potentiels liés aux fluctuations des monnaies ou à l’environnement d’un pays particulier », nous explique Stanislav Novikov, directeur général de la société de courtage BKS Ultima.

Evgueni Volkov, responsable du courtage chez Rosevrobank, confirme : « Actuellement, il est très populaire d’investir dans des avoirs libellés en devises, de parier sur la hausse des taux de change et d’acheter des obligations importantes ». « Aujourd’hui, l’objectif principal de nombreux investisseurs est de préserver le capital qu’ils possèdent et de se concentrer sur des stratégies de conservation », explique-t-il.

Et les entreprises ?

Selon la récente étude menée par la banque suisse Julius Baer, le milliardaire russe moyen investit toujours l’essentiel de son capital (36%) dans les entreprises privées. Même par temps de crise, les entreprises commerciales, particulièrement dans la production alimentaire, la pharmacie et l’automobile, peuvent assurer un flux de revenus stable dans les moments les plus difficiles.

Mikhaïl Fridman. Crédit : Ramil Sitdikov / RIA NovostiMikhaïl Fridman. Crédit : Ramil Sitdikov / RIA Novosti

Cela pourrait expliquer pourquoi Mikhaïl Fridman, 7e fortune russe, a récemment conclu un accord de rachat de la plus grande chaîne alimentaire d’Europe. La chaîne britannique British Holland & Barret compte plus de 1 150 magasins dans 11 pays et a coûté 1,7 milliard de livres (1.9 million d’euros) à Fridman.

Certains investissent dans des entreprises étrangères, mais d’autres préfèrent placer leur argent dans l’économie nationale. Alexeï Mordachov, un autre milliardaire russe et 2e fortune selon le classement Forbes, investit actuellement 6 milliards de roubles (87 millions d’euros) dans une station balnéaire dans la région russe de l’Altaï. L’actionnaire majoritaire de l’entreprise sidérurgique russe Severstal envisage de construire un complexe de ski et un parc aquatique dans le cluster local Belokurikha-2 soutenu par un programme d’État visant à promouvoir le tourisme local.

Les propriétés de luxe, toujours aussi populaires

Investir dans l’immobilier, surtout en Europe, est un choix fréquent chez les millionnaires russes. « L’achat d’une propriété reste un investissement conservateur populaire, estime Volkov. L’Espagne figure parmi les pays les plus attractifs, car un investissement de 500 000 euros permet d’y obtenir un permis de séjour ».

En effet, au cours de ces dernières décennies, les investisseurs russes ont inondé le marché de l’immobilier de luxe espagnol : DW a révélé que le nombre d’investisseurs russes en Espagne croît de 5 à 10% tous les ans. Auparavant, les Russes s’y rendaient pour passer leurs vacances et désormais, ils s’y installent et rachètent des entreprises et des propriétés de luxe.

D’autres pays européens sont également recherchés par les millionnaires russes. Ils y achètent des villas modernes, mais investissent également dans des domaines historiques de pays comme la France, la Grande-Bretagne et l’Autriche. Récemment, un milliardaire russe inconnu a restauré la villa historique de la danseuse russe Mathilde Kschessinska sur la Côte-d’Azur. En 2010, le milliardaire, qui possédait déjà une propriété dans le coin, a racheté la villa et l’a rénovée – aujourd’hui, elle est proposée à la vente pour 26,9 millions d’euros.

Investissements « passionnés »

Les riches aiment dépenser leur argent en art, voitures, vin et même en instruments de musique – tout ce qu’ils aiment utiliser ou regarder. Ces investissements « passionnés » promettent des rendements solides, surtout si on parvient à débusquer des raretés.

En 2016, Youri Chefler, magnat russe de la vodka, a réalisé un bénéfice rondelet en vendant son mega-yacht luxueux au prince saoudien bin Salman. Le milliardaire comptait initialement vendre le Serene pour 350 millions euros, mais l’a finalement cédé à 480 millions.

Malheureusement, il faut également se préparer à des pertes et déceptions potentielles. En mars 2017, le milliardaire russe Dmitri Rybolovlev, dont la fortune est estimée à 8,3 milliards d’euros, a perdu 130 millions d’euros en vendant quatre œuvres d’art chez Christie’s. Ces pertes ont survenues en plein différend entre le milliardaire et son marchand d’art qui aurait surfacturé près d’un milliard d’euros à Rybolovlev au cours des dix dernières années.

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