Paul Buhre : l’épopée d’un grand nom de la montre originaire de Russie

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Faire des affaires en Russie a toujours été difficile, mais l’histoire du pays connaît certains exemples de grands succès remportés par des représentants de différentes couches sociales, notamment des serfs, qui, grâce à leur talent et à leur persévérance, ont mis en place des entreprises ayant généré des bénéfices immenses.

Les tentatives de lancer en Russie la fabrication de montres en série se sont presque toujours soldées par un échec. Trois entreprises ont été ouvertes sous le règne de Catherine II : à Saint-Pétersbourg, à Moscou et à Koupavna (dans la région de Moscou). Toutefois, elles ont rapidement fait faillite, n’ayant pas réussi à organiser une production efficace ni à trouver l’argent nécessaire pour acheter le matériel et payer les ouvriers étrangers. Au XIXe siècle, le marché russe était dominé par le Suisse Breguet, qui fabriquait alors des montres sur mesure.

C’est à cette époque que l’horloger Carl Buhre et son fils Paul, qui travailla dans l’entreprise dès sa plus tendre enfance, arrivent à Saint-Pétersbourg depuis Revel (aujourd’hui Tallinn). Ils se heurtent à une concurrence intense de la part du géant suisse. Ce n’est qu’en 1839 que Paul reçoit le statut de marchand. Son fils aîné, héritier de l’entreprise, est lui aussi baptisé Paul.

De Russie en Suisse

Paul Buhre. Source : wikipedia.orgPaul Buhre. Source : wikipedia.orgPaul Buhre devient l’associé de son père à 26 ans. Il reçoit un diplôme de l’Ecole commerciale Pierre-et-Paul (Saint-Pétersbourg) et achète une petite manufacture à Le Locle, en Suisse, célèbre centre de l’industrie horlogère. Ses affaires prospèrent et il devient expert auprès du cabinet de l’empereur, ce qui lui permet de placer dans la vitrine de son magasin les armoiries d’Etat. Deux ans plus tard, il devient technicien à l’Ermitage et consul de Venise.

Son entreprise se développe avec succès mais, pour une raison inconnue, Paul Buhre la vend en 1888 à ses associés, le Suisse Georg Pfund et le Français Paul Girard, et se retire des affaires. Il semble que sa décision soit due à une maladie, car il décéda quatre plus tard.

Georg Pfund et Paul Girard fondent la Maison Paul Buhre. Ils décident de garder inchangée l’appellation, le nom de Buhre leur donnant le droit de représenter les armoiries russes sur leurs montres. Les deux associés ouvrent en Russie plusieurs manufactures pour assembler des montres à partir de pièces produites par l’usine suisse. Ils réduisent les frais en employant des femmes et des enfants qui touchaient un maximum de 60 kopecks pour une journée de travail de 10 heures.

Les montres de Paul Buhre n’avaient pas la même qualité que Tissot ou Patek Philippe, mais elles coûtaient seulement 2 roubles, ce qui signifie que presque tout un chacun pouvait s’en permettre une. Mais la Maison fabriquait également des modèles décorés d’or et sertis de diamants dont le prix pouvait aller jusqu’à 750 roubles.

En 1899, la Maison Paul Buhre devient le fournisseur officiel de montres de la cour impériale. A cette époque, le nombre de montres fabriquées pour les personnalités haut placées de l’Empire russe est si important que la manufacture engrange de très grands bénéfices.

L’après-Révolution

Après la Révolution d’Octobre 1917, toutes les manufactures horlogères ont été nationalisées et placées sous la direction du Trust de la mécanique de précision. La Maison Paul Buhre a essuyé une perte de 7 millions de roubles d’or et s’est vu saisir dix bâtiments.

Toutefois, la société a réussi à survivre, car son entreprise principale se trouvait en Suisse. Et bien que les premières années ayant suivi la Révolution aient été difficiles en raison de la perte du marché russe, elle a réussi son pari en s’imposant comme l’un des plus grands représentants de l’industrie horlogère suisse.

Tout comme la cour impériale, le pouvoir soviétique appréciait la production de Paul Buhre. Une horloge de la Maison était accrochée au mur du cabinet de Lénine au Kremlin, tandis que Staline et Khrouchtchev possédaient des montres de poche signées Paul Buhre.

L’entrepriseactuelle

Après son entrée sur les marchés internationaux, l’appellation de la Maison est écrite en lettres latines. Pour gagner en popularité, les représentants de la dynastie Buhre ont participé à de nombreuses expositions où leurs produits ont remporté des médailles à plusieurs reprises.

La société Paul Buhre existe toujours aujourd’hui. En 2004, la marque est revenue en Russie avec la mise en place, spécialement pour l’occasion, de la Maison de renaissance des traditions de l’horloger Paul Buhre. Un an plus tard, à la veille de son 190ème anniversaire, la marque a présenté les premiers modèles de montres créées après sa fondation, avec le vieux logo.                                                                               

En 2014, à l’occasion du bicentenaire de la victoire de la Russie dans la Guerre Patriotique de 1812, Paul Buhre a fait paraître trois modèles de collection. L’un représente Napoléon et les deux autres « l’œil de Dieu » qui renvoie, semble-t-il, au maréchal Koutouzov.

Les montres Buhre peuvent être aujourd’hui admirées dans de nombreux musées de Russie et d’autres pays. Des collections de Paul Buhre sont exposées au Kremlin, ainsi qu’aux musées Historique et Polytechnique de Moscou. Ses montres sont souvent présentes aux ventes aux enchères des groupes Sotheby's, Antiquorum et Christie's.

Texte abrégé. Texte original (en russe) publié sur le site de la revue Sekret Firmy. Sources : le site de la Maison derenaissance des traditions de l’horloger Paul Buhre, le magazine consacré aux montres PAM 65, Konstantin Tchaïkine « L’horlogerie en Russie ». 

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