Pourquoi la Russie réduit sa production dans la foulée de l’OPEP

Un accord historique a été obtenu entre le cartel et onze pays non membres afin de soutenir les prix des ressources énergétiques.

Un accord historique a été obtenu entre le cartel et onze pays non membres afin de soutenir les prix des ressources énergétiques.

Reuters
Les pétroliers russes réduiront leur production journalière de 300 000 barils et l’État persuadera les compagnies privées à se joindre à l’accord.

À l’instar des pays membres de l’OPEP, la Russie a accepté de réduire sa production de pétrole pour soutenir les cours des ressources énergétiques, a annoncé le ministre russe de l’Énergie Alexandre Novak, cité par le quotidien économique russe RBC Daily

Il précise que c’est la première fois qu’un tel nombre de pays décident de s’unir dans une action commune de ce type. Outre la Russie, 10 autres pays non membres de l’OPEP, dont le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan et le Mexique, ont décidé de réduire la production. Selon l’agence Bloomberg, il s’agit du premier accord de ce type de ces 15 dernières années entre l’OPEP et les pays ne faisant pas partie du cartel. La Russie est le pays qui devra faire le plus gros effort de réduction de la production.

Fin novembre, les pays de l’OPEP avaient décidé de réduire la production pétrolière de 1,2 million de barils par jour. Les producteurs de pétrole cherchent ainsi à stimuler la croissance des prix des ressources énergétiques.

Contenu de l’accord

À compter du mois de janvier 2017, les 11 pays ne faisant pas partie de l’OPEP se sont engagés à réduire leur volume global de production de pétrole de 558 000 barils par jour. Selon les informations de Bloomberg, la Russie réduira sa production de 300 000 barils, le Mexique de 100 000 barils, Oman de 40 000 barils, et l’Azerbaïdjan de 35 000 barils, le niveau étant inférieur pour les autres pays.

Alexandre Novak a précisé aux journalistes que pour la réduction de la production, les compagnies russes se baseront sur les niveaux du mois d’octobre. Ainsi, en octobre 2016, elles produisaient 11,2 millions de barils par jour, niveau plancher dans l’histoire russe depuis l’effondrement de l’URSS en 1991. Les participants à la rencontre ont décidé de créer un comité chargé de surveiller le respect de l’accord.  Le nouveau comité aura, par ailleurs, deux présidents : pour les pays membres de l’OPEP, il sera dirigé par le Koweït, pour tous les autres pays – par la Russie.

Contrairement aux pays du Proche-Orient, la Russie n’a pas de monopole d’État sur la production de ressources énergétiques. Ainsi, l’État devra convaincre plusieurs acteurs, dont des producteurs privés, de réduire leur production. Les acteurs du marché ne savent pas encore quel en sera le mécanisme. Des quotas pour chaque compagnie seront étudiées par le ministère de l’Énergie, précise Gueorgui Vachtchenko, responsable des opérations à la bourse russe chez Freedom Finance.

Le mécanisme de réduction ne peut être que volontaire, a expliqué Alexandre Novak aux journalistes, ajoutant que les compagnies russes étaient prêtes à réduire la production pour stabiliser les prix sur le marché du pétrole. Ainsi, le patron de la plus grande compagnie pétrolière privée russe, Lukoil, a d’ores et déjà déclaré qu’il soutenait la position du ministère de l’Énergie et était prêt à participer aux engagements de la Russie, informe l’agence TASS. 

Pertes des pétroliers

Les compagnies pétrolières russes devront réduire leur production d’un peu moins de 3% par rapport au niveau actuel, alors que la répartition du volume entre les pays non membres de l’OPEP s’explique par la part de la Russie sur le marché, explique Ivan Kapitonov, professeur agrégé l’École des hautes études en gestion auprès de l’Académie russe de l’économie nationale et du service public. Il explique que la réduction sera proportionnelle pour toutes les compagnies : les compagnies qui voient leur niveau de production croître, comme la filiale du monopole gazier Gazprom neft ou la compagnie Bashneft, récemment privatisée, seront gagnantes. En revanche, les compagnies dont le niveau est en baisse, comme Lukoil, y perdront.

Gueorgui Vachtchenko estime que Lukoil pourrait perdre jusque 2,33 milliards d’euros de recettes potentielles avec cette coupe dans la production. « En réalité, la hausse des prix devrait compenser les pertes en production qui seront plus importantes que la réduction de 3%. Si le prix du baril atteint 52 euros, cela compensera les pertes des compagnies au deuxième trimestre 2016 », précise-t-il. Aucune compensation publique officielle n’est prévue, le gain économique sera atteint grâce à la hausse du prix du pétrole : il est plus rentable de vendre des volumes inférieurs à un prix plus élevé que le contraire, ajoute Ivan Kapitonov.  

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